Fernand Deligny (1913-1996), éducateur, écrivain et réalisateur en amateur, a œuvré toute sa vie en faveur des autistes pour lesquels il créa des lieux de vie adaptés. Le cinéaste Richard Copans réhabilite son histoire dans un documentaire conçu comme un voyage en images à travers le parcours de ce précurseur méconnu.
Seul dans la forêt, le père Gabriel (Jeremy Irons) regarde aux alentours, inquiet. Il marche à tâtons dans cet univers impénétrable. Pour contrer les éventuels dangers, là où certains empoigneraient leur arme, il se saisit de son hautbois. Il entonne alors un air envoûtant, potentiellement conciliateur. À son écoute, les Indiens Guaranis, arcs à la main, le guettent et s’avancent, méfiants mais curieux. Ils encerclent bientôt le prêtre qui continue à jouer. On dit que la musique adoucit les mœurs…
Daniel, 20 ans, rêve de rejoindre l’Église. Enfermé dans un centre de détention pour les jeunes, son casier judiciaire l’empêche de suivre cette vocation. Alors qu’il est envoyé à la menuiserie d’un petit village pour y travailler, il se fait passer pour un prêtre et prend rapidement la tête de la paroisse.
À chaque fois qu’un film semble détonner dans la filmographie d’un réalisateur, nous avons à tendance à chercher une bonne raison à ce changement, influencés par la théorie des auteurs. C’est le cas de Dark Waters. Pourquoi proposer à Todd Haynes, habitué des mélodrames incandescents (Loin du paradis, Carol), la réalisation de ce pur film-dossier qui retrace l’histoire vraie de Robert Bilott, un avocat ayant dénoncé les pratiques de l’entreprise de produits chimiques DuPont ?
Dans Invisible man, le réalisateur Leigh Whannell reprend le héros du roman de H.G. Wells publié en 1897 pour le transposer dans un contexte actuel.Ce qui aurait pu faire office d’un énième remake s’avère être une relecture inhabituelle et intelligente du personnage mythique.
Dans Fatale Jeremy Irons incarne Stephen Fleming, un politicien britannique aisé dont la vie professionnelle et familiale frôle la perfection. Cette sérénité est brusquement troublée lorsque Stephen entame une aventure avec la fiancée de son fils. Quelques années plus tard, l’acteur britannique reprendra un rôle similaire en incarnant Humbert Humbert, le célèbre protagoniste du roman Lolita.
En 1996, lors des Jeux Olympiques se déroulant à Atlanta, un agent de sécurité du nom de Richard Jewell est l’un des premiers à signaler la présence d’un colis suspect. Après une explosion dévastatrice causant plusieurs morts, celui que les médias qualifiaient de héros national devient le suspect n°1 du FBI.
Et si les femmes comptaient à Hollywood ? La question que pose le titre de ce documentaire ne saurait mieux mettre le doigt sur la question brûlante qui remue actuellement le monde du cinéma. Le souci n’est pas nouveau, mais sa formulation sonne plus que jamais comme une revendication nécessaire. À l’origine de ce film se trouvent la conviction de son réalisateur et l’engagement de la comédienne Geena Davis, qui a fondé un institut de recherches porté sur la représentation des femmes dans les médias (le Geena Davis Institute on Gender in Media).
En 1991, Steven Soderbergh se lance dans la réalisation d’un second long-métrage. Le premier, Sexe, mensonges et vidéo, vient de faire de lui le second plus jeune réalisateur jamais récompensé par la Palme d’or au festival de Cannes de 1989. Son Kafka sera malheureusement le premier d’une série de plusieurs échecs au box-office, et inaugure donc une période difficile pour un auteur pourtant prometteur.
Kafka est un film méconnu d’un réalisateur aujourd’hui célèbre, dont la réputation est celle d’un artiste éclectique aimant alterner entre des projets tout public à gros budget (Ocean’s Eleven) et d’autres plus personnels. Kafka fait indéniablement partie de la seconde catégorie. Un scénario surprenant adapté d’un des plus grands auteurs du XXème siècle, tourné en noir et blanc (avec quelques touches de couleur), mêlant intrigue policière, propos philosophique, enjeu politique et style quasi-horrifique…
Le résultat est une œuvre passionnante, dont l’idée est déjà en soi particulièrement originale et pertinente : mettre en scène l’écrivain dans son propre univers, et préférer à la biographie réelle une aventure fantasmée. Kafka a donc pour héros l’auteur lui-même, confronté à une aventure mêlant des éléments de ses œuvres réelles, Leprocès et Le château notamment. Choix d’autant plus judicieux que les œuvres de l’écrivain ne sont pas autre chose que l’expression de ses propres angoisses – le héros du Procès ne s’appelle pas « K » pour rien.
