« Leila, dis-nous, pourquoi est-ce si dur l’amour ? » À l’ombre des figuiers d’un verger tunisien, des ouvrières agricoles se reposent autour du thé, et les plus jeunes interrogent l’une de leurs aînées. En guise de réponse, la concernée chante, puis s’interrompt un instant, émue aux larmes. Plus tard, à la fin de la journée, les jeunes filles en fleurs entonneront un autre chant. La plainte mélancolique de Leila sera alors remplacée par l’air joyeux que chantent Melek, Fidé, Sana et Mariem, maquillées, les cheveux au vent, à bord du camion qui les ramène du verger.
Il a peur de l’eau, elle y plonge sans y réfléchir. Lui est plus à l’aise avec des enfants, elle boit et fume avec des jeunes adultes. Lui est amoureux, elle parle de fantôme. Daniel a 13 ans, Chloé en a 16. Bienvenue à Falcon Lake.
C’est l’été. Le soleil se fond dans les reflets de la mer. Il fait chaud. Sur un air rohmerien, Lena débarque à Arles afin d’y retrouver Marius, ancien amour perdu de vue puis retrouvé sur internet. Elle rencontre en parallèle Ali et Maurice qui viendront clore ce quatuor amical. Avec une caméra proche de ses personnages, virevoltante, nous suivons les aventures des protagonistes qui hésitent, se rencontrent, s’embrassent, se quittent…
Après L’un dans l’autre, Bruno Chiche fait son retour sur les écrans avec Maestro(s), un drame aux accents de comédie. Inspiré du film israélien Footnote, l’histoire est transposée chez les Dumar, chefs d’orchestre de père en fils, qui se retrouvent dans une situation indélicate lorsque la Scala est proposée au mauvais Dumar…
Le rapport à l’autre est souvent l’occasion pour les personnages de Kore-eda de faire face à leurs échecs et de tenter de cerner ce qu’on dirait la vérité de ce qu’ils sont. Avant Les Bonnes étoiles, où le trajet de la camionnette accompagne une succession de révélations qui indéfiniment laissent place à une nouvelle incertitude, The Third Murder (2018) et La Vérité (2019) traitaient plus frontalement la question du rapport au vrai et ses thèmes parents, tels que le mensonge, les apparences, le doute, la croyance et le jugement. Alors qu’il est parfois abusivement réduit, sans doute par paresse, à sa portée socio-politique, le cinéma de Kore-eda se pare d’une dimension philosophique certaine, issue d’un regard sceptique sur le monde qui se réfléchit éminemment dans ce diptyque que forment ces deux films, a priori mineurs, et pourtant renversants par leur complexité.
Au commencement, il y a Alain, qui devient ensuite Anders.
Dans Le Feu follet, publié en 1931, Pierre Drieu la Rochelle raconte, ou sans doute invente, les quelques jours qui précèdent le suicide de son ami, Jacques Rigaut, qu’il renomme Alain. En 1963, Louis Malle s’empare de l’histoire et la met en scène dans un Versailles grisonnant. Puis, en 2011, c’est dans un Oslo estival que l’on retrouve Anders, héros de la réadaptation de Joachim Trier. Au cœur du Feu follet, il y a l’addiction et l’amour, l’absence de l’un renforçant le désir de l’autre. Ces pulsions et déceptions caractérisent le personnage pétri de mal-être. Ses résolutions suicidaires ont bien évidemment des retentissements universels et intemporels, mais leur traitement est loin d’être identique. Alain et Anders, Anders et Alain ; comment un même personnage traverse-t-il deux époques, deux pays, deux films ?
Après deux court-métrages, Kate Dolan réalise son premier long-métrage, mélangeant horreur irlandaise et exploration d’une maternité en crise. You’re not my mother est pour la première fois montré en novembre 2021, au festival fantastique de Toronto, où il finit finaliste du choix du public dans la sélection Midnight Madness. Après un an de tournée dans les festivals et de parution à l’étranger, le film paraît enfin sur nos écrans le 7 décembre, sous le nom de Samhain, aux origines d’Halloween.
