Rencontre avec : Marion Game

Actrice

 

A C'est pourtant simple! La troupe
Marion Game entourée de ses partenaires sur la scène du Théâtre Edgar

Si Marion Game a su se rendre indispensable à la télévision avec son rôle d’Huguette dans la série Scènes de ménages sur M6, elle ne saurait se passer du théâtre. Nous l’avons rencontrée après une représentation de la pièce de Sophie Brachet C’est pourtant simple, qu’elle joue tous les soirs au théâtre Edgar, pour parler de comédie.

Qu’est-ce qui vous a incité à jouer dans cette pièce ?

Je connais très bien Luq Hamett, le directeur de ce théâtre et le metteur en scène la pièce. On a travaillé très longtemps ensemble, dans le doublage. Il jouait mon fils Brendon dans la série Beverly Hills. Luq fait partie de ma famille ! Quand il m’a proposé la pièce, je ne pouvais pas dire non. Mon personnage est intéressant, cette femme qui ne se rend pas compte que la vie est derrière elle. Elle continue à rêvasser d’un avenir… Elle n’est plus dans le coup mais elle veut faire son come-back. C’est touchant quelque part, dérisoire d’autre part. La vieille actrice qui ne se rend pas compte qu’il faut qu’elle dépose son bilan.

Est-ce compliqué, pour une actrice de votre génération, de trouver des personnages bien écrits ?

Oui, complètement. Avant, les gens qui travaillaient dans le théâtre de boulevard avaient un métier d’enfer : ils faisaient ça toute leur vie et pouvaient continuer inlassablement, ça ne posait pas de problème. Ensuite le genre s’est diversifié, et aujourd’hui c’est plus compliqué. Pour moi, interpréter aujourd’hui un rôle de vieille actrice de l’époque, c’était très tentant.

En quoi est-ce que votre rôle dans Scènes de ménages a changé votre vie ?

Dans ce métier, où tout avance à toute allure, on a tout le temps besoin d’être rassuré. Scènes de ménages est un sursis, une plénitude qui arrive tard mais qui soulage. J’ai beaucoup de chance de travailler avec Gérard {Hernandez, l’interprète de Raymond, son partenaire à l’écran, ndlr}, c’est un bonheur d’être avec lui. C’est un être qui n’est pas facile d’apparence. Il est intimidant, mais il faut arriver à le séduire, à l’approcher. J’avais peur d’être jugée, mais nous avons été tout de suite très complices, et crédibles. Nous avons de la chance car nous sommes, apparemment, le couple préféré des français. Le nombre de fois où l’on m’a dit : « mais je ne savais pas que vous étiez mariée avec Gérard Hernandez ! » Très souvent, quand je suis en tournée théâtrale, les gens me parlent de mon mari en pensant à Gérard. Nous sommes très complices, car nous sommes de la même école.

Il n’y a pas eu le risque qu’une mécanique s’installe entre vous ?

Non, car il y a une fraîcheur à chaque texte. Les auteurs sont au turbin, ils travaillent énormément pour tous les couples de la série, donc on reçoit les textes très tard. On ne sait jamais ce qu’on va jouer à l’avance.

Pourquoi avoir privilégié le genre de la comédie dans votre carrière ?

Parce que c’est ce qu’aime le public. Les gens ont besoin de rire. Je ne veux pas monter des pièces dans une certaine gravité. J’ai envie de me retrouver avec une troupe, une bande de cinglés, c’est plus réconfortant, plus réjouissant. On respire. J’ai besoin d’être dans une vérité, mais pas dans une gravité. Avec Gérard, dans Scènes de ménages, on est dans la vie et ce n’est pas pesant. On peut dire beaucoup de choses dans les comédies, sans se prendre au sérieux. La comédie fait passer la vie. Il faut prendre le théâtre au sérieux, mais sans se prendre au sérieux.

Au cinéma, vous êtes tombée dedans très tôt.

Oui, je suis née dans la comédie. Mon travail avec Michel Audiard sur Le cri du cormoran le soir au-dessus des jonques – un film très intello – m’a beaucoup marqué. J’ai eu un bol extraordinaire. Je ne savais rien faire, j’étais une gamine et j’avais autour de moi les plus grands de Paris. Edouard Molinaro, Michel Serrault… Ils m’ont mise au monde, c’était extraordinaire.

Vous pourriez vous contenter de la série, mais vous continuez à jouer dans une pièce tous les deux ans environ, comme à l’époque d’Au théâtre ce soir, dans les années 1970-80.

Jouer au théâtre est une thérapie formidable : travailler des textes me sauve. Il arrive un âge où retenir devient de plus en plus compliqué. Je le ressens au départ, puis il suffit de travailler, et une fois que c’est dans la tête, c’est bon. Avant, je n’apprenais jamais une pièce, je connaissais le texte inconsciemment, grâce aux répétitions. Maintenant, je suis obligée d’apprendre le texte. Il faut avoir l’énergie, c’est la difficulté du théâtre. Dans cette pièce, je suis avec des caïds, des gens qui travaillent très vite, rompus à tout rythme. Je dois m’adapter à mes partenaires. Il faut attraper le train en marche, mais c’est justement ça qui est joyeux. Ne pas rater le train, c’est ce qui me motive. Il faut que j’arrive un peu plus tôt à la gare, que je repère le bon wagon pour ne pas avoir à courir sur le quai pour le trouver. C’est toujours comme ça à partir d’un certain âge, mais on arrive au même résultat : la pièce jouée.

Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

Que cela dure le plus longtemps possible. 

Propos recueillis par Victorien Daoût le 1er novembre, à Paris.

 

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©Victorien Daoût

 

 

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