Près de vingt ans après Valérie au pays des merveilles, pépite surréaliste de la nouvelle vague tchécoslovaque explorant l’éveil à la sexualité d’une jeune fille, Jan Švankmajer se réapproprie le roman de Lewis Carroll avec le sobrement intitulé Alice. En 1988, le cinéaste avait jusqu’alors fondé sa réputation sur des courts-métrages délirants projetés dans des festivals du monde entier. Ce premier long-métrage aux ambitions hybrides multiplie les expérimentations formelles.
Dix ans après le remarqué Timbuktu, Abderrahmane Sissako vient dresser le portrait sensible et empreint de poésie d’une jeune femme ivoirienne, Aya, qui émigre en Asie, après avoir dit non le jour de son mariage. On retrouve le thème cher au cinéaste de l’exil, porté par une histoire d’amour entre les deux protagonistes de Black Tea : Cai, chinois d’une quarantaine d’années, gérant d’un magasin de thé, qui enseigne à Aya les règles et coutumes liées à sa préparation et sa dégustation.
La tâche était lourde, écrasante pour Denis Villeneuve que de faire renaître à l’écran l’univers foisonnant de Franck Herbert, aux complexes intrications politiques et mystiques. Malgré son air de film d’exposition, la faute à un découpage industriel en deux volumes, et sa nature dissonante, aux velléités introspectives couplées à des ambitions esthétiques d’envergure, toutes deux étouffées par les contraintes d’efficience narratives inhérentes au projet, Dune : Première partie illustrait déjà sa pleine saisie des conflits essentiels du roman. Le heurt entre deux cultures, deux rapports au monde qu’expérimente Paul Atréides, et son dilemme identitaire, happé par le désert auprès des Fremen, rattrapé par son héritage, appelé, enfin, à un destin transcendant.
Prison à ciel ouvert dans La Libertad, quête illusoire de rédemption dans Los Muertos et Jauja : chez Lisandro Alonso, les espaces naturels sont le théâtre d’un enfermement. Eureka prend initialement ce même chemin figuratif, à travers un faux western ironique, citant directement le cow-boy incarné par Viggo Mortensen dans le précédent film. Soudain, d’un cut brutal, Alonso balaye d’un revers de la main la fiction – la sienne et celle des autres – pour imposer un retour nécessaire au réel.
« Vaut mieux avoir une vie de merde que pas de vie du tout » assure-t-on à Jean (Paul Hamy), petit voyou orphelin dont le métier de coupeur de cocaïne grignote son quotidien et sa santé mentale. À bout, il prend le grand large avec plusieurs précieux kilos de coke et entraine dans sa chute sa femme Nadia (Jina Djemba), son nouveau-né et ses nombreux collègues psychopathes maintenant bien enragés. Dans cette traque nocturne éclairée par les feux verts et rouges de Saint-Nazaire, Jean semble n’a comme échappatoires que la mer et son horizon lointain, accessibles grâce aux bons services de Valérie (Suliane Brahim), navigatrice alcoolique et méfiante.
Service de réanimation en pédiatrie. Marseille. Karim Dridi suit le quotidien de deux enfants dotés pour l’un d’une malformation cardiaque et, pour l’autre, d’un foie défaillant. On comprend bientôt que chaque cas nécessite une greffe. Le réalisateur prend le parti de ne filmer qu’entre les quatre murs d’une chambre d’hôpital, des couloirs blancs et bleus, dans un huis clos remplit d’amour, et de tendresse.
La vie de Sir Nicholas Winton fait partie de ces histoires vraies qui n’attendent que d’être transportées sur le grand écran. James Hawes, s’étant alors surtout illustré à la télévision, s’intéresse à ce récit historique du sauvetage de 669 enfants d’une Prague menacée par l’invasion nazie. Le réalisateur britannique marche dans le pas de plusieurs documentaires et drames qui semblent avoir déjà tout dit sur ce fait divers plus riche et surprenant que toutes les fictions. La présence d’Anthony Hopkins dans le rôle-titre est-elle suffisante pour distinguer Une Vie des innombrables mélodrames faciles sur cette sombre période de l’Histoire ?
La musique résonne, une pulsation sourde, rythmique, malsaine. Le tempo s’accélère, les corps défilent, rapides, élégants, regard fixé sur la caméra, main sur la hanche. C’est une spirale qui se forme sous nos yeux, des silhouettes qui s’enchaînent, points noirs sur fond blanc, un vortex sans fin de mannequins et de spectateurs qui nous avale sans possibilité d’échappatoire. C’est ainsi que s’ouvre le nouveau film de Xavier Legrand, qui revient après Jusqu’à la garde pour continuer sa »trilogie du patriarcat » et interroger une nouvelle fois le système pervers de la violence masculine.
Après un film d’études sélectionné à la Semaine de la Critique à Venise, Timm Kröger était l’année dernière de retour au festival italien mais, cette fois, en compétition. Il propose avec Universal Theory un film noir vertigineux, teinté d’humour et truffé de références…
Peux-tu nous en dire un peu plus sur la genèse du projet ? Avais-tu déjà un certain intérêt pour les mathématiques et la physique ou est-ce venu lors des recherches pour le film ?
Je vais essayer d’être concis ! Je crois que j’avais déjà un fort intérêt pour les maths et la physique lorsque j’étais adolescent. Mais c’était surtout engendré par des films hollywoodiens qui n’en parlaient pas très sérieusement, comme Good Will Hunting ou A Beautiful Mind. En devenant cinéaste, j’ai ensuite oublié un peu tout ça car on vous apprend à vous concentrer sur la part moins rationnelle de votre conscience pour faire des films – c’est une façon un peu courtoise de dire que j’ai senti mon cerveau un peu dépérir en école de cinéma ! (rires). Il y a 11 ans, j’ai fait un film qui s’appelait The Council of Birds et qui se déroulait en 1929. C’est après l’avoir réalisé que nous avons décidé de faire une trilogie de films, pour couvrir en partie l’histoire du 20ème siècle. Le premier traite de la fin de l’ère de la musique romantique et de la forêt allemande, des idées musicales qui flottaient dans l’air à cette époque. Et, de façon organique, c’est ce premier film qui m’a mené au deuxième. J’ai voulu qu’il soit sur les années 60 mais je ne savais pas encore sur quoi précisément jusqu’à ce que je pense au titre : Die Theorie von Allem. En allemand ça veut dire très littéralement la Théorie de tout. Une fois que j’ai eu ce titre, j’ai compris que ça allait se passer en 1962, dans les montagnes suisses, avec un physicien, du ski et un sombre secret caché dans un hôtel…
Tout cela t’est simplement venu à partir du titre ?
L’Empire semble exister autour d’une seule image : un croiseur interstellaire posée sur les plages de la côte d’Opale. Déjà amorcée dans Coincoin et les Z’inhumains, cette rencontre entre l’univers de Bruno Dumont et de la science-fiction va ici plus loin, transplantant à la relative simplicité du body-snatcher la démesure du space-opera.