Les meilleurs films de 2025

Tardes de soledad, Albert Serra © Dulac Distribution

Déterminés que nous sommes par des normes ou des pratiques sociales et communautaires bien ancrées, impossible d’échapper à la tradition immuable de la communauté cinéphile : le top annuel. Alors que l’an 2025 est en voie de s’éteindre, rallumons le un peu, à l’aune des quelques films qui auront marqué notre rédaction. L’année dernière, c’est La Zone d’intérêt qui fut l’événement incontesté. Cette fois, pas un choc partagé, mais quatre œuvres plébiscitées : Une bataille après l’autre, film d’action qu’on n’attendait pas de la part de Paul Thomas Anderson, L’Aventura de Sophie Letourneur, qui confirme son statut d’ovni dans le ciel du cinéma mondial, L’Agent secret de Kleber Mendonça Filho, errance brésilienne, tortueuse et colorée de Wagner Moura, et surtout le documentaire sidérant d’Albert Serra, Tardes de soledad, dont la radicalité, bien qu’éprouvante voire dérangeante, aura au moins eu le mérite d’accomplir ce que le cinéma désormais semble accomplir si peu : donner à voir des images neuves, qui ne soient pas des images d’images. Des images de la même trempe que celles dont parlait l’écrivain Jean Cayrol, collaborateur de Nuit et Brouillard, lorsqu’il disait que « l’image devient un art quand elle nous impose un regard auquel nous ne nous habituons pas ». Peut-être l’année 2026 nous en offrira-t-elle. Nous l’espérons.

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La voix de Hind Rajab

Actuellement au cinéma

© Jour2Fête

Kaouther Ben Hania continue à explorer la frontière entre cinéma de fiction et documentaire. Dans La voix de Hind Rajab, elle reconstitue les événements ayant eu lieu le 29 janvier 2024 : Hind Rajab, une fillette de six ans, est prisonnière dans la voiture de son oncle, tué avec les autres passagers par l’armée israélienne. Seule au milieu des cadavres, Hind demeure coincée et cachée. Des heures durant, elle reste au téléphone avec le Croissant-Rouge palestinien (une société de secours) qui tente de la rassurer et de coordonner la venue d’une ambulance.

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Queer

Actuellement au cinéma

© Pan Distribution

“I’m not queer. I’m disembodied.” À bien des égards, la maxime répétée par Lee et Allerton, protagonistes de Queer, s’applique autant à une certaine idée de leur sexualité qu’à un projet d’introspection pour le cinéma de Luca Guadagnino et son formalisme (souvent) creux. Au désir idyllique conté par André Aciman (Call Me by Your Name) succède désormais celui de William S. Burroughs, terre d’un profond mal-être.

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Joker : Folie à deux

Actuellement au cinéma

© 2024 Warner Bros. Entertainment Inc

Quand une suite de Joker en comédie musicale fut annoncée, certains crurent à une mauvaise blague. C’est qu’après le succès fracassant du thriller social sous fard DC Comics, couleur Nouvel Hollywood, aux résonances plus qu’inattendues, le personnage devenant un symbole de Beyrouth jusqu’à Hong-Kong du soulèvement des opprimés, le monde semblait réclamer une suite. Tout au moins la Warner.

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Tatami

Actuellement au cinéma

© Metropolitan Film & Video

Le rectangle d’une blancheur éclatante se découpe sur un fond noir de murs et de gradins invisibles. Quelque part, les voix désincarnées de deux présentateurs résonnent : en blanc, pour la République islamique d’Iran, Leila Housseini, en bleu le Canada, l’Allemagne, la Roumanie, la Géorgie… Les silhouettes s’avancent, la caméra se rapproche du visage de Leila (Arienne Mandi) tendu par la concentration. Sur ce tatami, c’est plus qu’un combat de judo qui va se jouer : c’est la lutte pour un idéal sportif et humain.

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The Bikeriders

Actuellement au cinéma

© Universal Pictures France

De La Prisonnière du Désert jusqu’au récent Fabelmans, la question de l’horizon semble avoir imprégné depuis longtemps un certain classicisme hollywoodien. Image de la liberté originelle, propice au Cinémascope et à toute expression formelle de la grandeur, elle a rapidement été adoptée comme motif régulier du western. Dans The Bikeriders, nouveau long-métrage de Jeff Nichols, le Far-West pourrait sembler encore proche, les motards ayant simplement remplacé les cowboys.

