Les échos du passé 

Actuellement au cinéma

© Diaphana Distribution

Quatre figures féminines séparées par le temps mais unies par une même lignée de souffrance incarnent autant de déclinaisons d’un destin supplicié. La douleur y circule comme un legs empoisonné se transmettant d’un corps à l’autre avec la force d’une malédiction, jusqu’à s’alourdir en pulsions suicidaires. À la manière des Atrides, les existences des Echos du passé semblent prises dans l’étau d’une fatalité héréditaire traversées par des forces morbides qui les excèdent. Toutes s’abandonnent littéralement à un mouvement de chute inexorable, aspirées vers l’abîme.  

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Les meilleurs films de 2025

Tardes de soledad, Albert Serra © Dulac Distribution

Déterminés que nous sommes par des normes ou des pratiques sociales et communautaires bien ancrées, impossible d’échapper à la tradition immuable de la communauté cinéphile : le top annuel. Alors que l’an 2025 est en voie de s’éteindre, rallumons le un peu, à l’aune des quelques films qui auront marqué notre rédaction. L’année dernière, c’est La Zone d’intérêt qui fut l’événement incontesté. Cette fois, pas un choc partagé, mais quatre œuvres plébiscitées : Une bataille après l’autre, film d’action qu’on n’attendait pas de la part de Paul Thomas Anderson, L’Aventura de Sophie Letourneur, qui confirme son statut d’ovni dans le ciel du cinéma mondial, L’Agent secret de Kleber Mendonça Filho, errance brésilienne, tortueuse et colorée de Wagner Moura, et surtout le documentaire sidérant d’Albert Serra, Tardes de soledad, dont la radicalité, bien qu’éprouvante voire dérangeante, aura au moins eu le mérite d’accomplir ce que le cinéma désormais semble accomplir si peu : donner à voir des images neuves, qui ne soient pas des images d’images. Des images de la même trempe que celles dont parlait l’écrivain Jean Cayrol, collaborateur de Nuit et Brouillard, lorsqu’il disait que « l’image devient un art quand elle nous impose un regard auquel nous ne nous habituons pas ». Peut-être l’année 2026 nous en offrira-t-elle. Nous l’espérons.

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Résurrection

Actuellement au cinéma

© Les Films du Losange

Dans un monde impie où l’on proscrit le rêve, pour marchander un salut éternel devenu stérile, demeurent encore quelques dissidents : des rêvoleurs qui s’obstinent à s’enfouir dans les songes en faisant du rêve un ultime geste politique, une résistance autant esthétique que vitale.

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Oui

Actuellement au cinéma

© Les Films du Losange

Autant rejeté par l’extrême droite – interdit dans plusieurs festivals israéliens, le film n’a toujours pas de distributeur là-bas – que par une certaine partie de l’extrême gauche, taxant notamment sa production partiellement israélienne, Oui affiche le curieux paradoxe d’un film nommé autour de l’expression d’une adhésion étant sujet à opposition. Tous ces rejets, aussi intéressants puissent être certains (peut-on séparer une œuvre de sa production ?), partagent néanmoins un élément commun : aucun des détracteurs principaux du nouveau film de Nadav Lapid ne semble l’avoir vu. Que toutes ces voix soient entendues est une chose, mais celle du film, en tant que forme artistique et donc politique, semble avoir été muselée. Oui a pourtant des choses à dire.

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Left-Handed Girl

Actuellement au cinéma

© Le Pacte

« Cet endroit est magique. » Ce sont les premiers mots prononcés par I-Jing, cinq ans, qui contemple le paysage au travers de son kaléidoscope, assise à l’avant de la voiture qui les conduit elle, sa grande sœur, I-Ann, et leur mère, Shu-Fen, à Taipei après des années d’absence. Dans cette affirmation résonnent également les intentions de Shih-Ching Tsou, la réalisatrice de Left-Handed Girl : faire droit à l’émerveillement propre au regard de l’enfant qu’elle fut autrefois à Taïwan, avant son exil aux États-Unis. En un sens, ce premier long-métrage signé de son seul nom constitue l’envers de Take Out (2004), co-réalisé avec Sean Baker, qui dépeignait la lutte d’immigrants chinois piégés dans l’enfer du rêve américain, que venait redoubler une image brute et délavée. Ici, la cinéaste filme le retour à domicile d’une famille d’expatriées s’apprêtant à redémarrer en bas de l’échelle, en la scrutant par la lorgnette enchanteresse du souvenir.

