Nino dans la nuit

Actuellement au cinéma

© Haut et Court

J’ai pas besoin de prier le ciel pour savoir que nous ça ira, j’ai besoin de prier pour tout le reste. Alors quand mes paupières se ferment plusieurs fois sous ta main, j’adresse aux astres une lettre qui dicte l’alignement souhaité pour tous les jours qui viennent. Monnaie, monnaie, monnaie. Avant de sombrer dans un monde où tout est possible, et qui demain encore fera le réveil triste.  – Capucine Azaviele et Simon Johannin, Nino dans la nuit, 2019, éd. Allia

L’amour permet d’adoucir la vie des plus démunis dans la capitale. Si Paris est l’incarnation d’un romantisme bohème, y habiter relève parfois d’une bataille quotidienne.

Continuer à lire … « Nino dans la nuit »

Pédale rurale

Actuellement au cinéma

© Survivance

La solitude est-elle plus esthétique à la campagne ? Au bord des lacs ou dans les forêts, la confrontation avec l’altérité se fait moins fréquente, et la nature peut s’ériger en havre de paix. L’espace rural pourrait devenir ce terrain de jeu d’une marginalité fantasmée, à l’abri de la broyeuse capitaliste qu’est la ville… Pourtant, les marginalités, l’espace rural les additionne : celle du mode de vie s’ajoute à celle du territoire, qui rend aussi plus compliqué la naissance de communautés. Dans Des garçons de province (Gaël Lepingle, 2023), on assistait à plusieurs rencontres plus ou moins convaincantes entre des couples d’hommes. Le partenaire amoureux devient presque aléatoire, produit d’une nécessité née de la vacuité pesante du milieu. Pédale rurale s’intéresse précisément à la tension entre marginalité individuelle et expression collective, dans un environnement souvent idéalisé, ou au contraire, accusé d’hostilité. 

Continuer à lire … « Pédale rurale »

Le son des souvenirs

Actuellement au cinéma

© Universal Pictures

Chaque décennie environ, Hollywood se réinvente par ses acteurs stars. Sang neuf, les nouvelles têtes d’affiches servent autant à remplir les salles qu’à recevoir des prix en arborant fièrement les vêtements d’une marque de luxe. Josh O’Connor et Paul Mescal, les deux stars qui nous intéressent ici, sont arrivés au bon moment. Propulsés tous deux du petit au grand écran, ils portent de rôle en rôle, de modestes en grandes productions, une image de marque. Celle d’une masculinité fragile, d’un corps rocailleux et athlétique mais cachant fissures et blessures en tout genre. Du rôle le plus réussi, The Mastermind, en passant par le pire, Hamnet, leurs visages inondent les rues, les gares et les téléphones. Leur confrontation était alors tout attendue. Confrontation ? Non, plutôt leur fusion, le frôlement de leurs deux images. Car ici, dans Le son des souvenirs, la confrontation s’évite. Hors de question de créer une guerre d’ego à la Belmondo-Delon, Stallone-Lundgren, ou, son autre variante, Stallone-Russell. L’un chante (Paul Mescal), l’autre compose (Josh O’Connor). Ils se rencontrent à l’aube de la Première Guerre mondiale sur les bancs de l’école de musique et, très rapidement, débute une passion intermittente et interrompue par les affres de l’Histoire.

Continuer à lire … « Le son des souvenirs »

Urchin

Actuellement au cinéma

© Devisio Pictures / Ad Vitam

Pour son premier long-métrage, Harris Dickinson s’impose comme un héritier de Ken Loach. Urchin est un film aride où l’on s’intéresse aux marges : il s’inscrit parfaitement dans le réalisme social britannique. On y suit le parcours d’un jeune marginal, un street urchin, autrement dit, un garçon des rues. Le regard porté sur le personnage est à la fois amer et bienveillant, et la performance de Frank Dillane épouse parfaitement les contradictions du personnage, tantôt horripilant, tantôt attendrissant. 

Continuer à lire … « Urchin »

Le mystérieux regard du flamant rose

Actuellement au cinéma

© Arizona Distribution

Une légende agite les habitants d’un petit village minier du nord du Chili. C’est au début des années 1980, alors que Pinochet dirige le pays d’une main de plomb à des milliers de kilomètres au sud de notre village. Là-bas, cohabitent mineurs bourrus et une troupe de cabaret queer. La plus jeune, Lidia, 11 ans, vit avec sa mère Flamenco, l’une des nombreuses artistes de la troupe. Lidia fait les frais de la légende. On raconte qu’un seul regard de l’une des membres du cabaret peut transmettre une maladie mortelle. Au milieu du désert chilien, la troupe devient alors la cible des peurs et des fantasmes.

