« Un match de tennis c’est comme une relation », affirme Tashi Duncan (Zendaya). Mais Luca Guadagnino le filme plutôt comme un rapport : son échauffement, son va et vient – pause, verre d’eau, et on reprend – ses échanges, ses cris et ses points.
Après un film d’études sélectionné à la Semaine de la Critique à Venise, Timm Kröger était l’année dernière de retour au festival italien mais, cette fois, en compétition. Il propose avec Universal Theory un film noir vertigineux, teinté d’humour et truffé de références…
Peux-tu nous en dire un peu plus sur la genèse du projet ? Avais-tu déjà un certain intérêt pour les mathématiques et la physique ou est-ce venu lors des recherches pour le film ?
Je vais essayer d’être concis ! Je crois que j’avais déjà un fort intérêt pour les maths et la physique lorsque j’étais adolescent. Mais c’était surtout engendré par des films hollywoodiens qui n’en parlaient pas très sérieusement, comme Good Will Hunting ou A Beautiful Mind. En devenant cinéaste, j’ai ensuite oublié un peu tout ça car on vous apprend à vous concentrer sur la part moins rationnelle de votre conscience pour faire des films – c’est une façon un peu courtoise de dire que j’ai senti mon cerveau un peu dépérir en école de cinéma ! (rires). Il y a 11 ans, j’ai fait un film qui s’appelait The Council of Birds et qui se déroulait en 1929. C’est après l’avoir réalisé que nous avons décidé de faire une trilogie de films, pour couvrir en partie l’histoire du 20ème siècle. Le premier traite de la fin de l’ère de la musique romantique et de la forêt allemande, des idées musicales qui flottaient dans l’air à cette époque. Et, de façon organique, c’est ce premier film qui m’a mené au deuxième. J’ai voulu qu’il soit sur les années 60 mais je ne savais pas encore sur quoi précisément jusqu’à ce que je pense au titre : Die Theorie von Allem. En allemand ça veut dire très littéralement la Théorie de tout. Une fois que j’ai eu ce titre, j’ai compris que ça allait se passer en 1962, dans les montagnes suisses, avec un physicien, du ski et un sombre secret caché dans un hôtel…
Tout cela t’est simplement venu à partir du titre ?
Dans Universal Theory («La théorie du tout»), Timm Kröger parvient à réaliser un film sur ce qu’il y a d’universel dans le cinéma : ces petits riens et ces grands tout qui ont fait ses beaux jours et qui garantissent ses succès à venir. Il y a effectivement en Universal Theory, un film noir exemplaire, qui rend hommage autant qu’il innove.
Les débats sur l’état actuel du journalisme ne manquent pas : chaînes contrôlées par quelques grands patrons, lignes éditoriales imposées et refus du pluralisme, ou bien recherche de la vérité, prise de risques et reportages coup de poing en première ligne des conflits ? Le troisième long-métrage d’Alix Delaporte, elle-même ancienne journaliste à l’agence CAPA, promet de nous plonger dans les salles de rédaction enfumées de ces équipes de grands reporters, dont l’intégrité et l’esprit d’enquête sont menacés par les décisions financières des producteurs.
Priscilla Presley fut toujours institutionnalisée : sous la tutelle de ses parents, puis celle de l’école, puis celle du père d’Elvis et enfin celle d’Elvis. Elle est enfant, élève et femme mariée. Sofia Coppola utilise le médium filmique, et son propre statut par rapport à son actrice, pour retranscrire la vie de Priscilla : elle l’habille, la maquille, la coiffe, chorégraphie ses mouvements, scripte ses paroles et observe ses actes.
Qui dit nouvelle année dit certes «Bonne année !» mais surtout, top ciné de l’année qui vient de se terminer, dans les feux de champagne ou de rhum à dix balles, et peut-être pour nous cinéphiles dans quelques ultimes pépites filmiques. Des beaux films, 2023 en a eu son lot : en figure de proue (cocorico !) Anatomie d’une chute qui remporte La Palme d’Or et un succès mérité auprès des spectateurs. Outre le film de Justine Triet, 2023 marque aussi une année à vocation végétale puisque Les Feuilles mortes d’Aki Kaurismäki et Les Herbes sèches de Nuri Bilge Ceylan, s’octroient, eux aussi, des places de choix dans les tops de l’année (le constat écologique de la communauté cinéphile ?). Mais si les classements de chaque année en disent long sur l’état du monde et plus encore sur l’état de l’industrie filmique et de ses dynamiques (on notera l’écrasante omniprésence des films de la programmation Cannoise, plus qu’aucun autre festival), ils reflètent surtout la cinéphilie de leur auteur. Donc, les tops : tradition frivole et quelque peu surannée ? Sans doute. Mais l’occasion aussi de rattraper quelques rendez-vous manqués et de défendre une dernière fois les coups de cœur de la rédaction classés ici de 1 à 10, du plus au moins favori. Bonus : étant donné qu’en plus d’être subjectif, il s’agit là d’un exercice particulièrement restrictif (pour ne pas dire frustrant), la rédaction vous propose, en parallèle de ses dix films préférés de 2023, deux mentions spéciales. La première, pour le meilleur film de patrimoine, ressorti cette année, et la seconde, pour une œuvre non distribuée en France – c’est à dire que nous avons découvert cette année en arpentant les salles calfeutrées des projections de presse parisiennes ou les Palais de divers Festivals européens – et dont nous vous recommandons chaudement de guetter l’éventuelle sortie au cinéma !
La figure de Leonard Bernstein était faite pour le cinéma. D’abord, car il est l’un des seuls chefs d’orchestre américains reconnus à l’international, il était donc évident que les studios de production finiraient par s’en saisir. Ensuite, parce qu’il dirige de façon particulièrement cinégénique ; il existe d’ailleurs pléthore de matériaux visuels (interviews, leçons ou concerts) permettant de l’imiter ou, rendons à Cooper ce qui est à Cooper, de recréer l’image de Bernstein, à la perfection. Le fait que son œuvre de compositeur soit toujours exploitée – un récent remake de West Side Story par Steven Spielberg – et que son histoire personnelle soit dans l’air du temps – il affichait une sexualité décomplexée – achevaient de faire de ce 20 décembre 2023 le moment propice à la sortie, très attendue, de Maestro.
De Green Border on ne verra que la frontière mais pas la couleur. Agnieszka Holland nous amène dans une sorte de non lieu colorimétrique. Un champ de bataille actuel au sein duquel le noir et blanc rappelle les atrocités des guerres passées. Dans la forêt marécageuse qui abrite la frontière entre la Biélorrussie et la Pologne, le soleil a du mal a traverser l’épaisse couverture d’arbres. Récit sombre d’un endroit dangereux, de ceux qui y passent et de ceux qui y restent.
« C’est l’histoire d’un personnage qui ne veut pas s’engager dans une relation amoureuse car il a peur, jusqu’au moment où il réalise que ce dont il a peur est l’amour en soi ». Une formule évidente qui résume pourtant bien la complexité de l’œuvre de Henry James. Une œuvre dont Bertrand Bonello parle manifestement mieux qu’il ne l’adapte, puisque dans sa Bête, on ne trouve, sous une apparente complexité, rien de flagrant.