Entre chien et loup

Théâtre de l’Odéon

© Magali Dougados

Christiane Jatahy réinvestit la salle de l’Odéon pour mettre à mal les fondements d’une société fasciste – ceux qui résident finalement dans un postulat plus humain que politique. 

Jatahy ne met pas en scène d’institutions, mais bien des invividus. L’humain est à la source des maux d’un régime politique, et le seul à pouvoir l’en libérer. Et pour dénoncer l’aspect étroit d’une communauté c’est le film Dogville de Lars Von Trier qui inspire la metteur en scène.

Celle qui va ébranler cette paisible communauté c’est Graca, réfugiée brésilienne. Sous couvert d’experience sociale, les habitants de la ville acceptent de l’accueilir. Désir d’avoir bonne conscience pour les uns, de prouver une théorie pour les autres, mais question de vie et de mort uniquement pour l’une d’entre eux. 

Dans Dogville, les espaces ne sont délimités que par des murs imaginés, ce sont des règle implicites qui régissent l’espace, la propriété. Un espace, donc, qui paraît propice à l’agrandissement de la communauté, car sans barrière physiques. Le seul obstacle à cette expansion n’est donc pas les murs, mais ceux qui y vivent. La scène est un lieu de collectivité, tout le monde voit tout, tout le monde entend tout. Le spectateur aussi, fait parti du groupe. Et quel autre endroit que le théâtre pour créer de la proximité entre une poignée d’étrangers. 

Quel dommage dès lors que Jatahy se plie machinalement à l’un des poncifs du théâtre contemporain en introduisant la caméra sur scène. La spontanéité de l’interpellation, tout comme l’espace de vie commun est ébranlé. L’écran rappelle la facticité du jeu et délimite un cadre pour chacun. Ayant été membres de la communauté un bref instant, le public redevient spectateur distant, passif. Face, non plus au relief des débats animés de la troupe, mais à leur projection qui les canalise injustement. Les instants les plus brutaux sont constamment laissés à l’écran, comme-ci la metteur en scène n’avait finalement pas foi en la portée transgressive de l’art théâtrale.

D’Entre Chien et loup on ressort donc mitigé, ce sujet brûlant se heurte à une mise en scène trop tiède. Il en reste la déroutante sensation d’avoir assisté à un postulat politique non vide de sens, mais vide de théâtralité.

Entre chien et loup / D’apès Dogville de Lars Von Trier / Mise en scène de Christiane Jatahy / Avec Philippe Duclos, Julia Bernat et Matthieu Sampeur / Du 5 mars au 1er avril au théâtre de l’Odéon.

Auteur : Chloé Caye

cayechlo@gmail.com

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