Rencontre avec : Rodrigo Sorogoyen

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Rodrigo Sorogoyen à Paris, le 15 juillet 2020 ©Victorien Daoût / Culture aux Trousses

Rodrigo Sorogoyen fait partie des nouveaux grands cinéastes espagnols. Après le polar Que Dios nos perdone (2016) et le thriller politique El Reino (2018), il revient demain au cinéma avec Madre, un drame dans lequel une femme dont l’enfant a disparu se lie à un adolescent, qui pourrait avoir l’âge son fils. Rencontre.

Madre est le prolongement d’un court-métrage que vous avez réalisé en 2017. Comment s’est passé le travail d’adaptation ?

Pour moi, ce n’est pas vraiment une adaptation. Le court-métrage a donné la première scène du film, et j’ai imaginé de manière tout à fait libre ce qui pouvait se passer dix ans plus tard. C’est un scénario original, et le court-métrage n’est que le point de départ. Mais c’est drôle car cette année, aux Goyas [l’équivalent des César en Espagne, ndlr], on s’est retrouvé dans la catégorie du meilleur scénario adapté. Nous avons soutenu qu’il s’agissait d’une œuvre originale, mais le règlement des Goyas stipule que si on se base sur un matériau préexistant, on fait partie de la catégorie des adaptations.

La comédienne Marta Nieto jouait déjà dans le court-métrage. A-t-elle participé au développement de Madre ? 

Elle n’a pas participé à l’écriture du scénario. Avant de lui proposer le rôle, j’avais vu en elle quelque chose de très intéressant. Elle pouvait apporter sa force, sa sensibilité et son expérience. Quand on a fait le court-métrage, elle ressemblait au personnage, étant célibataire et mère d’un enfant de six ans. Elle n’avait donc qu’à imaginer comment elle se serait comportée, sans avoir à composer un personnage. Le court-métrage est très intense, mais il a été, pour elle, plus facile que le film, qui demandait une vraie composition. Jamais elle n’a eu à vivre ce que ressent son personnage. 

Vos trois derniers films sont de genre très différents : polar, thriller politique, drame personnel. Est-ce que vous pensez vos films en terme de genre ? Qu’est-ce que cela implique dans votre travail ?

Je crois que cela implique que je veux chercher tout le temps, je veux changer tout le temps. Sinon, je me lasse. En fait, je m’ennuie devant les films des réalisateurs qui ne se renouvellent pas. C’est comme un journaliste qui me poserait toujours la même question, on finirait par ne plus parler de rien. Je ne veux pas que le spectateur attende de moi le même film à chaque fois. En Espagne, El Reino a été un grand succès, et plein de personnes sont passées à côté de Madre. Mais ce que je veux surtout éviter, c’est la répétition.

Dès le début du projet, avez-vous tout de suite su que vous alliez faire un drame, ou avez-vous pensé à faire un thriller ?

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Madre

Au cinéma le 22 juillet 2020

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Jules Porier et Marta Nieto ©Manolo Pavón

Ecrivons-le d’emblée, la séquence d’ouverture de Madre est l’une des plus impressionnantes vues depuis un long moment sur grand écran. Une femme, un appartement, un coup de téléphone, le tout filmé en un seul plan-séquence : Elena (Marta Nieto), madrilène, se rend compte que son fils de six ans se trouve tout seul sur une plage à des milliers de kilomètres, où il passe des vacances dans les Landes avec son père. Il a peur, le téléphone menace de se décharger et un inconnu s’approche. Nous assistons, aussi impuissants qu’Elena, à la disparition hors-champ du garçon. Le suspense est haletant, l’émotion est rare. Un grand moment de cinéma.

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La Nuit venue

Au cinéma le 15 juillet 2020

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Guang Huo et Camélia Jordana ©Jour2fête

Signe d’un changement contemporain, les films de taxis sont devenus des films de VTC. Les réalisateurs s’attacheraient, désormais, non plus à faire le portrait d’une ville à travers une multiplicité de rencontres, mais à constater la situation précaire des chauffeurs privés. C’est le cas de Frédéric Farrucci dont le premier film, La Nuit venue, raconte le destin d’un conducteur chinois sans papiers.

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Rencontre avec : Amin Sidi-Boumédiène

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Amin Sidi-Boumédiène (à droite) sur le tournage d’Abou Leila, avec le chef opérateur Kanamé Onoyama ©Thomas Burgess

Remarqué à la Semaine de la critique au festival de Cannes 2019, son premier film Abou Leila sort aujourd’hui au cinéma. Il évoque, à travers un récit labyrinthique, la sombre décennie 1990 traversée par l’Algérie à cause du terrorisme. Rencontre avec le réalisateur Amin Sidi-Boumédiène.

D’où vient votre désir de devenir réalisateur ?

J’avais un grand frère passionné par le cinéma. Il n’était peut-être pas un grand cinéphile, parce ce que c’était difficile de l’être en Algérie dans les années 1990, et on avait peu accès aux films assez pointus. Ma cinéphilie s’est surtout faite avec des films américains qui passaient à la télévision. Je me souviens d’avoir eu, à un moment donné, Canal+ en piraté, alors j’en ai profité pour regarder tout ce qui passait. Je pense que cela a joué. Très vite, j’ai voulu en faire ma vie, mais j’avais un peu peur de me lancer. Je suis allé à Paris, j’ai commencé des études de chimie, puis j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai tout abandonné pour me lancer dans le cinéma.

