Jeune mathématicienne à l’ENS, Marguerite effectue sa thèse sur la conjecture de Goldbach mais une erreur dans sa démonstration la pousse à abandonner ses travaux et commencer une nouvelle vie, plus ou moins loin des mathématiques. À l’image de la vie de sa protagoniste, le film d’Anna Novion s’en éloigne, lui aussi, constamment.
Les enfants vivent, lorsqu’ils sont ensemble, dans un monde régi par leurs propres règles, celles qu’ils édictent. Et il y a une certaine forme de honte à ne pas les respecter. Si l’on commence à jouer, on ne peut plus les réfuter. Quel que soit ce qu’on attend de nous, il faut continuer. Alors, action ou vérité ?
L’une des premières séquences du film capte, de dos, capuche enfoncée sur la tête, le discours d’une adolescente tombée enceinte lors de son premier rapport. La médecin qui l’écoute, tente, avec délicatesse, d’amorcer les thèmes du consentement et de l’avortement. C’est un premier pas vers la prévention, l’éducation sexuelle. Dans le champ, il y a le corps prostré de la jeune fille face au visage tendre et compréhensif de la médecin. C’est un face à face qui devient progressivement dialogue : petit à petit, la cinéaste s’empare, par des mouvements d’aller-retour, du discours du personnel soignant, tout autant que de celui des patientes.
Le film de procès constitue un genre à part entière, et ce de façon contre-intuitive, car sa scénographie codifiée serait plutôt de nature à lui offrir une parenté avec la dramaturgie du théâtre. Hitchcock, Cayatte, Preminger, Clouzot, Lumet ou beaucoup plus récemment Justine Triet se sont ainsi brillamment illustrés dans ce que Paul Ricœur qualifiait de « controverse organisée, modèle de discussion où les passions qui ont nourri le conflit sont transférées dans l’arène du langage. » Cette arène, Le Procès Goldman ne la quitte pas pendant 1 h 52 sur les 1 h 56 du film, sans que jamais ne pointe le moindre ennui, tant l’espace des débats cristallise et polarise les antagonismes d’une société qui, en 1976, n’avait pas totalement purgé la mémoire de la guerre, de l’antisémitisme, de la décolonisation ou des passions révolutionnaires.
Les pièces de Sylvain Creuzevault sont comme le monstre de Frankenstein. Elles forment un assemblage textuel et visuel qui, en dépit de ses aspérités, parvient parfois à devenir un tout organique, cohérent et, plus encore, vivant. S’il y avait pléthore de ces moments de vie miraculeux dans sa production des Frères Karamazov, ils se font dans Edelweiss (France Facisme), plus rares.
Inspiré d’une histoire vraie, Comme une louve raconte le parcours chaotique d’une jeune mère de vingt-six ans, Lily , qui élève seule ses trois enfants. Elle est animale, organique, vis dans le peau à peau, la fusion et elle aime sa progéniture, la couve, la couvre – peut-être un peu trop. Habitant dans la précarité d’un foyer, elle se voit un jour confrontée à la rigidité impitoyable et la rationalité des services sociaux, qui l’accusent à tort de mauvais traitements, et lui retirent la garde de ses protégés.
En 2021, La Nuée marquait l’entrée remarquée de Just Philippot dans la sphère restreinte du cinéma de genre français et faisait naître l’espoir d’une riche carrière. Ancrage malin de l’horreur organiquedans notre paysage de “France profonde”, le long-métrage parvenait, certes fragilement, à faire vivre ses pans horrifiques et dramatiques, sans que l’un ne vienne prendre le pas sur l’autre. Deux ans plus tard, reprenez les mêmes ingrédients (la sphère familiale brisée, la menace comme extension du protagoniste), troquez les éléments les plus voyants (l’agricultrice en difficulté est remplacée par un ouvrier ex-gilet jaune, les sauterelles par une pluie toxique), gonflez le budget et nous voici avec Acide, adaptation de son efficace court-métrage du même nom paru en 2018. Le nouveau-né de Philippot avait donc toutes les cartes en main pour accoucher d’une bonne série B horrifique ou pour sombrer dans les écueils inhérents au second film. Triste est de constater que le film vient très vite se situer dans la seconde catégorie.
Au Japon, le kuuki o yomu désigne l’injonction sociale à toujours s’accorder aux autres pour ne jamais se distinguer, synonyme d’impolitesse. Appel à la conformité pour les uns, exemple de cohésion sociale pour d’autres, Daigo Matsui met ce système à l’épreuve de la comédie romantique et présente, pour son second long-métrage, des êtres incapables de comprendre leur prochain malgré tous leurs efforts.
Portrait de danseurs, portrait de danses, portrait de musiques. Dans la mise en scène de Mehdi Kerkouche, les pluriels mouvants s’assemblent pour créer l’image fixe et exceptionnelle : le portrait de famille.