Pour son deuxième long métrage, Thomas Salvador poursuit sa quête de renouvellement du cinéma fantastique français. La Montagne emprunte au conte, au film social, et au film d’alpinisme, fondant le tout dans une ode à la plénitude qu’offrent les hautes altitudes.
Dans le très personnel Aftersun, Charlotte Wells imagine des vacances entre un père et sa fille, en Turquie. Ce que l’enfant prenait pour une désinvolture amusante ou des sautes d’humeur surprenantes chez son père deviennent autant de preuves criantes de son profond mal-être.
« D’après une histoire vraie » annonce l’affiche de Divertimento, rappelant l’importance que sa réalisatrice Marie-Castille Mention-Schaar accorde à l’ancrage social et à la vraisemblance des histoires qu’elle porte à l’écran. L’histoire en question est celle de Zahia et Fettouma Ziouani, des sœurs jumelles qui ont fait preuve d’une persévérance spectaculaire pour répondre à leurs ambitions musicales. La première rêve de devenir cheffe d’orchestre ; la seconde, violoncelliste professionnelle. Mais le lycée du VIIIe arrondissement dans lequel elles font leur entrée en terminale et les conservatoires parisiens n’accueillent pas à bras ouverts ces deux musiciennes du 93. Leur origine algérienne et leur appartenance à la classe moyenne détonne dans le milieu blanc et riche de la musique classique. Pour couronner le tout, on répète à Zahia que les femmes ne font pas de bonnes cheffes d’orchestre. Mais qui ne tente rien n’a rien : Zahia s’accroche à son rêve et fait tout pour qu’il se réalise.
Alain Ughetto a hérité de son grand-père des mains faites pour construire. C’est sur elles que le film s’ouvre, alors qu’elles s’affairent autour d’une table, assemblent des collines vertes, y placent une maison, fabriquent une marionnette, la font voyager dans un petit wagon. Interdit aux chiens et aux Italiens se donne immédiatement pour ce qu’il est : une histoire de famille, un hommage à l’artisanat, un dialogue constant entre le créateur et la création.
Les Jardins de Carthage, c’est le nom donné à un projet de quartier résidentiel de Tunis, développé par l’ancien régime, sa construction est stoppée par la révolution. Alors que les travaux reprennent peu à peu, des corps calcinés seront retrouvés au milieu des chantiers. Présenté à la Quinzaine des réalisateurs, Ashkal, l’enquête de Tunis est déjà l’une des expériences de cinéma les plus marquantes de ce début d’année.
Lydia Tár, brillante cheffe d’orchestre, prépare l’enregistrement de la 5e symphonie de Mahler mais les répétitions sont troublées par d’inquiétantes rencontres et accusations. Thriller au crescendo implacable, le film de Todd Field ne s’embarrasse pas de fioritures scénaristiques : il touche à l’essentiel.
Youssef Salem, décrit par ses proches comme un « auteur raté, alcoolo, raciste et obsédé », trouve avec son premier roman un immense succès qu’il est bien le seul à regretter. S’étant fortement inspiré de sa famille, dont il dresse un portrait peu flatteur, le voilà prêt à tout pour empêcher ses parents de découvrir son œuvre.
Un décor assumé de carte postale, une Laure Calamy plus extravagante que jamais et une belle histoire d’amitié, le nouveau film de Marc Fitoussi ensoleille la grisaille de ce mois de janvier avec cette comédie légère où les chemins de deux amies d’enfance se rejoignent presque par hasard.
S’il n’ est pas question de cerisiers ni du déclin de l’aristocratie sous la Russie tsariste, difficile de ne pas entrevoir l’ombre de Tchekhov et de sa Cerisaie dans Nos Soleils de Carla Simón (Ours d’or 2022), nouveau récit familial, estival et de deuil après Été 93, pour lequel la cinéaste espagnole avait déjà remporté un prix – le meilleur premier film – à la Berlinale. Ici, la famille de Lioubov laisse place aux Solé et leurs champs de pêchers au village d’Alcarràs, en Catalogne, menacés par un projet plus rentable de panneaux solaires.
Après un parcours décevant en festival, le troisième long-métrage de Lucile Hadzihalilovic sort en France dans moins de quinze salles. Malgré un excellent début de filmographie, il est malheureux de voir une réalisatrice aussi talentueuse boudée par les grands festivals, le public et les cinéphiles adeptes d’elevated horror. Car Earwig aurait tout à fait pu être produit ou distribué par A24 tant il est envoûtant et dans l’air du temps.