Séquence 1 : Montagne. Ext / Jour. Plan large sur la silhouette d’un fermier. Il cherche ses chevaux, mystérieusement effarouchés. Le fermier se rapproche de Castanho, son étalon blanc, et l’apaise. Générique.
« S’il est une tentation à laquelle aucun cinéphile ne résiste jamais, c’est bien celle de la liste. La liste est le nom de sa maladie ». Qui d’autre mieux que Serge Daney pour justifier cette manie de la liste, du top annuel, qui nous atteint au même degré que nos confrères ? Alors qu’une nouvelle année commence, qu’on espère riche en grands films (quart de siècle oblige), nos rédacteurs se sont attelés au classement de leurs coups de cœur de 2024, du plus au moins chéri. Comme il n’est pas aisé de se distinguer, beaucoup de films cités l’ont été par la plupart des rédactions spécialisées, tels Miséricorde, Le Mal n’existe pas, May December et bien sûr La Zone d’intérêt, dont les innombrables occurrences confirment son statut d’événement. Quelques œuvres moins commentées se sont toutefois frayées un chemin, on en sait gré à nos auteurs, comme Knit’s Island, Universal Theory, The Sweet East ou les amples et impressionnants Jeunesse ou Eurêka. Et au milieu de tout ça, la présence des clivants Mégalopolis et The Substance, signes d’une année que beaucoup ont jugée au mieux bigarrée, mais non moins audacieuse. Aventureuse. De bon augure, qui sait, pour le cinéma, alors qu’on se réjouit quoiqu’il en soit de voir la fréquentation des salles reprendre quelques couleurs.
Franck, laissé seul dans la nuit sombre, face au corps inerte de son ami assassiné : cette image, dernier plan de L’Inconnu du lac, semblait déjà marquer l’apogée d’un certain trouble existentiel qu’Alain Guiraudie vise depuis longtemps. Que filmer donc après la tombée de la nuit et la mort de toutes choses ? Plus de dix ans après, Miséricorde apporte quelques éléments de réponse.
Pour Takumi, homme à tout faire du village de Mizubiki, récolter l’eau de source est une tâche minutieuse. Se rendre à la rivière, remplir soigneusement quelques bidons puis les ramener péniblement à la voiture, le tout dans un silence imperturbable. La tâche est reproduite deux fois au cours du Mal n’existe pas, nouveau-né de Ryusuke Hamaguchi : une première avec son ami cuistot, qui utilise l’eau pour cuisiner ses udon, puis une seconde avec deux agents de communication, venus présenter le projet de glamping, s’installant prochainement dans la région. Dans cette répétition somme toute anodine, Hamaguchi distille la mécanique sournoise de ce nouveau long-métrage.