La reconquista

Actuellement au cinéma

© Arizona

C’est accompagné d’une rétrospective intégrale au Centre Pompidou (provisoirement logé dans les salles du MK2 Bibliothèque) que le cinéaste espagnol Jonás Trueba nous donne des nouvelles de 2016. Dix ans nous séparent de la fabrication de La Reconquista, quatrième long-métrage de son auteur et première collaboration avec l’actrice et cinéaste Itsaso Arana. Presque autant de temps qui séparent Manuela et Olmo, jeunes trentenaires et anciens premier amour, qui se retrouvent à Madrid l’espace d’une soirée pour se rappeler leur passé.

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Dreams

Actuellement au cinéma

© Teorema / Metropolitan FilmExport

Après Memory, qui laissait entrevoir chez le cinéaste mexicain une inflexion plus empathique et presque conciliatrice, Dreams opère un retour brutal à un cinéma de la cruauté, désenchanté et résolument mal aimable. Toute promesse d’optimisme, suggérée par le titre, est méthodiquement déjouée dès les premières images d’un camion abandonné au Texas dans lequel gisent des cadavres de migrants mexicains. Cette ouverture, loin d’être illustrative, inscrit d’emblée le film dans une réflexion politique implacable sur les corps déplacés, exploités, rendus invisibles.

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Imperial Princess

Actuellement au cinéma

© Shellac

Cinéaste de la marge, Virgil Vernier est l’auteur d’une œuvre protéiforme à l’intersection de la fiction, du documentaire et de l’art vidéo, et s’attache depuis ses débuts à dépeindre une Europe ultra-contemporaine, déliquescente et mythifiée. Sa démarche, qui tient autant du conte que de l’ethnographie, l’a déjà mené à poser ses caméras aux pieds des utopies bétonnées du Grand Paris (Mercuriales, 2014), dans la première technopole d’Europe (Sophia Antipolis, 2018), ou encore dans le toc merveilleux de la principauté de Monaco (100.000.000.000.000, 2024). Moyen-métrage improvisé en parallèle du tournage de son prochain long, Imperial Princess prend à nouveau pour théâtre la ville-État monégasque, et décrit la lente bascule vers la paranoïa d’une jeune héritière russe abandonnée par son oligarque de père, au début de l’invasion de l’Ukraine.

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Danger : Diabolik !

Disponible en Combo 4K Blu-ray

© Sidonis Calysta

Anti-héros d’une longue série de fumetti lancée en 1962 par Angela et Luciana Giussani, Diabolik était voué, tôt ou tard, à faire le saut vers le grand écran. Cette transposition s’imposait à la fois pour des raisons économiques — le succès massif de la bande dessinée originelle puis l’essor des eurospy movies dès 1964, dans le sillage du premier James Bond — et par la singularité de son criminel éponyme, figure mutique entièrement vêtue de noir, dont seule la paire d’yeux demeure visible. Une créature de cinéma, donc, quasiment dénuée de parole car pensée pour être autant regardante que regardée.

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Week-end de terreur

Disponible en DVD et Blu-Ray

© Rimini Editions

À ses origines antiques, le cynisme était synonyme  d’autosuffisance, de simplicité, d’honnêteté et, plus précisément encore, d’un mépris total des conventions sociales. Aujourd’hui, qu’en reste-t-il ?

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Les échos du passé 

Actuellement au cinéma

© Diaphana Distribution

Quatre figures féminines séparées par le temps mais unies par une même lignée de souffrance incarnent autant de déclinaisons d’un destin supplicié. La douleur y circule comme un legs empoisonné se transmettant d’un corps à l’autre avec la force d’une malédiction, jusqu’à s’alourdir en pulsions suicidaires. À la manière des Atrides, les existences des Echos du passé semblent prises dans l’étau d’une fatalité héréditaire traversées par des forces morbides qui les excèdent. Toutes s’abandonnent littéralement à un mouvement de chute inexorable, aspirées vers l’abîme.  

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Los años nuevos

Disponible sur Arte

© Canal +

La raison principalement citée pour expliquer la réussite de Los años nuevos est son réalisme. Mais comment cela se manifeste-t-il dans la série de Rodrigo Sorogoyen ?

En littérature, le réalisme se définit par l’observation des choses, de toutes choses. Les écrivains ne cherchent pas à expliquer, analyser ou justifier mais simplement à décrire. Or à quoi reconnait-on un passage descriptif particulièrement minutieux ? À sa longueur.  Dans Los años nuevos, l’équivalent se traduit par une recherche marquée sur le temps. Cette donnée s’applique à trois différents niveaux de la série : structure et écriture, mise en scène et discours.

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Laurent dans le vent

Actuellement au cinéma

© Mabel Films

Dans leur premier long-métrage Mourir à Ibiza, le trio de cinéastes que forment Anton Balekdjian, Léo Couture et Mattéo Eustachon, convoquait la figure d’Éric Rohmer à travers un conte estival en trois actes, prenant pour point de départ la rencontre contrariée entre Léna et son compagnon de voyage. Avec Laurent dans le vent, leur second film présenté dans la sélection de l’ACID, les réalisateurs délaissent l’esthétique lo-fi de leur premier film et bénéficient d’une production plus aboutie pour explorer avec un regard plus inspiré les aspirations d’une jeunesse en marge, en quête d’une utopie opposée aux injonctions contemporaines.  

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L’Engloutie

Actuellement au cinéma

© Take Shelter / Condor Distribution

Il y a quelque chose d’immédiatement envoûtant dans L’Engloutie, premier long-métrage de fiction de Louise Hémon, jeune réalisatrice venue du documentaire et de l’art vidéo. Quelque chose qui tient en premier lieu à la matérialité de l’image : dans une nuit d’encre, un petit groupe de personnes chemine à travers la montagne, en tête duquel une jeune femme et un âne se détachent, à la faveur de la flamme vacillante d’une lampe à huile. D’emblée, le film se situe dans un entre-deux et invite ses spectateur·ices à se rapprocher de l’écran pour tenter d’en mieux discerner les contours.

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Les meilleurs films de 2025

Tardes de soledad, Albert Serra © Dulac Distribution

Déterminés que nous sommes par des normes ou des pratiques sociales et communautaires bien ancrées, impossible d’échapper à la tradition immuable de la communauté cinéphile : le top annuel. Alors que l’an 2025 est en voie de s’éteindre, rallumons le un peu, à l’aune des quelques films qui auront marqué notre rédaction. L’année dernière, c’est La Zone d’intérêt qui fut l’événement incontesté. Cette fois, pas un choc partagé, mais quatre œuvres plébiscitées : Une bataille après l’autre, film d’action qu’on n’attendait pas de la part de Paul Thomas Anderson, L’Aventura de Sophie Letourneur, qui confirme son statut d’ovni dans le ciel du cinéma mondial, L’Agent secret de Kleber Mendonça Filho, errance brésilienne, tortueuse et colorée de Wagner Moura, et surtout le documentaire sidérant d’Albert Serra, Tardes de soledad, dont la radicalité, bien qu’éprouvante voire dérangeante, aura au moins eu le mérite d’accomplir ce que le cinéma désormais semble accomplir si peu : donner à voir des images neuves, qui ne soient pas des images d’images. Des images de la même trempe que celles dont parlait l’écrivain Jean Cayrol, collaborateur de Nuit et Brouillard, lorsqu’il disait que « l’image devient un art quand elle nous impose un regard auquel nous ne nous habituons pas ». Peut-être l’année 2026 nous en offrira-t-elle. Nous l’espérons.

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