Retour à Silent Hill

Actuellement au cinéma

© Metropolitan FilmExport

L’ambulance est déjà criblée de balles, mais la conscience professionnelle ne connait pas la clémence : Retour à Silent Hill de Christophe Gans est un ratage complet. En adaptant le second volet de la franchise vidéoludique culte, l’auteur du Pacte des Loups revenait pourtant à un matériau familier. En 2006, son Silent Hill premier du nom lui avait au moins permis d’obtenir le bénéfice du doute : miné par une production délicate, qui imposa notamment l’ajout d’un personnage masculin sans intérêt, le film laissait néanmoins penser par son atmosphère soignée et sa direction artistique élégante que Gans avait une compréhension profonde de l’univers qu’il transposait à l’écran. Vingt ans plus tard, ce nouvel opus inespéré anéantit méthodiquement et de manière assez sidérante tout le crédit qu’on pouvait attribuer au cinéaste quant à sa capacité à adapter cette licence.

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A pied d’œuvre

Actuellement au cinéma

© Diaphana Distribution

Adapté du roman de Franck Courtès, A pied d’œuvre raconte la précarité du métier d’écrivain. Bastien Bouillon y incarne Paul Marquet, un homme de bonne famille, lui-même père de deux enfants. Quand il plaque la photographie et devient écrivain, Paul s’appauvrit de jour en jour, alors que l’avance versée par son éditeur s’amincit d’heure en heure.

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La reconquista

Actuellement au cinéma

© Arizona

C’est accompagné d’une rétrospective intégrale au Centre Pompidou (provisoirement logé dans les salles du MK2 Bibliothèque) que le cinéaste espagnol Jonás Trueba nous donne des nouvelles de 2016. Dix ans nous séparent de la fabrication de La Reconquista, quatrième long-métrage de son auteur et première collaboration avec l’actrice et cinéaste Itsaso Arana. Presque autant de temps qui séparent Manuela et Olmo, jeunes trentenaires et anciens premier amour, qui se retrouvent à Madrid l’espace d’une soirée pour se rappeler leur passé.

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Dreams

Actuellement au cinéma

© Teorema / Metropolitan FilmExport

Après Memory, qui laissait entrevoir chez le cinéaste mexicain une inflexion plus empathique et presque conciliatrice, Dreams opère un retour brutal à un cinéma de la cruauté, désenchanté et résolument mal aimable. Toute promesse d’optimisme, suggérée par le titre, est méthodiquement déjouée dès les premières images d’un camion abandonné au Texas dans lequel gisent des cadavres de migrants mexicains. Cette ouverture, loin d’être illustrative, inscrit d’emblée le film dans une réflexion politique implacable sur les corps déplacés, exploités, rendus invisibles.

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Hamlet

Théâtre de l’Odéon

© Jan Versweyveld

Comme à son habitude, Ivo Van Hove a privé le plateau de tout ce qui le rendait plein. Il redessine une scène sur la scène et en laisse voir les contours, béants. Chez Van Hove, la théatralité a quelque chose de verticale : exit les décors modulaires qui se déplacent d’un côté à l’autre de la scène, mais place aux éléments qui lui coulent dessus (l’eau dans Vu du pont, 2015) ou qui sortent de son sol (la boue dans Electre / Oreste, 2019). Dans Hamlet, même les rideaux qui bordent le plateau ne se séparent pas horizontalement, ils tombent ou sont arrachés du plafond. 

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Hamnet

Actuellement au cinéma

© Universal Pictures

Hamnet appartient à une catégorie de films qui, prenant pour objet une célébrité, choisissent de privilégier l’homme derrière la figure publique et/ou, la femme derrière l’homme. Dans cette optique, Chloé Zhao adapte Maggie O’Farrell qui fantasme la vie privée de William Shakespeare et de sa femme. Pas de Shakespeare à l’horizon donc, seulement William. Alors pourquoi déconstruire le mythe et s’évertuer à rendre l’homme, et la femme, intéressants ?

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Les échos du passé 

Actuellement au cinéma

© Diaphana Distribution

Quatre figures féminines séparées par le temps mais unies par une même lignée de souffrance incarnent autant de déclinaisons d’un destin supplicié. La douleur y circule comme un legs empoisonné se transmettant d’un corps à l’autre avec la force d’une malédiction, jusqu’à s’alourdir en pulsions suicidaires. À la manière des Atrides, les existences des Echos du passé semblent prises dans l’étau d’une fatalité héréditaire traversées par des forces morbides qui les excèdent. Toutes s’abandonnent littéralement à un mouvement de chute inexorable, aspirées vers l’abîme.  

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Los años nuevos

Disponible sur Arte

© Canal +

La raison principalement citée pour expliquer la réussite de Los años nuevos est son réalisme. Mais comment cela se manifeste-t-il dans la série de Rodrigo Sorogoyen ?

En littérature, le réalisme se définit par l’observation des choses, de toutes choses. Les écrivains ne cherchent pas à expliquer, analyser ou justifier mais simplement à décrire. Or à quoi reconnait-on un passage descriptif particulièrement minutieux ? À sa longueur.  Dans Los años nuevos, l’équivalent se traduit par une recherche marquée sur le temps. Cette donnée s’applique à trois différents niveaux de la série : structure et écriture, mise en scène et discours.

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Laurent dans le vent

Actuellement au cinéma

© Mabel Films

Dans leur premier long-métrage Mourir à Ibiza, le trio de cinéastes que forment Anton Balekdjian, Léo Couture et Mattéo Eustachon, convoquait la figure d’Éric Rohmer à travers un conte estival en trois actes, prenant pour point de départ la rencontre contrariée entre Léna et son compagnon de voyage. Avec Laurent dans le vent, leur second film présenté dans la sélection de l’ACID, les réalisateurs délaissent l’esthétique lo-fi de leur premier film et bénéficient d’une production plus aboutie pour explorer avec un regard plus inspiré les aspirations d’une jeunesse en marge, en quête d’une utopie opposée aux injonctions contemporaines.  

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L’Engloutie

Actuellement au cinéma

© Take Shelter / Condor Distribution

Il y a quelque chose d’immédiatement envoûtant dans L’Engloutie, premier long-métrage de fiction de Louise Hémon, jeune réalisatrice venue du documentaire et de l’art vidéo. Quelque chose qui tient en premier lieu à la matérialité de l’image : dans une nuit d’encre, un petit groupe de personnes chemine à travers la montagne, en tête duquel une jeune femme et un âne se détachent, à la faveur de la flamme vacillante d’une lampe à huile. D’emblée, le film se situe dans un entre-deux et invite ses spectateur·ices à se rapprocher de l’écran pour tenter d’en mieux discerner les contours.

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