Palme d’or inattendue de la 74e édition du festival de Cannes, Titane de Julia Ducournau est sorti en salle avant qu’il ne soit adoubé par le jury présidé par Spike Lee. Long-métrage audacieux par son ambition plastique, il se limite toutefois à la stylisation de sa carrosserie.
On avait fini par l’oublier. Celui qui avait signé RoboCopet Total Recalln’était pas américain mais néerlandais. Cela nous est revenu quand l’éternel franc-tireur, plus vraiment en odeur de sainteté à Hollywood qui avait pourtant fait sa gloire, a décidé de revenir dans son pays natal. Un retour plus ou moins forcé mais qui témoigne aussi de sa volonté farouche de rester libre, envers et contre tous. La preuve, en ironie : pour fêter ses retrouvailles avec les Pays-Bas, il signe en 2006 ce film qui raconte une page très sombre et honteuse de l’histoire du pays, à savoir les années d’Occupation. Gonflé, le type. Paul Verhoeven n’a décidément pas froid aux yeux. Il ne s’arrête pas devant l’obstacle, il peut foncer et changer de vie, pourvu que la nouvelle en vaille la peine. C’est un peu la morale de Rachel Stein (Carice van Houten), formidable héroïne, à la fois Mata Hari, justicière et femme fatale.
Mal connu et peu commenté, La Chair et le Sang est un pivot dans l’œuvre de Paul Verhoeven. Les Pays-Bas, où il a réalisé ses premiers films, ne lui permettaient plus de satisfaire ses ambitions de metteur en scène, contrairement aux Etats-Unis qui s’apprêtaient à l’accueillir. Ce film malade du milieu des années 1980 est une transition entre ces deux moments : il vise l’ampleur d’une grande fresque historique située en Europe, issu d’une production américaine, réalisé avec une équipe technique internationale et tourné en Espagne, tandis que sa distribution fait le pont entre les deux continents (Jennifer Jason Leigh et Rutger Hauer sont les protagonistes).
Après RoboCop et Totall Recall, Paul Verhoeven continue sa tournée américaine. Mettant en suspend pendant quelques années les intrigues de science-fiction, il s’attaque au thriller érotique. Et le cinéaste touche juste car, malgré les vives réactions qu’il suscita pour ses scènes sulfureuses, Basic Instinct fut un succès critique et commercial absolument fulgurant.
Troisième et dernière œuvre de science-fiction de Paul Verhoeven, Starship Troopers (1997) clôt dans la carrière du réalisateur un mouvement entamé avec Robocop (1987) puis Total Recall (1990). Si continuer à explorer le genre au-delà l’aurait sans doute condamné à se répéter, Verhoeven parvient dans cette ultime tentative à un aboutissement conceptuel parfaitement logique. Trouvant fasciste le roman que lui présente son scénariste Edward Neumeier (Étoiles, garde à vous ! de Robert A. Heinlein), et plutôt que de vider le récit des éléments qui le dérange, Verhoeven prend la très intelligente décision d’au contraire les exacerber pour en faire le propos même de son film.
Si Die Hard, sorti en 1988, est à voir comme les funérailles du héros reaganien, RoboCop, sorti un an avant, fut rétroactivement l’un des premiers clous de son cercueil. Le deuxième film américain de Paul Verhoeven porte déjà la marque d’un regard puissant et aiguisé, celui d’un auteur qui parvient à mêler divertissement hollywoodien et critique de la société capitaliste.
Sorti en 1990, Total Recall est la deuxième adaptation cinématographique de Philip K. Dick à voir le jour – après Blade Runner en 1982. Mais le scénario, signé Ronald Shusett, Dan O’Bannon et Gary Goldman, s’éloigne de la nouvelle Souvenirs à vendre sur laquelle il se base pour fournir à Paul Verhoeven un matériau particulièrement adapté à ses propres préoccupations. Avec RoboCop en 1987, le néerlandais a pu faire ses preuves aux commandes d’un film de science-fiction hollywoodien à gros budget, ce qui lui permet d’être choisi par Arnold Schwarzenegger pour réaliser le film. Total Recall formera dans son œuvre le deuxième moment d’une trilogie clôturée par Starship Troopers en 1997. Trois histoires tout à fait distinctes mais aux nombreuses thématiques communes, véritables pamphlets dans lesquels les mondes futuristes dépeints sont autant de reflets déformés de notre propre réalité.
En 1996, les disgracieux Razzie Awards « sacraient » le Hollandais Paul Verhoeven comme Pire Réalisateur pour son film Showgirls, alors échec public et désastre critique. Contre toute attente, le récipiendaire vint en personne récupérer son prix, sourire aux lèvres. Cela en dit long sur le formidable recul d’un électron libre qui aura sciemment parasité le monde formaté d’Hollywood. Aujourd’hui réhabilité, le film s’avère un point culminant dans sa carrière.
Il vient de partager son court-métrage La Voix humaine, réalisé entre deux confinements, et commence cette semaine le tournage de son prochain film, Madres Paralelas, dans lequel Penélope Cruz le retrouvera pour la huitième fois. Depuis plus de 40 ans, Pedro Almodóvar construit une œuvre dramatique personnelle et stylisée de manière unique, qui raconte autant les mutations de son Espagne natale qu’il adopte une liberté de ton et de représentation inouïes. Retour sur dix grands films du maître.
La télévision, pire ennemie du cinéma ? Quand elle inonde les foyers dans les années 1950, c’est en tout cas ce qui se dessine… Mais cette rivalité n’a pas fini d’être alimentée à l’heure où les salles sont fermées, et que la télévision occupe de plus en plus de place dans nos quotidiens. Pour se moquer de sa vacuité, comprendre ses conséquences et ses effets (souvent) pervers, le cinéma a cependant régulièrement imaginé des scénarios en la prenant pour cible, ainsi que tout le système de valeurs qu’elle suppose. Passage en revue de dix grands films consacrés au petit écran.