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La Voie du serpent

Actuellement au cinéma

© Art House Films

Un bon remake réinvente, à défaut de reproduire. Ce mantra – appelez-le comme bon vous semble – encapsule autant une part de vérité qu’un état d’esprit quelque peu simpliste face à un exercice artistique complexe. En l’état, Le Convoi de la Peur de William Friedkin est autant réussi que le Godzilla de Roland Emmerich est raté, chacun traçant pourtant une voie différente des originaux dont ils s’inspirent. Réinventer est une chose, mais ne constitue certainement pas le gage d’un remake réussi. Que faire alors du second cas, plus complexe encore, des remakes qui reproduisent ?

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Mahjong

Actuellement au cinéma

© Carlotta Films

Winston Chen a disparu, laissant derrière lui une montagne de dettes ! Des membres de la pègre sont à sa recherche. Ils pensent que son fils les conduira à lui…

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Le Rire et le Couteau

Actuellement au cinéma

© Météore Films

À l’aube du XXIe siècle, la représentation fictionnelle du néo-colonialisme est sujette à plusieurs biais. Un thriller farcesque et conradien dans un Tahiti anticipé (Pacifiction), un récit fleuve et romanesque dans l’Oklahoma des années 1920 (Killers of the Flower Moon), un drame atmosphérique à Madagascar au début des années 70 (L’Île rouge) : ces quelques essais récents partagent une tendance aux détours — qu’ils soient esthétiques, narratifs ou temporels — pour aborder la question. En bref, regarder le contemporain par l’ailleurs : un ailleurs situé dans le passé chez Scorsese et Campillo, ou au conditionnel chez Serra. C’est également dans cette forme conditionnelle que s’ancre, à première vue, Le Rire et le Couteau, nouveau long-métrage de Pedro Pinho, suivant Sergio, un jeune ingénieur portugais envoyé dans une ville fictive de Guinée-Bissau pour rédiger un rapport d’impact préalable à la construction d’une route traversant la région.

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Cloud

Actuellement au cinéma

© Art House Films

« Me voilà donc aux portes de l’enfer », marmonne Yoshii dans l’habitacle de la voiture, alors qu’elle s’avance doucement vers un arrière-plan apocalyptique. L’épilogue de Cloud, qui n’est pas sans rappeler celui de Kaïro vingt-quatre ans plus tôt, est trompeur : il semble conclure, comme son prédécesseur, le récit d’une descente progressive vers les limbes. Or, si une chose a bien changé entre le Kurosawa nouveau et celui du début du siècle, c’est que l’enfer n’est plus ici la ligne d’arrivée, mais son point de départ.

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L’Agent secret

Actuellement au cinéma

© CinemaScópio – MK Production – One Two Films – Lemming

Mais que diable Les Dents de la mer (Steven Spielberg, 1975) allait-il faire dans cette galère ? Alors qu’on a tout juste croisé la route de Marcelo (Wagner Moura) au détour d’une station essence pour le moins sinistre, nous voilà jetés dans l’institut océanographique de Recife aux côtés d’un trio de flics mené par le docteur Euclides (Robério Diógenes), tiré de la débauche carnavalesque que signale la persistance de fard et de quelques confettis sur son visage. Sur une table chirurgicale, un requin attend aussi impatiemment que les trois policiers inquiets qu’on lui ouvre les entrailles pour en extraire une jambe bien embarrassante, puisque nullement là où elle devrait être. Une jambe qui aurait tout de celle de ce pauvre quidam dans sa barque, troisième casse-croûte du squale enragé de Spielberg, figurant synecdochiquement son état de chair à poissons. Plusieurs minutes plus tard, on verra le jeune fils du mystérieux Marcelo dessiner l’affiche du film, confirmant son statut d’hypotexte crucial de L’Agent secret.

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