Bird

Actuellement au cinéma

© Ad Vitam

Pour sa quatrième fois en compétition au Festival de Cannes, Andrea Arnold revient avec un film qui, de prime abord, semble dûment poursuivre l’esthétique et les thématiques qui la caractérisent. Comme à son habitude, la réalisatrice déploie un cinéma instinctif en filmant au plus près de son sujet, ici Bailey, avec une caméra à l’épaule visant, en sus de capter les tumultes de l’adolescence et la gravité du monde, à incarcérer son personnage dans un squat maculé de graffitis au nord du Kent où elle vit avec son père et son grand frère. Cette enfant de 12 ans, au seuil de l’adolescence, et déjà chargée de responsabilités injustifiées à cause de parents trop jeunes pour savoir s’en occuper, nourrit une fascination pour les volatiles. Loin d’être de mauvais augures, les oiseaux jouent un rôle salutaire pour le personnage. Comme eux, elle voudrait s’envoler pour échapper à sa condition précaire mais elle est vite rattrapée par la réalité, séquence d’introduction à l’appui. Bailey, qui capture sur son téléphone des oiseaux dans un geste contemplatif, est brusquement interrompue par Bug (“insecte” qui poursuit la riche onomastique animalière du film), qui débarque tous azimut sur sa trottinette électrique et la reconduit dans le squat.  

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Les meilleurs films de 2024

Miséricorde, d’Alain Guiraudie, film de tous les tops © Xavier Lambours – Les Films du Losange

« S’il est une tentation à laquelle aucun cinéphile ne résiste jamais, c’est bien celle de la liste. La liste est le nom de sa maladie ». Qui d’autre mieux que Serge Daney pour justifier cette manie de la liste, du top annuel, qui nous atteint au même degré que nos confrères ? Alors qu’une nouvelle année commence, qu’on espère riche en grands films (quart de siècle oblige), nos rédacteurs se sont attelés au classement de leurs coups de cœur de 2024, du plus au moins chéri. Comme il n’est pas aisé de se distinguer, beaucoup de films cités l’ont été par la plupart des rédactions spécialisées, tels Miséricorde, Le Mal n’existe pas, May December et bien sûr La Zone d’intérêt, dont les innombrables occurrences confirment son statut d’événement. Quelques œuvres moins commentées se sont toutefois frayées un chemin, on en sait gré à nos auteurs, comme Knit’s Island, Universal Theory, The Sweet East ou les amples et impressionnants Jeunesse ou Eurêka. Et au milieu de tout ça, la présence des clivants Mégalopolis et The Substance, signes d’une année que beaucoup ont jugée au mieux bigarrée, mais non moins audacieuse. Aventureuse. De bon augure, qui sait, pour le cinéma, alors qu’on se réjouit quoiqu’il en soit de voir la fréquentation des salles reprendre quelques couleurs.

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Les meilleurs films de vampires

© FOCUS FEATURES LLC. ALL RIGHTS RESERVED

Un peu de sang et de sexe. Ou comment nous réchauffer par temps glacé au sortir de ces fêtes de Noël, aux sapins lumineux ornés avec un goût douteux, aux réunions de familles gloutonnes et interminables. Finis le père noël et ses lutins mignons, place aux vampires et à leurs crocs avides, alors que Nosferatu version Robert Eggers est en salles depuis mercredi.

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Une langue universelle

Actuellement au cinéma

© Rapid Eye Movies

Loufoque : il n’y a sans doute pas de meilleur terme pour qualifier Une langue universelle. Dans son deuxième long métrage, Matthew Rankin réinvente Winnipeg, sa ville natale, pour en faire le théâtre d’une fable autobiographique aussi drôle que déroutante.

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Nosferatu

Actuellement au cinéma

© Universal Pictures France

Sortie officieusement des lignes du Dracula écrit par Bram Stoker, la silhouette de Nosferatu hérite de ses origines bâtardes. Face aux statures “officielles”, stoïques et droites de Bela Lugosi, Christopher Lee ou encore Gary Oldman, les comtes Orlok portés par Max Schreck et Klaus Kinski se voient dotés d’un physique plus ingrat, rachitique et faiblard. Le choix de Bill Skarsgård comme nouvelle figure vampirique a tôt fait de mettre la puce à l’oreille.

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Au cœur des volcans : Requiem pour Katia et Maurice Krafft

Actuellement au cinéma

© POTEMKINE FILMS

Lors de sa distribution initiale en 2022, Au cœur des volcans : Requiem pour Katia et Maurice Krafft fut discrètement éclipsé par la sortie d’un autre film s’emparant de la même matière première. Dans Fire of Love, la cinéaste américaine Sara Dosa plongeait elle aussi dans les archives du couple de volcanologues français pour en tirer le récit d’une vie passionnelle et passionnée, entièrement dédiée à la traque des éruptions, et qui s’acheva par leur tragique disparition au pied du mont Uzen au Japon en 1991. Généreusement produit, linéaire, chronologique, ce long-métrage diffère en tous points de celui d’Herzog.