Kafka, donc, petit comptable d’une entreprise à l’activité obscure, écrit sur son temps libre d’étranges histoires que peu de monde semble apprécier. Quand on lui demande de quoi parle son prochain livre, il répond distraitement : d’un homme qui se transforme en insecte – rires de l’assemblée. Un jour, l’un de ses collègue disparaît ; il décide d’essayer de le retrouver, et se trouve mêlé à une intrigue mystérieuse opposant un groupe révolutionnaire à un pouvoir tyrannique.
Dans cet univers sombre, un Jeremy Irons tout en élégance et phrasé détaché incarne avec un calme las et stoïque le seul homme véritablement normal de cette société. Sa marginalité est justement ce qui le distingue de cet univers bureaucratique et cauchemardesque, où presque personne ne semble vraiment le comprendre, et où ceux qui l’entourent se différencient essentiellement les uns des autres par le degré de bizarrerie et d’inquiétude qu’ils suscitent. Un monde fixe, froid et obscur, dans lequel le visage de l’acteur, un des seuls à être presque toujours entièrement éclairé, est sculpté par un noir et blanc plus sombre que lumineux dans lequel les visages émergent à peine de l’ombre. Jeremy Irons est, littéralement, la seule lueur qui guide le spectateur, le seul personnage auquel on parvient à s’identifier. Une certaine pureté demeure en celui qui à sa manière résiste au système qui cherche à le soumettre, et qui revendique : « Je n’écris que pour moi », « Je ne pense qu’à moi » – et qui pourtant nous demeure profondément sympathique. Sans la sincérité et la détermination que l’interprète insuffle à son personnage, la perception du film aurait été bien différente. Soderbergh a d’ailleurs déclaré en interview qu’il n’aurait pas fait le film si Irons n’avait pas accepté le projet.
Si l’on sent de nombreuses influences, comme le Procès d’Orson Welles, ou les films noirs de façon générale, le film se place avant tout sous le signe de l’expressionnisme allemand, mouvement né dans les années 1920 caractérisé par son symbolisme et sa vision déformée et fantasmée du réel. On retrouve dans Kafka des contrastes forts ; des décors gothiques tout en voûtes, ruelles, et bâtisses surplombantes ; ou encore des cadres obliques, des plongées ou contre-plongées déformantes. Les trois plus grands réalisateurs du mouvement sont même plus ou moins directement cités : sur un mur, des affiches évoquent la police des intertitres du Cabinet du Docteur Caligari de Robert Wiene. Un peu plus loin, l’image d’un homme les bras en croix rappelle le Metropolis de Fritz Lang. Un des personnages s’appelle même Murnau. Autant de références qui ont en commun le thème de l’aliénation de l’homme, que ce soit par l’hypnose (le tueur de Kafka n’est pas sans évoquer celui de Caligari) ou le travail. Dans le même temps, Soderbergh n’hésite pas à jouer avec des codes plus récents, des interprétations plus modernes des mêmes idées : Kafka lorgne parfois du côté du body horror à la Cronenberg, jouant à déformer les corps, à révéler leur monstruosité.
Pourtant, Kafka n’est pas qu’un exercice de style intellectuel et ultra référentiel par un auteur de niche. Son scénario suit une structure on ne peut plus classique, son ambiance mystérieuse relève du pur thriller, les péripéties guident le héros vers un climax épique, en une course poursuite ascendante dans la plus haute tour du château surplombant la ville…
C’est là la force d’un film parvenant à synthétiser de façon si harmonieuse et si juste des influences, des thèmes et des styles si divers. Injustement méconnu, méprisé par la critique lors de sa sortie, et quasiment introuvable aujourd’hui, Kafka mérite d’être redécouvert.
Kafka / De Steven Soderbergh / Avec Jeremy Irons, Theresa Russel, Joel Grey, Ian Holm, Alec Guinness / États-Unis, France / 1h38 / 1991.
Dans un diner américain plutôt banal, deux jeunes gens se donnent rendez-vous via Tinder. Après un date peu concluant, le duo afro-américain se fait arrêter sur la route du retour pour une infraction mineure. La situation s’échauffe rapidement et, tentant de se défendre, le jeune homme tue le policier qui les a violemment interpellé. Un choix s’impose alors au couple : déclarer l’accident et s’engouffrer dans une procédure judiciaire biaisée en raison de leur couleur de peau ou prendre la fuite ensemble.