Lucky

2017

Le quotidien ritualisé de Lucky (Harry Dean Stanton), 90 ans, a des allures d’Un jour sans fin. Dès son réveil, la succession de ses gestes est parfaitement réglée, comme ses activités : café, mots croisés, mêmes émissions TV, puis il retrouve ses camarades de bar. Dans son village au beau milieu du désert, il est profondément indépendant et vit au rythme de ses habitudes. Autonomie illusoire ? Son visage creusé et sa silhouette longiligne le rendent à la fois respectable et fragile. Lorsqu’il fait une chute sans en trouver la cause, il constate que toutes les belles choses ont une fin. Dans l’ouest américain, les cow-boys solitaires vieillissent aussi. Continuer à lire … « Lucky »

La La Land

2017

29826475976_f173df6900_b
Emma Stone (Mia) et Ryan Gosling (Sebastian)

La La Land c’est le film qui remet les comédies musicales à la mode, avec une promo monumentale, des attentes incroyables autour du film, une pluie de nominations pour toutes sortes de récompenses. A première vu, que du positif pour les adeptes de ce genre, pas très populaire auprès des nouvelles générations. Pourtant les passionnés de comédies musicales ont été les plus nombreux à critiquer le film, tandis que ceux qui ne s’y intéressent pas particulièrement ont tous été séduit. Alors pourquoi autant de division autour du film de Damien Chazelle, le réalisateur qui avait marqué les esprits en 2014 avec l’excellent Whiplash. La La Land est un film exemplaire dans sa réalisation, les couleurs et la mise en scène sont remarquables, on ne peut rien reprocher au réalisateur qui exerce son art avec une maitrise parfaite. Cependant ce que le film accomplit principalement c’est de rendre hommage aux comédies musicales classiques. Il est souvent dit que toutes les comédies musicales se ressemblent; certes, la comédie musicale est un genre qui ne cesse de s’inspirer de ses prédécesseurs en utilisant les mêmes codes et règles. Pourtant chaque grande comédie musicale parvient à détourner ces codes afin d’y ajouter sa marque. L’enjeu devient alors de rendre un hommage tout en apportant quelque chose de nouveau au genre, ce que La La Land peine à faire. L’apogée de cet aspect « hommage » du film est son épilogue qui reprend au plan près des classiques comme Un jour à New York, Les Parapluies de Cherbourg, Un Américain à Paris, Broadway qui danse, parmi beaucoup d’autres. Chazelle nous propose un condensé des plus belles scènes des comédies musicales et les recrée magistralement. Si le cinéaste s’était contenté de cette séquence onirique afin de témoigner de son amour pour les comédies musicales des années 50, alors il aurait pu apporter un peu d’originalité au reste du film. Or, le film entier n’est qu’une pale copie d’oeuvres déjà réalisées; dès la scène d’ouverture on éprouve un sentiment de déjà vu avec des chorégraphies et une séquence qui rappelle celles Jacques Demy. Pendant tout le film ce sentiment ne nous quitte pas et Chazelle ne parvient jamais à dépasser ces références et amener des éléments nouveaux.

Continuer à lire … « La La Land »

Masterclass – Pablo Larraín

A l’occasion de la 9e édition du festival Un état du monde, le Forum des images rendait un hommage au cinéaste chilien Pablo Larraín. Même si pour lui le cinéma s’apprend et ne s’enseigne pas, il s’est confié au cours d’une masterclass sur son parcours, sa vision du cinéma et de la politique de son pays natal.

FullSizeRender
© Victorien Daoût

Les premiers films sont souvent les plus autobiographiques. A 29 ans, deux ans après avoir fondé avec son frère sa propre société de production Fabula, Pablo Larraín tourne Fuga, qui apparaît comme l’histoire du musicien qu’il rêvait d’être. « C’est un peu moi qui joue, la musique c’est ce qui me motive » confie celui qui conçoit la structure d’un scénario comme une symphonie. « Je voulais faire un film sur tout, la musique, l’amour, la folie, le désir ». Le désir. Chez lui, « tout est question de désir ». « Il faut qu’il y ait une sensualité dans le rapport entre le chef opérateur, le cadreur et les acteurs, sinon il y a un malaise qui se voit ». Pour capturer l’instant, « les acteurs doivent absorber la caméra et vivre avec ». En termes techniques, sa conception organique du cinéma se traduit par l’usage de la focale courte qui fragilise l’acteur, et réduit la distance avec le public.