Continuer à lire … « Le mystérieux regard du flamant rose »

Marty Supreme

Au cinéma le 18 février

© Metropolitan FilmExport

La periode 2025-2026 aura vu la lancée solo de deux des cinéastes les plus prometteurs du cinéma indépendant new-yorkais. Communément appelés « les Safdie », les deux frères se présentent maintenant au singulier : Smashing Machine d’un Safdie (Benny) ; Marty Supreme d’un autre (Joshua). Bien qu’ils fassent films à part, les frangins se retrouvent pourtant thématiquement : les deux intrigues se passent dans le milieu du sport. Ceux qui auraient vu les plus récents succès de la fratrie le savent (Good Time, Uncut Gems) ; un film des frères Safdie n’a rien de reposant. Poussés de situation en situation avec une gradation d’intensité, les personnages connaissent une trajectoire pour le moins physique, et les spectateurs une expérience haletante. Ce choix d’ancrer leurs intrigues dans le monde de la boxe et du ping-pong n’est pas dépaysante : les protagonistes safdiens se devaient déjà d’être sportifs, malgré eux. 

Continuer à lire … « Marty Supreme »

Retour à Silent Hill

Actuellement au cinéma

© Metropolitan FilmExport

L’ambulance est déjà criblée de balles, mais la conscience professionnelle ne connait pas la clémence : Retour à Silent Hill de Christophe Gans est un ratage complet. En adaptant le second volet de la franchise vidéoludique culte, l’auteur du Pacte des Loups revenait pourtant à un matériau familier. En 2006, son Silent Hill premier du nom lui avait au moins permis d’obtenir le bénéfice du doute : miné par une production délicate, qui imposa notamment l’ajout d’un personnage masculin sans intérêt, le film laissait néanmoins penser par son atmosphère soignée et sa direction artistique élégante que Gans avait une compréhension profonde de l’univers qu’il transposait à l’écran. Vingt ans plus tard, ce nouvel opus inespéré anéantit méthodiquement et de manière assez sidérante tout le crédit qu’on pouvait attribuer au cinéaste quant à sa capacité à adapter cette licence.

Continuer à lire … « Retour à Silent Hill »

A pied d’œuvre

Actuellement au cinéma

© Diaphana Distribution

Adapté du roman de Franck Courtès, A pied d’œuvre raconte la précarité du métier d’écrivain. Bastien Bouillon y incarne Paul Marquet, un homme de bonne famille, lui-même père de deux enfants. Quand il plaque la photographie et devient écrivain, Paul s’appauvrit de jour en jour, alors que l’avance versée par son éditeur s’amincit d’heure en heure.

Continuer à lire … « A pied d’œuvre »

Hamlet

Théâtre de l’Odéon

© Jan Versweyveld

Comme à son habitude, Ivo Van Hove a privé le plateau de tout ce qui le rendait plein. Il redessine une scène sur la scène et en laisse voir les contours, béants. Chez Van Hove, la théatralité a quelque chose de verticale : exit les décors modulaires qui se déplacent d’un côté à l’autre de la scène, mais place aux éléments qui lui coulent dessus (l’eau dans Vu du pont, 2015) ou qui sortent de son sol (la boue dans Electre / Oreste, 2019). Dans Hamlet, même les rideaux qui bordent le plateau ne se séparent pas horizontalement, ils tombent ou sont arrachés du plafond. 

Continuer à lire … « Hamlet »

Les échos du passé 

Actuellement au cinéma

© Diaphana Distribution

Quatre figures féminines séparées par le temps mais unies par une même lignée de souffrance incarnent autant de déclinaisons d’un destin supplicié. La douleur y circule comme un legs empoisonné se transmettant d’un corps à l’autre avec la force d’une malédiction, jusqu’à s’alourdir en pulsions suicidaires. À la manière des Atrides, les existences des Echos du passé semblent prises dans l’étau d’une fatalité héréditaire traversées par des forces morbides qui les excèdent. Toutes s’abandonnent littéralement à un mouvement de chute inexorable, aspirées vers l’abîme.  

Continuer à lire … « Les échos du passé «