C’est une déflagration d’objets, de verre, de pots de fleurs qui apparaissent sur fond blanc dans une esthétique qui rappelle l’abstraction. Puis des bouches qui hurlent sans que l’on en entende le cri : cri qui ne sort pas, ou qui ne peut pas sortir, tant la frontière entre amour et haine demeure subtile. C’est une valse de violence, capturée au ralenti, où les corps se cognent et s’entrechoquent, bientôt suspendus par le hurlement de Marion, la cadette de la famille.
« D’où tu sors moineau ? » demande le capitaine du Rebel, à Lili, une étrangère fraîchement débarquée en Islande et déterminée à embarquer sur un bateau de pêche. Le surnom dont il l’affuble en dit long sur elle : derrière sa vulnérabilité se cache un grand désir de liberté. Adaptation du roman autobiographique de Catherine Poulain, Grand Marin raconte l’arrivée d’une femme dans l’équipage d’un chalutier et nous plonge dans le milieu masculin de la pêche. On embarque aux côtés de Lili pour une épopée marine qui louvoie entre aventure, comédie et drame avec plus ou moins d’adresse.
Suite officieuse a priori de Mental (2008) dans lequel Kazuhiro Sôda filmait déjà le professeur émérite au travail, Professeur Yamamoto part à la retraite se distingue par son portrait plus personnel, plus intime, du docteur. C’est d’abord dans sa clinique qu’on le retrouve – ou le rencontre –, en pleine consultation, écoutant, conseillant. Ses mots, ses patients les reçoivent et les appliquent comme un remède. Ils sont leur premier et principal traitement, selon la méthode du médecin, hito-gusuri, c’est-à-dire sa « médecine humaine », formule dont il est l’inventeur.
Les professeurs de lettres répètent souvent qu’à la lecture d’un devoir, il est possible dès l’introduction de comprendre si le travail sera honorable. Nostalgia est la preuve qu’il ne faut pas appliquer ces principes préétablis par le corps enseignant au domaine artistique – ni même peut-être à une production écrite. Le film puise sa force dans sa maladresse et nous séduit par son enivrant second souffle. Une œuvre qui resplendit lorsqu’on la considère dans son intégralité.
En 1917, dans un petit village du Sénégal, Thierno (Alassane Diong), 17 ans, est recruté de force par l’armée française et envoyé sur le front du Grand Est. Son père, Bakary (Omar Sy), s’enrôle à son tour pour protéger son fils. Reconstitution historique de la Grande Guerre par un angle peu étudié du passé colonial, Tirailleurs de Mathieu Vadepied s’entoure d’une dimension mémorielle en donnant une identité à ces hommes oubliés.
Que ce soit en fiction (Los exiliados románticos, La Reconquista et plus récemment Eva en Août) ou en documentaire (Qui à part nous ?), Jonás Trueba a très vite su dépeindre la jeunesse espagnole du XXIe siècle, ses questionnements moraux, existentiels, amoureux. Venez Voir ajoute une nouvelle pierre à l’édifice, en suivant deux couples d’amis qui se retrouvent après plusieurs mois. Mêmes acteurs, mêmes questionnements, même esthétique solaire : pas de doutes, nous sommes ici en terrain connu, à la croisée des thématiques de Rohmer et de l’économie des films de Hong Sang-Soo. L’auteur compose encore une fois avec un dispositif épuré, en aucun cas tape-à-l’œil, qui se fait observateur de scénettes quotidiennes, où la part entre écriture et improvisation est agréablement floue.
Joyland, c’est ce cabaret au milieu de la ville de Lahore, au Pakistan, un îlot de liberté et de coups bas où les danseuses érotiques se font la guerre pour avoir la meilleure place sur scène. Haider en est loin. Dans sa famille traditionnelle, avec un frère qui travaille, une belle-soeur qui s’occupe de la maison et un patriarche qui surveille l’ensemble, Haider ne semble pas à sa place. Doux, incapable de trancher la gorge d’une bête, c’est lui qui s’occupe des enfants et qui fait la cuisine pendant que sa femme, Mumtaz, travaille.
Héloïse Pelloquet, forte de son expérience de monteuse (Petite Solange, À l’abordage) présente en ce moment au cinéma La passagère, son premier long-métrage en tant que réalisatrice. Dans le film, Cécile de France incarne une femme mariée dont les sentiments et les certitudes seront remis en cause par l’arrivée d’un jeune apprenti pêcheur, interprété par Félix Lefebvre.Nous avons eu la chance de nous entretenir avec cette jeune cinéaste pétillante, ainsi qu’avec le très 2022 couple cinématographique qu’elle a imaginé.
Héloïse, vous avez une formation de monteuse. Réaliser et monter, ce sont finalement deux écritures différentes d’un film. Quel rôle avez-vous occupé dans le montage de ce premier long-métrage ?
Héloïse Pelloquet : Ce sont deux pratiques qui se complètent. Pour moi, le montage est une écriture, différente de celle du scénario, différente de celle du tournage, mais néanmoins l’une des dernières écritures du film. Forcément, je pense beaucoup au montage puisque c’est le moment où le film se sculpte. Sur La Passagère, c’est Clémence Diard qui était monteuse. J’avais toute confiance en elle et je l’ai laissée travailler. J’étais présente, mais pas plus que si je n’étais pas monteuse.
Dans quelle mesure le montage vous influence-t-il déjà lors de l’écriture ?Avez-vous toujours voulu réaliser des longs-métrages ou est-ce venu au cours de votre carrière de monteuse ?
De son premier (Kicking & Screaming) jusqu’à son dernier film (Marriage Story), modestie et délicatesse sont les maîtres-mots de Noah Baumbach. Son cinéma fait la part belle aux différents points de vue et à la banalité du quotidien pour mieux cerner la chaleureuse humanité de ses héros et héroïnes. Il est donc surprenant de voir le jeune Américain revenir sous la tutelle de Netflix avec White Noise, long-métrage au budget conséquent de 80 millions de $ – soit quatre fois supérieur à son précédent – adapté du roman éponyme de Don DeLillo.