Le titre Samhain, aux origines d’Halloween souligne le double aspect de cette fête. Quelle a été votre principale inspiration pour ce film ?
Les premières versions du film ne se déroulaient pas à Halloween, c’est quelque chose que j’ai ajouté au fur et à mesure. C’est surtout la mythologie du changeling (ndlr: créature d’apparence humaine laissé à la place d’un nouveau-né enlevé par des monstres) qui m’a relié à Samhain. Avant, c’était plus focalisé sur les pathologies mentales et la famille. Ensuite, j’ai commencé à faire plus de recherches sur l’histoire païenne et le folklore irlandais. J’ai compris qu’il fallait que ça se déroule à Halloween, lorsque des créatures d’outre-monde peuvent nous atteindre, car la frontière entre leur monde et le nôtre est très fine. Choisir cette période de l’année faisait sens, surtout en Irlande. À Halloween, on allume des feux de joie autour des maisons, ça amenait donc ce symbolisme de feu purificateur et c’est ce qui m’a définitivement convaincu de faire mon film sur cette fête.
Quelles ont été vos plus grandes influences ?
Je pense que L’Exorciste est définitivement une grande influence, de par la relation mère-fille et son approche du rythme. La première moitié est lente et pose cette une atmosphère dans laquelle on sent que quelque chose ne va pas sans être certain. Parce que Samhain adopte surtout le point de vue de Char, le personnage principal, un autre film très influent a été Rosemary’s Baby car c’est un film qui se construit à partir d’un seul point de vue, celui d’une femme. Il en a d’autres, comme le film coréen The Stranger qui reprend beaucoup de représentations du folklore japonais et coréen. Étant donné que mon film est beaucoup inspiré de l’histoire et du folklore irlandais,The Stranger était proche de ce qu’on voulait accomplir, surtout au niveau du ton.
Dans un autre entretien, vous aviez justement mentionné votre intérêt pour les films d’horreur asiatiques.
C’est sûrement parce qu’ils se concentrent plus à capturer un sentiment de malaise. Il y a le remake américain de The Ring, qui est complètement différent de la version japonaise. J’ai l’impression que des films comme The Ring ou Pulse n’expliquent jamais en détail ce qu’il se passe, ce que les personnages endurent : c’est plus à propos d’une sensation d’étrangeté. Aussi, de par leurs visuels, ces genres de film me troublent, ils me font ressentir quelque chose d’étranger à notre monde. En comparaison avec le style américain, plus focalisé sur l’action, l’intrigue, et qui s’assure que des choses vous sautent dessus tout le temps.
Samhain est à la fois un film de monstre plutôt explicite et un drame humain plus sensible et subtil. Avez-vous eu des difficultés à combiner ces deux aspects ?
Après quatre longs-métrages de fiction dont le génial Fish Tank, Andrea Arnold s’essaye au cinéma direct. La démarche est à la fois poétique et politique : diminuant autant que possible les frontières qui séparent le spectateur du sujet, la réalisatrice nous propose de contempler pendant une heure et demie le quotidien d’une vache laitière appelée Luma, animal réduit en esclavage faisant partie intégrante de notre alimentation. Si un tel film aurait pu se limiter aux bas-fonds des festivals documentaires, il y a de quoi se réjouir qu’une cinéaste ayant tourné avec Michael Fassbender et Shia LaBeouf s’empare d’un tel sujet, lui assurant une projection à Cannes en 2021.
Après son excursion française avec La Vérité, Kore-eda nous transporte en Corée du Sud avec Les Bonnes Etoiles. L’occasion pour le cinéaste d’une immersion dans un inconnu pourtant si proche.
Imaginé par Carlo Collodi en 1881, Pinocchio semble être de ces contes qui ne cessent de trouver grâce et intérêt aux yeux des cinéastes, depuis l’adaptation de Giulio Antamoro en 1911. Après le catastrophique remake orchestré par Robert Zemeckis chez Disney en septembre dernier, c’est au tour de Guillermo Del Toro, passionné depuis ses débuts par les freaks, de poser un nouveau regard sur l’œuvre de l’auteur italien.