A House of Dynamite

Disponible sur Netflix

© Netflix

A House of Dynamite, nouveau film de Kathryn Bigelow sorti directement sur Netflix, reprend là où Zero Dark Thirty (2012) s’était arrêté ; aux portes d’un monde presque intégralement basculé de « l’autre côté », patiemment fondu et absorbé dans son envers numérique, univers d’informations et d’images. La fin en suspens du magnum opus de Kathryn Bigelow centré sur la traque de Ben Laden – « Où voulez-vous aller ? » adressait-on à Maya (Jessica Chastain), enquêtrice défaite d’avoir enfin trouvé et exécuté sa cible – ouvrait sur un vertige dans lequel s’engouffre ce film-ci. La cinéaste délaisse pour l’occasion la fiction inspirée de faits réels (son sillon de Démineurs à Detroit), imaginant ex nihilo une frappe nucléaire imminente sur le territoire américain et la réponse simultanée des différentes agences gouvernementales, de la situation room au président lui-même. Son objectif pourtant reste le même : se placer, à coups de missiles atomiques s’il le faut, à un point d’incandescence du monde d’aujourd’hui.

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Rencontre avec Arnaud Desplechin

© CNC

Quel a été le premier fil de cette pelote narrative complexe qu’est Deux Pianos ?

Il n’y avait pas une seule idée directrice, mais bien deux. La première tenait au désir d’écrire à quatre mains avec un vieil ami, Kamen Velkovski, un américain qui ne parle pas français. Depuis des années, nous évoquions cette collaboration sans jamais la concrétiser. Un été, il m’a demandé sur quoi je travaillais. Je lui ai alors parlé d’une scène que j’avais en tête : dans un cimetière, une jeune veuve, encore trop bouleversée pour laisser son chagrin s’exprimer pleinement, tente de raconter une histoire drôle pour alléger l’atmosphère. Mais son récit tombe à plat, et elle essuie un échec cuisant. À ce moment-là, j’ignorais encore quelle était cette histoire qu’elle essayait de raconter.

Kamen, de son côté, m’a confié qu’il avait imaginé tout autre chose : un homme revenant de l’étranger pour donner une série de concerts, en quête de son ancien mentor. Flânant dans un square, il aperçoit un enfant qui s’avère être lui-même. Intrigué, je lui ai demandé qui était cet enfant, et il m’a répondu qu’il s’agissait du fils de la femme du cimetière. C’est à partir de cette coïncidence que nous avons commencé à dérouler le fil de notre récit, comme on dévide patiemment une pelote de laine.

Au fil de votre filmographie, les collaborations d’écriture ont beaucoup évolué : Emmanuel Bourdieu à vos débuts, Julie Peyr, Léa Mysius, et aujourd’hui Kamen Velkovsky avec Anne Berest et Ondine Lauriot dit Prévost. Qu’est-ce que vous attendez aujourd’hui d’un scénariste ? De quoi avez-vous besoin, à ce stade de votre parcours, dans la confrontation à un autre regard, une autre langue ?

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La voix de Hind Rajab

Actuellement au cinéma

© Jour2Fête

Kaouther Ben Hania continue à explorer la frontière entre cinéma de fiction et documentaire. Dans La voix de Hind Rajab, elle reconstitue les événements ayant eu lieu le 29 janvier 2024 : Hind Rajab, une fillette de six ans, est prisonnière dans la voiture de son oncle, tué avec les autres passagers par l’armée israélienne. Seule au milieu des cadavres, Hind demeure coincée et cachée. Des heures durant, elle reste au téléphone avec le Croissant-Rouge palestinien (une société de secours) qui tente de la rassurer et de coordonner la venue d’une ambulance.

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Le cri des gardes

San Sebastian International Film Festival 2025

© Les films du Losange

Dans Le cri des gardes, Claire Denis adapte le Combat de nègre et de chiens de Bernard-Marie Koltès. Les quelques idées formelles que la cinéaste propose relèvent d’avantage de la scénographie que de la mise en scène. Si le théâtre de Koltès est éprouvant, Le cri des gardes l’est aussi, mais dans un autre registre. 

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Oui

Actuellement au cinéma

© Les Films du Losange

Autant rejeté par l’extrême droite – interdit dans plusieurs festivals israéliens, le film n’a toujours pas de distributeur là-bas – que par une certaine partie de l’extrême gauche, taxant notamment sa production partiellement israélienne, Oui affiche le curieux paradoxe d’un film nommé autour de l’expression d’une adhésion étant sujet à opposition. Tous ces rejets, aussi intéressants puissent être certains (peut-on séparer une œuvre de sa production ?), partagent néanmoins un élément commun : aucun des détracteurs principaux du nouveau film de Nadav Lapid ne semble l’avoir vu. Que toutes ces voix soient entendues est une chose, mais celle du film, en tant que forme artistique et donc politique, semble avoir été muselée. Oui a pourtant des choses à dire.