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Vingt dieux

Actuellement au cinéma

© Pyramide films

Vingt dieux. Juron qui promet tout un paysage, dans la campagne du Jura, et qui pouvait sentir de loin les relents coutumiers du pittoresque. Un faux pas que la cinéaste Louise Courvoisier, qui a grandi en Franche-Comté, s’épargne au profit d’un réalisme romanesque à la fraîcheur et l’authenticité revigorantes pour notre œil de spectateur, usé depuis quelques années en France par des moissons de drames ruraux plus ou moins pertinents, souvent cantonnés au champ du discours social (voir notamment Au nom de la terre, parmi les exemples éminents).

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Noël à Miller’s Point

Actuellement au cinéma

© Paname Distribution

À travers ses grands buffets festifs, riches en rires et en effervescence, sur fond de tubes hivernaux, les premières vignettes de Noël à Miller’s Point se rattachent à un certain imaginaire publicitaire, déjà présent dans Ham on Rye, teen-movie sous modèle Linklater passé à la moulinette de l’étrangeté lynchienne.

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Rencontre avec Kirill Serebrennikov  

© Arnaud Combe

Après La fièvre de Petrov et La Femme de Tchaïkovski, le cinéaste russe fait son retour avec la sulfureuse figure d’Édouard Limonov qui sied parfaitement à son cinéma. Fidèle à son style, Serebrennikov transcende les conventions du biopic pour offrir un portrait éclaté, en perpétuelle métamorphose du poète russe. Nous avons rencontré Kirill Serebrennikov pour revenir plus en détail sur son dernier film.

Pourquoi avoir choisi de porter à l’écran la vie d’Edouard Limonov ? Qu’est-ce qui fait de lui un personnage éminemment romanesque ?

C’est une proposition que j’ai reçue de mes producteurs italiens au début des années 2020, celle d’adapter le roman Limonov d’Emmanuel Carrère. Ce projet a maturé longtemps avant de pouvoir véritablement prendre forme. Nous avons démarré le tournage à Moscou avant que la guerre n’éclate et vienne suspendre le tournage pendant près de six mois. Finalement, le projet a dû être relancé en Europe, après l’exil de chacun. Le parcours du film, marqué par ces retards et ses longs déplacements, se révèle aussi complexe et tumultueux que celui de Limonov lui-même. 

Il s’agit donc d’une adaptation du roman d’Emmanuel Carrère mais vous avez toutefois fait le choix d’éclipser la représentation du tournant crypto-fasciste qu’il amorce à la sortie de ses deux ans de prison au mitan des années 2000. Qu’est-ce qui a motivé cette décision d’éluder cet aspect controversé de son existence ? 

Je tiens à souligner que mon film ne se veut pas un biopic, mais une adaptation du roman d’Emmanuel Carrère, publié en 2011, à une époque où Limonov n’avait pas encore amorcé son rapprochement avec Vladimir Poutine, notamment sur les questions de politique étrangère et de nationalisme, dans le contexte de l’Ukraine et de la Crimée. Bien que la dernière partie du film aborde le virage nationaliste de Limonov, il est essentiel de préciser que le Parti national-bolchévique qu’il a fondé a été interdit, et que la mention même de ce parti est prohibée en Russie. À cet égard, il convient de noter que la scène finale dans le bunker, a été tournée à Moscou, dans un contexte où l’on ne nous permettait pas de montrer l’emblème authentique du PNB, sous peine de représailles. Nous étions pleinement conscients que si nous avions enfreint cette interdiction, nous aurions risqué l’arrestation sur le lieu même du tournage. La partie liée à l’émigration et aux années d’exil m’intéressait davantage. Par conséquent, le film se concentre sur l’épopée new-yorkaise et la rupture avec Elena Shchapova, sa deuxième femme. 

Le personnage est remarquablement incarné par Ben Wishaw. Qu’est-ce qui a motivé le choix d’engager cet acteur pour incarner ce sulfureux personnage ?  

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Limonov, la ballade

Actuellement au cinéma

©  Pathé Films

Qui de mieux que Kirill Serebrennikov pour mettre en scène un homme au bord de la folie ? Plutôt que de s’enliser sur les sentiers rebattus du biopic traditionnel pour évoquer la vie d’Edouard Limonov, Serebrennikov emprunte un chemin de traverse par lequel il construit un portrait parcellaire et protéiforme. Guidé par une énergie punk, le cinéaste signe une ballade libre, fidèle à son acception poétique et qui puise dans cet art son esthétique surréaliste marquée par une utilisation inspirée et fascinante du collage d’images et de sons, du rythme et de la collision de différents régimes d’images.

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