Continuer à lire … « Masterclass – Pablo Larraín »

Young Marx

Jusqu’au 31 décembre 2017 au Bridge Theatre

6E014336-190A-493F-9A58-46A7FB3A1372
Rory Kinnear (Karl Marx) © Manuel Harlan

Young Marx est la première production du Bridge Theatre, un nouveau théâtre situé juste en dessous du célèbre London Bridge. Le lieu est accueillant et chaleureux, quant à la salle, elle peut être maniée au bon vouloir des metteurs en scène. Cette nouvelle pièce de Richard Bean et Clive Coleman raconte l’histoire de la jeunesse de Karl Marx en tant que réfugié à Londres. Entre ses difficultés financières, l’effondrement de son mariage et son amitié avec Friedrich Engels, la pièce retrace son cheminement personnel le menant à l’écriture du « Capital ».  Continuer à lire … « Young Marx »

The Revenant

2016

the-revenant-2015-1200-1200-675-675-crop-000000
Leonardo DiCaprio (Hugh Glass)

Après le triomphe de Birdman, qui avait remporté l’Oscar du meilleur film, du meilleur scénario original, de la meilleure photographie (Emmanuel Lubezki), et celui du meilleur réalisateur, la sortie du nouveau film d’Alejandro González Iñárritu est un véritable événement.

Il revient cette fois avec un « survival » film, mêlant aventure et western. Basée sur des faits réels, il raconte l’histoire de Hugh Glass, un trappeur américain cherchant à se venger après avoir été laissé pour mort par ses compagnons. Si Iñárritu, de plus en plus hollywoodien, s’attelle à un style assez particulier et nouveau pour lui, il est loin de décevoir.

Continuer à lire … « The Revenant »

The Dazzle

2015

The-Dazzle-at-FOUND111.-Andrew-Scott-Langley-and-David-Dawson-Homer.-Photo-credit-Marc-Brenner-67
Andrew Scott et David Dawson © Marc Brenner

Langley et Homer Collyer sont deux frères habitant à New York au 20ème siècle, le premier est musicien et le second est devenu son avocat. Les deux personnages vivent déjà ensemble lorsque la pièce débute, mais la dynamique du duo va être bouleversée par l’arrivée de Milly, une jeune femme relativement riche, qui va s’éprendre de Langley. Ce dernier, excentrique et touchant, ne correspond à aucun type de héros théâtral qu’on à l’habitude de voir. Son frère quant à lui, manipulateur et débordant d’énergie, tente d’arranger l’union entre Milly et Langley pour réussir à en tirer un maximum de profit.

Pleine d’humour, la pièce met en avant l’ennui d’une société fonctionnant grâce à toutes sortes de conventions sociales. Superbement poétique, l’auteur nous propose l’histoire du destin maudit de ces deux frères en marge de la société. Extrêmement provoquante et toujours hilarante, la pièce joue sur le caractère inconventionnel des personnages, et donne une image cynique et grinçante de l’amour.  S’entremêlent alors secrets et desseins au coeur d’un trio original, et alors que le premier acte se termine, la vie des Collyers bascule lorsque le mariage de Milly et Langley est annulé.

Continuer à lire … « The Dazzle »

20 000 lieues sous les mers

Jusqu’au 19 mars 2017 au théâtre du Vieux Colombier

20000_lieues_Brigitte-Enguerand
© Brigitte Enguérand

Un texte compliqué à adapter sur une scène de théâtre pourrait-on se dire… Mais c’est défi relevé et réussi par les deux metteurs en scène, Christian Hecq et Valérie Lesort.

Une voix off nous annonce le début de la pièce, on se retrouve devant la cabine d’un sous marin et, tout de suite, les dialogues commencent à nous amuser. Un ton léger, interprété avec justesse par Christian Gonon, Christian Hecq, Nicolas Ormeau, Jérémy Lopez, Elliot Jenicot et Louis Arene. Et alors que le public rigole de ces personnages, tous plus atypiques les uns que les autres; La magie commence : derrière le hublot s’agitent différentes sortes de créatures marines sous forme de marionnettes.

Continuer à lire … « 20 000 lieues sous les mers »