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La « Teenage Apocalypse Trilogy » de Gregg Araki, ou quand l’amour et la communauté ne suffisent pas

Actuellement au cinéma – ressortie

© Capricci

On espère depuis longtemps que Gregg Araki délaisse un peu la réalisation d’épisodes de séries (Dahmer, Riverdale, 13 Reasons Why…) pour se remettre au cinéma. C’est qu’il y a plus de dix ans depuis son dernier long métrage, White Bird in a Blizzard (2014) – qui avait par ailleurs reçu un accueil mitigé. Dans l’attente de I Want Your Sex (avec Olivia Wilde et Charli xcx), toujours sans date de sortie, on peut se replonger dans les débuts du réalisateur pionnier de la Queer New Wave : le 17 septembre, la « Teenage Apocalypse Trilogy », compose de Totally F***ed Up (1993), The Doom Generation (1995) et Nowhere (1997), s’offre une ressortie en salle.

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Left-Handed Girl

Actuellement au cinéma

© Le Pacte

« Cet endroit est magique. » Ce sont les premiers mots prononcés par I-Jing, cinq ans, qui contemple le paysage au travers de son kaléidoscope, assise à l’avant de la voiture qui les conduit elle, sa grande sœur, I-Ann, et leur mère, Shu-Fen, à Taipei après des années d’absence. Dans cette affirmation résonnent également les intentions de Shih-Ching Tsou, la réalisatrice de Left-Handed Girl : faire droit à l’émerveillement propre au regard de l’enfant qu’elle fut autrefois à Taïwan, avant son exil aux États-Unis. En un sens, ce premier long-métrage signé de son seul nom constitue l’envers de Take Out (2004), co-réalisé avec Sean Baker, qui dépeignait la lutte d’immigrants chinois piégés dans l’enfer du rêve américain, que venait redoubler une image brute et délavée. Ici, la cinéaste filme le retour à domicile d’une famille d’expatriées s’apprêtant à redémarrer en bas de l’échelle, en la scrutant par la lorgnette enchanteresse du souvenir.

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La Voie du serpent

Actuellement au cinéma

© Art House Films

Un bon remake réinvente, à défaut de reproduire. Ce mantra – appelez-le comme bon vous semble – encapsule autant une part de vérité qu’un état d’esprit quelque peu simpliste face à un exercice artistique complexe. En l’état, Le Convoi de la Peur de William Friedkin est autant réussi que le Godzilla de Roland Emmerich est raté, chacun traçant pourtant une voie différente des originaux dont ils s’inspirent. Réinventer est une chose, mais ne constitue certainement pas le gage d’un remake réussi. Que faire alors du second cas, plus complexe encore, des remakes qui reproduisent ?

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Islands

Actuellement au cinéma

© Augenschein, Leonine Studios, Schiwago Film

Au tennis l’ace désigne un service gagnant : le serveur marque le point sans que l’adversaire n’ait touché la balle. Dans le nouveau film de Jan-Ole Gerster, ce n’est pas pour rien que Tom (interprété par Sam Riley) a pour surnom ce coup spectaculaire. Coach de tennis désabusé dans un complexe touristique des îles Canaries, on l’appelle Ace depuis qu’il a battu Rafael Nadal grâce à ses services exceptionnels lors d’un entraînement fortuit, alors que le Matador séjournait dans l’hôtel. Mais à l’orée du film, difficile de voir dans la loque étendue sur le sable et transpirant l’éthanol une légende officieuse du tennis. Lancer des balles à des enfants, donner la réplique à des tennismen du dimanche, ramasser les balles, se faire offrir un coup par des clients, finir en boîte. La boucle se répète chaque jour, jusqu’à l’arrivée d’Anne, Dave et leur fils Anton, une famille de touristes qui bouscule le quotidien sans horizon de Tom. Au fil des leçons de tennis qu’il prodigue à leur enfant, le coach se rapproche du couple, devient leur guide, et une tension s’installe entre lui et la jeune mère, comme s’ils s’étaient déjà rencontrés… Islands débute comme un film de vacances, mais il dérive vers la satire et le polar hitchcockien.

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Materialists

Actuellement au cinéma

© Sony

Celine Song, la réalisatrice du très beau Past Lives, reprend un schéma identique dans son nouveau film : un triangle amoureux est au cœur de Materialists. On y trouve, Lucy (Dakota Johnson), une jeune matchmakeuse (organisatrice de rencontres entre célibataires) vivant à New-York. Autour d’elle, John (Chris Evans), un comédien fauché, et Harry (Pedro Pascal), un homme riche et charmant. Le premier est trop sanguin et l’autre n’a pas assez de coups de sang mais ce qui les différencie principalement aux yeux de Lucy, c’est leur argent. 

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