Abou Leila est un film qui se déroule dans les années 1990, une période que vous avez vécu en tant qu’adolescent. Avez-vous puisé dans des souvenirs concrets ou plutôt dans des impressions ?

Il y a les deux, mais surtout des souvenirs d’émotions, de sensations, de peurs. J’avais envie de restituer des sentiments plutôt que des faits. Je voulais éviter la reconstitution parce que j’avais précisément entre 10 et 20 ans, et quand on est adolescent on ne comprend les choses que plus tard, avec le temps qui passe, donc ce sont plutôt des sensations qui vous habitent. Un sentiment de cauchemar qui ne s’arrêtera jamais, de confusion totale, beaucoup de difficultés à comprendre d’où vient le danger, irruption de la violence soudaine et qui augmentait avec le temps jusqu’à atteindre une sauvagerie inimaginable…

Le film répond avant tout à un besoin personnel ?

Oui, complètement. J’ai d’ailleurs mis beaucoup de choses personnelles dans le film, mais on peut difficilement deviner lesquelles. Elles n’ont pas forcément à voir avec le terrorisme, mais elles sont liées à cette période. La violence prend plusieurs formes. Ce sont des éléments personnels dont j’ai décidé de ne jamais parler, et de toutes façons, ça tient de la psychanalyse !

Faire un film, c’est peut-être une forme de psychanalyse !

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Abou Leila

Au cinéma le 15 juillet 2020

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Slimane Benouari et Lyes Salem ©UFO Distribution

« Algérie 1994. » L’ensemble des informations de contextualisation du film est contenu dans ce panneau par lequel s’ouvre Abou Leila. On n’en saura pas plus, si ce n’est que le titre fait référence au nom d’un dangereux terroriste que deux hommes doivent retrouver dans le Sahara. Entre quête impossible et peinture d’une époque où le terrorisme atteignait un point de non-retour, le film nous mène sur les rives de la folie et du danger.

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Été 85

Au cinéma le 14 juillet 2020

Benjamin Voisin et Félix Lefebvre © Jean-Claude Moireau – 2020 – Mandarin Productions – Foz – France 2 Cinéma – Playtime Productions – Scope Pictures

Deux ans après le traumatique et poignant Grâce à Dieu, le touche-à-tout François Ozon s’offre une parenthèse ensoleillée avec Eté 85. Une initiation sentimentale touchante et enlevée, hélas plombée par une deuxième partie nettement plus fragile.

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The Old Guard

Sur Netflix le 10 juillet 2020

© Aimee Spinks – Netflix, 2020

Sans être fondamentalement honteux, The Old Guard n’est rien de plus qu’un film d’action terriblement anecdotique, consensuel et aseptisé, pensé avant tout comme le point de départ d’une hypothétique franchise que comme un film à part entière.

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Lucky Strike

Au cinéma le 8 juillet 2020

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Park Ji-Hwan (Carp) et Jung Woo-Sung (Tae-Young) © Wild Bunch

Un sac Louis Vuitton contenant une somme remarquable d’argent est retrouvé dans les vestiaires d’un sauna : c’est le point de départ de Lucky Strike, premier long métrage de Kim Yong-Hoon. Ce sac est l’unique constante du film : il en est le début et la fin. Les personnages se succèdent mais l’argent demeure. Si lui reste intact, c’est un destin bien néfaste qui attend ceux qui s’y intéressent. 

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Malmkrog

Au cinéma le 8 juillet 2020

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Des aristocrates réunis pour parler philosophie ©Shellac Films

C’est un sentiment de décalage assez plaisant lorsqu’on regarde un film se déroulant dans un monde enneigé alors que l’on est en été. Le temps de la projection, on se retrouve aux antipodes de notre environnement réel. C’est le cas, d’un point de vue climatique mais pas seulement, de Malmkrog de Cristi Puiu, dont l’action se situe au cœur de la Transylvanie, en plein hiver. Nous ne verrons pas beaucoup l’extérieur glacé, mais nous resterons à l’intérieur du manoir tout aussi froid de Nikolai, riche propriétaire qui a pour habitude de recevoir des amis aristocrates, avec lesquels il s’entretient sur des sujets de société. Le parti-pris est aride, intransigeant : filmer leurs discussions durant plus de trois heures.

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Eurovision Song Contest : The story of Fire Saga

Sur Netflix le 26 juin 2020

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Will Ferrell (Lars Errickssong) et Rachel McAdams (Sigrit Ericksdóttir) © Netflix

En 1974, le groupe suédois ABBA remporte l’Eurovision. Devant son poste de télévision, le jeune Lars est subjugué. Depuis ce jour, il n’aura plus qu’une seule idée en tête : participer lui aussi à ce concours musical. Avec son amie d’enfance Sigrit, Lars répète jour et nuit la chanson qu’ils espèrent un jour interpréter sur scène. Dans leur petit village en Islande, les deux musiciens sont la risée des autres habitants et la honte de leurs familles. Jusqu’à ce que, sur un concours de circonstances assez grotesque, ils soient sélectionnés à l’Eurovision pour représenter leur pays. 

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