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Memory

Actuellement au cinéma

© Metropolitan FilmExport

Huitième long-métrage de Michel Franco, Memory orchestre la rencontre de deux âmes blessées : Sylvia, alcoolique en rémission qui élève seule sa fille Anna, et Saul, un homme atteint de démence précoce. L’une est incapable d’échapper au traumatisme inscrit dans sa chair, l’autre ne parvient pas à fixer le moindre souvenir. Un mélodrame beau et triste qui délaisse en apparence la mécanique froide et cynique qui traversait les précédents films du réalisateur mexicain. En apparence. Car toute la réussite de ce film (peut-être le plus beau de son auteur) réside dans le subtil travail de maquillage par l’écriture et la mise en scène qui dessine, sous le vernis chatoyant de la fiction réparatrice, un gouffre d’ambivalence tragique.

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L’Ombre du feu

Actuellement au cinéma

© Carlotta Films

Les yeux rivés sur le présent, plongés – volontairement ou non – dans une spirale de violence, les protagonistes mis en scène par Shin’ya Tsukamoto n’ont que faire de ce qui les attend demain, si tant est que le terme leur soit familier. À entendre les paroles d’un ex-soldat japonais, clamant que “peu importe comment on tombe, il n’y a pas d’avenir”, on serait tenté de voir en L’Ombre du feu, dernier opus de sa trilogie guerrière entamée avec Fires on the Plain puis Killing, une logique prolongation des concepts nihilistes établis. Mais une rupture, discrète, est pourtant bien là.

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Challengers

Actuellement au cinéma

© Warner Bros

« Un match de tennis c’est comme une relation », affirme Tashi Duncan (Zendaya). Mais Luca Guadagnino le filme plutôt comme un rapport : son échauffement, son va et vient – pause, verre d’eau, et on reprend – ses échanges, ses cris et ses points. 

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Rencontre avec : Timm Kröger

© Heike Blenk

Après un film d’études sélectionné à la Semaine de la Critique à Venise, Timm Kröger était l’année dernière de retour au festival italien mais, cette fois, en compétition. Il propose avec Universal Theory un film noir vertigineux, teinté d’humour et truffé de références…

Peux-tu nous en dire un peu plus sur la genèse du projet ? Avais-tu déjà un certain intérêt pour les mathématiques et la physique ou est-ce venu lors des recherches pour le film ?

Je vais essayer d’être concis ! Je crois que j’avais déjà un fort intérêt pour les maths et la physique lorsque j’étais adolescent. Mais c’était surtout engendré par des films hollywoodiens qui n’en parlaient pas très sérieusement, comme Good Will Hunting ou A Beautiful Mind. En devenant cinéaste, j’ai ensuite oublié un peu tout ça car on vous apprend à vous concentrer sur la part moins rationnelle de votre conscience pour faire des films – c’est une façon un peu courtoise de dire que j’ai senti mon cerveau un peu dépérir en école de cinéma ! (rires). Il y a 11 ans, j’ai fait un film qui s’appelait The Council of Birds et qui se déroulait en 1929. C’est après l’avoir réalisé que nous avons décidé de faire une trilogie de films, pour couvrir en partie l’histoire du 20ème siècle. Le premier traite de la fin de l’ère de la musique romantique et de la forêt allemande, des idées musicales qui flottaient dans l’air à cette époque. Et, de façon organique, c’est ce premier film qui m’a mené au deuxième. J’ai voulu qu’il soit sur les années 60 mais je ne savais pas encore sur quoi précisément jusqu’à ce que je pense au titre : Die Theorie von Allem. En allemand ça veut dire très littéralement la Théorie de tout. Une fois que j’ai eu ce titre, j’ai compris que ça allait se passer en 1962, dans les montagnes suisses, avec un physicien, du ski et un sombre secret caché dans un hôtel…

Tout cela t’est simplement venu à partir du titre ?

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