Aborder un sujet aussi grave que l’Holocauste n’est pas aisé, surtout lorsque le cinéma a déjà approché cette époque avec déjà nombre de propositions personnelles et définitives. Dans le sillage des classiques de Lanzmann, Resnais ou Polanski, le réalisateur Matti Geschonneck propose La Conférence, exploration de la conférence de Wannsee lors de laquelle des hauts dignitaires nazis ont tracé les grandes lignes de l’Holocauste. Remake d’un film paru en 1984, doit-on craindre la redite ou, pire, un drame de mauvais goût ?
En 1978 paraissait L’Établi, témoignage d’un militant marxiste infiltrant une usine Citroën à Choisy. Son auteur, Robert Linhart, relatait l’horreur d’un taylorisme acharné pour préparer la déconstruction de tout un système économique oppressif. Quarante-cinq ans plus tard, le réalisateur Mathias Gokalp adapte ce récit d’une actualité toujours aussi glaçante, triste constat d’une révolution avortée.
C’est à Arles, bercé par les effluves de la mer et de bière, que Fanny Molins franchit les portes de l’Atlantic, dans l’espoir de trouver un sujet pour son exposition de photographie. Cinq ans plus tard, le documentaire simplement nommé Atlantic Bar arrive sur nos écrans, et on peut affirmer que la réalisatrice a eu le nez fin.
Tout commençait pourtant si bien. L’un après l’autre, des jeunes s’expriment le cœur ouvert, face à la caméra, dans un décor immaculé prouvant leur sincérité, avec des discours témoignant toute la difficulté ubuesque de toujours être un « vrai mec ». Ouvrant son œuvre comme un documentaire, le réalisateur Fabian Hernandèz choisit la simplicité pour aborder un sujet complexe : le sort de délinquants de Bogotá baignant dans la masculinité toxique, traitement placebo contre leur extrême pauvreté tant matérielle que psychologique. En quelques minutes, les fondations sont posées, remarquablement solides.
Alors que la prochaine œuvre de Bong Joon-ho se fait toujours désirer, les salles françaises s’offrent la ressortie de The Host, paru 17 ans plus tôt et bénéficiant d’une cure de jouvence 4K. Voilà l’occasion de redécouvrir le réalisateur sud-coréen en pleine jeunesse et aux rênes d’un blockbuster multi-face qui brisa tous les records d’audience en Corée mais demeura assez confidentiel chez nous. Plus d’une décennie avant le triomphe planétaire de Parasite, Bong Joon-ho prouvait-il déjà son génie ?
Pour leur premier long-métrage, Julie Gersant-Lerat et François Roy posent leurs caméras dans un centre maternel où des adolescentes enceintes doivent choisir entre devenir parent ou laisser leur enfant dans un centre d’adoption. Abordant autant la difficulté de la maternité que le récit initiatique de femmes trop perdues pour être mères, Petites adresse un sujet aussi riche qu’intéressant, ce qui sera à la fois sa force et sa faiblesse.
Last Dance, premier long métrage de Coline Albert, assiste avec douceur et intelligence la fin crépusculaire de Lady Vinsantos, drag queen célèbre dans le milieu underground de la Nouvelle-Orléans. La raison ? Son interprète, Vince DeFonte, ne supporte plus ce personnage qu’il incarne depuis des décennies et qui parasite sa vie. De la jeunesse à la cinquantaine, de l’Amérique à Paris, des rires aux cris, Coline Albert nous offre un documentaire saisissant, portrait d’un homme en crise et de son univers (trop ?) envoûtant.
Quelle a été la genèse de votre projet ?
J’ai rencontré Vince par hasard, aux champs de course, un espace très populaire à la Nouvelle-Orléans pour ses sorties et ses Bloody Mary. Il est arrivé après un spectacle, sans sourcil, avec quelques paillettes mais toujours son physique très masculin. Son aspect androgyne m’a tout de suite frappé. Il m’a raconté par la suite qu’il tenait une école de drag queen. Cela rejoignait mon projet de tourner un film sur la Nouvelle-Orléans et en particulier sur son énergie créatrice permanente.
Votre séquence d’introduction développe une atmosphère onirique, presque surréaliste, qui détonne un peu avec le reste du film, ancré dans le quotidien de Vince. Pourquoi ce choix de mise en scène pour ouvrir votre film ?
Le film découle d’un désir de faire un film sur la Nouvelle-Orléans, un endroit particulier où je devais tout de suite ancrer les personnages, leur univers. L’introduction présente une parade à Mardi Gras, une tradition locale, dont Lady Vinsantos était la Reine. Cette séquence souligne la présence de Vince dont le film épouse le caractère très sensible, sujet aux brusques changements d’humeur. C’est un homme très chaleureux, qui rigole beaucoup, et la minute suivante il montre un air plus sérieux, très grave, souvent triste.
Le microcosme autour de Vince est moins décrit comme une entreprise que comme une grande famille, alternative aux Drag Race notamment. Était-ce la raison principale derrière votre mise en scène très humaine, très proche des personnages ?
Bienvenu dans l’Atelier de Vince, où les robes défilent, les perruques s’élèvent et les paillettes brillent. À l’entrée, des personnes de tous âges et tous milieux, désireux d’accomplir leurs rêves ; à la sortie, la scène et le public, avec leurs promesses et leurs fardeaux. En son centre trône Vince, roi malgré lui, ayant atteint la célébrité avec son personnage de Lady Vinsantos. Las de ce personnage qu’il incarne depuis des décennies, il prévoit alors un dernier spectacle, à Paris.
À première vue, l’œuvre de Zheng Li Xinyuan se présente comme une introspection de la cinéaste motivée par la contrainte du confinement. La caméra suit sans faillir le regard que la réalisatrice porte sur son environnement, à la fois celui extérieur, maintenant inaccessible, tout comme intérieur, entre les quatre murs impersonnels de sa chambre d’hôtel. Dans cet espace restreint, elle abat toutes ses barrières et aborde sa relation conjugale avec une proximité confondante : l’introduction les présente nues, dans leur lit, s’amusant avec un préservatif gonflé comme un ballon. Cette intimité in medias res, presque déstabilisante, n’est pourtant que la base de Jet Lag qui alors amorce un mouvement d’expansion continu.
On empêche Freddie (Park Ji-min), étudiante française de 22 ans, de se servir de l’alcool.En Corée, cet acte est considéré comme une insulte car prouvant que proches et amis ne prennent pas soin de vous. Freddie répond alors par un rictus et remplit son verre avec nonchalance. Quelques jours plus tard, elle rencontre sa famille biologique coréenne.