Le dernier né des studios Pixar, sélectionné par l’édition fantôme du festival de Cannes, permet au cinéaste Pete Docter de poursuivre son travail dans la lignée de Vice-versa (2015), qui consiste à adresser des préoccupations métaphysiques à un public multigénérationnel. Soul adopte un récit surprenant et adulte, bien que la profondeur du propos soit parfois contrebalancée par des réflexes trop communs.
Nouveau-Mexique, 1884. À la suite d’un terrible accident, la petite ville minière de La Belle a perdu la quasi-totalité de sa population masculine. Les femmes maintenant seules doivent apprendre à ne plus compter que sur elles-mêmes, et à dépasser les conflits qui les divisent. Mais l’irruption de Roy Goode, un hors-la-loi cherchant refuge après avoir trahi sa bande, vient faire planer un nouveau danger sur leur communauté.
Des chercheurs, des activistes et d’anciens employés des géants de la Sillicon Valley prennent la parole pour dénoncer les effets pervers des innovations technologiques et notamment des réseaux sociaux sur les vies des individus. Un film instructif, mais dont la forme sensationnaliste contredit le propos, posant ainsi le problème de certains documentaires à la Netflix.
Cette année n’a ressemblé à aucune autre pour le cinéma. En dépit des circonstances exceptionnelles que tout le monde connaît, et qui ont mené pour la première fois de l’histoire à la fermeture de toutes les salles durant plusieurs mois, nous n’avons pas voulu déroger à l’habituel bilan de fin d’année : mettre en avant les films que nous avons aimé sera toujours un objectif. Moins de films sont sortis, moins de grandes œuvres attendues aussi (si les festivals Berlin et de Venise se sont tenus, l’absence d’une vraie sélection cannoise s’est ressentie), d’où notre choix de resserrer nos tops en cinq titres et non dix. Pour les agrémenter, cependant, nous avons souhaité prendre un peu d’avance : chaque rédacteur a pu citer un film qu’il a vu cette année, dont la sortie était prévue mais qui a été finalement décalée en 2021. Pour donner envie dès maintenant de les découvrir lorsque les salles, enfin, rouvriront.
Il y a quelques mois, un film biographique consacré au cinéaste Michael Curtiz était mis en ligne sur Netflix. Tourné en noir et blanc, il affichait une double ambition : rendre hommage à l’âge d’or hollywoodien (son contexte était le tournage de Casablanca) et renouer avec un style de mise en scène propre aux années 1940. Mank de David Fincher se situe sur la même ligne originale. En mettant au centre de son récit la production de Citizen Kane (Orson Welles, 1941), il ressuscite les formes d’un cinéma des studios tout en en dévoilant les coutures. Un film de cinéphile pour cinéphile, forcément passionnant.
Après avoir reconverti des ouvriers de Sheffield en strip-teasers dans The Full Monty (1997), le réalisateur Peter Cattaneo décide de faire chanter des compagnes de militaires dans The Singing Club.
Tout commence sur le quai d’une gare, comme à la fin d’une histoire d’amour. Maxime (Niels Schneider) est attendu par Daphné (Camélia Jordana), alors qu’ils ne se connaissent pas. Pas encore. Il est venu rendre visite à son cousin François (Vincent Macaigne) dans sa belle maison du Luberon, mais ce dernier est retenu par son travail à Paris. C’est donc sa compagne, enceinte de trois mois, qui reçoit le jeune homme. Ils vont passer quelques jours ensemble, profitant du temps vacant pour se rencontrer. Se raconter.
Des nouvelles de Guy Marchand ! L’inénarrable acteur et chanteur sort ce mois-ci son quatorzième album, Né à Belleville, dans lequel il interprète avec sa belle voix profonde des titres originaux, accompagné par un groupe de jazz. L’occasion de lui passer un coup de téléphone pour interroger son rapport au passé et au présent, lui qui a laissé une trace indélébile dans le paysage cinématographique (Loulou de Maurice Pialat, Garde à vue de Claude Miller), télévisuel (8 saisons de Nestor Burma) et musical (depuis la sortie de La Passionata en 1965 avant le tube Destinéeen 1982). Conversation en toute sincérité.
A quelle envie répond l’enregistrement de votre nouvel album ?
À l’envie de faire de la musique, à un moment de ma vie. Et pour ne pas toujours rester sans rien faire ! La musique a toujours été une envie. Ce disque est né d’une rencontre avec le musicien Ludovic Beier, un virtuose, qui aimait bien ma voix grave et m’a demandé si j’étais disponible. Alors j’ai sauté sur l’occasion.
C’est un album très autobiographique, que vous avez appelé Né à Belleville… À quoi ressemblait le Paris dans lequel vous avez grandi ?
La rue de Belleville d’aujourd’hui ne ressemble pas tout à fait à celle de mon enfance, mais elle n’a pas tellement changé non plus. Le cinéma a disparu, et le théâtre de Belleville a été remplacé par un supermarché, un vrai scandale. Mais la rue est toujours là, elle monte tout le temps jusqu’à Télégraphe, tout en haut. J’y ai mes premiers comme mes derniers souvenirs.
C’est là-bas que votre rencontre avec la musique a eu lieu ?
Rien de nouveau sous le soleil, le cinéma de genre a trouvé de nouveaux maîtres en Corée – Lucky Strike en fournissait encore récemment un exemple. Il se trouve qu’en plus du talent de ses cinéastes, la péninsule est également dotée d’une histoire politique propice à la fiction. On pense évidemment au rapport complexe au voisin du Nord, illustré par exemple par Park Chan-wook dans JSA, dont l’action se situe à la frontière des deux Corées. Mais c’est un épisode marquant de l’histoire de la Corée du Sud elle-même, souvent moins connue, qui fournit la matière de L’Homme du président de Woo Min-ho, sorti directement en VOD ce mois-ci.
Sortie en exclusivité sur MUBI, la dernière réalisation de Yórgos Lánthimos est un court métrage aussi bref que déroutant, et qui le sera d’autant plus pour qui n’est pas familier de l’œuvre du réalisateur grec. Matt Dillon y incarne un violoncelliste vivant avec sa femme et ses trois enfants, suivi jusque chez lui par une femme imitant tous ses faits et gestes, apparemment déterminée à le remplacer.