C’est un sentiment de décalage assez plaisant lorsqu’on regarde un film se déroulant dans un monde enneigé alors que l’on est en été. Le temps de la projection, on se retrouve aux antipodes de notre environnement réel. C’est le cas, d’un point de vue climatique mais pas seulement, de Malmkrog de Cristi Puiu, dont l’action se situe au cœur de la Transylvanie, en plein hiver. Nous ne verrons pas beaucoup l’extérieur glacé, mais nous resterons à l’intérieur du manoir tout aussi froid de Nikolai, riche propriétaire qui a pour habitude de recevoir des amis aristocrates, avec lesquels il s’entretient sur des sujets de société. Le parti-pris est aride, intransigeant : filmer leurs discussions durant plus de trois heures.
Au début des années 1930, le journaliste gallois Gareth Jones (James Norton) vient de publier un reportage sur Adolf Hitler, rencontré au cours d’un voyage en avion. Avec aplomb, il ambitionne d’interroger Joseph Staline, alors que la presse internationale loue la modernité du système nouvellement mis en place en Russie. Il se pose une question décisive : d’où vient tout l’argent qui transforme le pays, paré pour une guerre éventuelle ? Visa en poche pour se rendre à Moscou, il s’apprête à découvrir les terribles dessous du régime.
Les films de Martin Provost parviennent toujours à exhumer les histoires de personnalités oubliées, moins connues que nombre de leurs contemporains, pour leur offrir un écrin romanesque et saluer leur mémoire. On se souvient de Séraphine (2008), qui racontait l’histoire d’une peintre internée dans un asile, et de Violette (2013), biographie sur vingt ans de la romancière Violette Leduc. Cette fois, ce n’est pas une personne mais une institution dont le réalisateur nous rappelle l’existence : les institution ménagères, où les jeunes filles apprenaient à devenir des épouses modèles.
L’année dernière, Nuestras Madresa reçu la très prisée Caméra d’or au festival de Cannes. Sortie en VOD cette semaine, c’est une œuvre de mémoire nécessaire sur les terribles conséquences de la guerre civile guatémaltèque (1960-1996). Après quelques problèmes de connexion et de décalage horaire – nous sommes en France, il est au Guatemala – nous avons réussi à joindre le réalisateur César Díaz, pour revenir avec lui sur son fort et beau premier film.
Nuestras Madres est le premier film guatémaltèque présenté au festival de Cannes. En quoi était-ce important pour vous qu’il soit vu par le plus grand nombre ?
Parce qu’il parle de l’histoire vive du Guatemala, une histoire que certains essaient d’oublier. Et pire encore, de nier. C’est aussi important par le moment cinématographique que l’on vit au Guatemala, car il faut soutenir cette industrie naissante. Le fait qu’un film aille au festival de Cannes est l’affirmation que l’on est sur le bon chemin.
Est-ce que la guerre civile est un sujet présent dans l’actualité de votre pays, ou bien encore un tabou ?
C’est un sujet important pour le monde de gauche et progressiste, mais pour le reste de la population, c’est un vieux sujet dont il ne faut pas trop parler. Le problème principal est qu’il n’a jamais existé une véritable volonté politique de soigner les blessures du passé, ni de procéder à une réconciliation nationale.
Placé sous l’égide des discours de paix et de fraternité de Mohamed Ali et de Martin Luther King, le nouveau film de Spike Lee tombe tristement à pic en ce moment. Les violences policières contre lesquelles le monde s’insurge suite à la mort de George Floyd à Minneapolis le 25 mai dernier résonnent avec les images d’archives présentées au début du film. Elles sont ici mises en avant pour pointer l’injustice dont font preuve les Etats-Unis à l’égard de leurs soldats Afro-Américains au moment de la guerre du Viêt Nam : ils étaient les premiers au front, et les derniers considérés comme des citoyens. Si leur rôle dans le conflit a été aussi peu traité par le cinéma que par les livres d’histoire, le film s’embourbe dans une narration indigeste qui dessert la force du propos.
Si la tenue du festival de Cannes avait été espérée jusqu’au bout par Thierry Frémaux, Pierre Lescure et les cinéphiles les plus optimistes, il a fallu se rendre à l’évidence : le festival n’aura pas lieu. Il s’agit d’une circonstance inédite dans l’histoire du festival. Il y a bien eu la première édition avortée de 1939, et celle interrompue de 1968, mais cette édition 2020 ne pouvait rien contre un contexte mondial tout autant exceptionnel. Le festival n’a cependant pas dit son dernier mot.
Luis Rovisco (Miguel Lobo Antunes) devrait bientôt partir en retraite. Directeur commercial grisonnant, il manque d’entrain au cours des voyages répétitifs qu’il exécute pour installer des caméras de surveillance. Le seul moyen de casser son quotidien et de mettre des mots sur ce qu’il ressent, c’est par la musique qu’il le trouve : au volant de sa voiture, il se met à chanter. Et transforme soudain un film d’auteur lambda en comédie musicale excentrique.
Le club de jazz The Eddy, situé à Paris, connaît des déboires. L’un des deux patrons (Tahar Rahim) s’est endetté auprès d’un homme de plus en plus menaçant, tandis que naissent des conflits intérieurs parmi les membres du groupe habitué des lieux. Quant à l’autre gérant, le new-yorkais Elliot (André Holland), ex-pianiste star dans le milieu, il reçoit sa fille (Amandla Stenberg) venue des Etats-Unis.
Au XIXe siècle, une jeune femme écossaise, Ada MacGrath (Holly Hunter), est envoyée par son père en Nouvelle-Zélande pour épouser un homme qu’elle n’a jamais rencontré (Sam Neill), responsable d’une colonie. Elle débarque sur une plage battue par des vents froids, accompagnée de sa fille de dix ans, Flora (Anna Paquin), qui est aussi son interprète. Ada est muette.
Cinq ans après Tale of Tales, d’après le Pentamerone (1634) de Giambattista Basile, Matteo Garrone s’attaque à un autre conte, plus emblématique encore, Pinocchio (1883) de Carlo Collodi. Une adaptation très fidèle des aventures du garçon en bois qui déroule son programme sans surprendre, mais dont l’univers séduit de bout en bout. Malheureusement, le film sort sur la plateforme Amazon Prime Video, privé d’une sortie au cinéma en France, pourtant prévue le 1er juillet à défaut du 18 mars.