Loufoque : il n’y a sans doute pas de meilleur terme pour qualifier Une langue universelle. Dans son deuxième long métrage, Matthew Rankin réinvente Winnipeg, sa ville natale, pour en faire le théâtre d’une fable autobiographique aussi drôle que déroutante.
Qui de mieux que Kirill Serebrennikov pour mettre en scène un homme au bord de la folie ? Plutôt que de s’enliser sur les sentiers rebattus du biopic traditionnel pour évoquer la vie d’Edouard Limonov, Serebrennikov emprunte un chemin de traverse par lequel il construit un portrait parcellaire et protéiforme. Guidé par une énergie punk, le cinéaste signe une ballade libre, fidèle à son acception poétique et qui puise dans cet art son esthétique surréaliste marquée par une utilisation inspirée et fascinante du collage d’images et de sons, du rythme et de la collision de différents régimes d’images.
Cette année, le Arras Film Festival propose une compétition de films européens éclectiques formellement bien que reliés par certains aspects thématiques. À l’Est de l’Europe où la menace russe grandit, les œuvres raconte la résistance. Les cinéastes filment le passé en espérant éclairer le futur.
« Ici, c’est le premier qui prend l’enfant qui a la garde. » L’avocate Michiko résume ainsi la législation japonaise à Jessica (Judith Chemla), une expatriée qui se retrouve brutalement séparée de son fils par son ex-conjoint, diplomate japonais. L’une des premières scènes d’Une part manquante expose une situation tristement banale dans un pays qui se mêle peu des affaires familiales et qui est hermétique aux concepts de droit de visite et de garde alternée. Jérôme (Romain Duris) connaît la même situation que Jessica, seulement, lui, cela fait neuf ans qu’il n’a pas vu sa fille Lily. À force de remuer Tokyo et de sillonner le pays pour la retrouver, il a abandonné son métier de chef cuisinier pour devenir taxi de nuit, et il poursuit sans relâche ses recherches le jour. Neuf ans qu’il fait chou blanc, jusqu’au jour où, alors qu’il effectue une course exceptionnelle pour un collègue, il reconnaît sa fille dans les traits de la collégienne qui s’assoit sur la banquette arrière de son taxi.
Loué pour son amour des marginaux, le cinéma de Sean Baker aura pourtant démarré par une fausse piste. Dans Four Letter Words (2000), le réalisateur américain filme le temps d’une soirée les retrouvailles d’ami·es parti·es étudier aux quatre coins du pays. Si on trouve déjà ici les prémices de son œuvre à venir, soit une appétence pour les situations patiemment dépliées, un intérêt pour l’industrie pornographique et un vrai talent pour le casting, ce premier long-métrage en constituerait plutôt le négatif. Cette bande de jeunes hommes blancs de la classe moyenne supérieure, en lesquels il est facile de reconnaître le cinéaste lui-même, diffère en tous points des personnages qui peupleront ses films suivants.
L’amour, selon Emmanuel Mouret, est une question de conjugaison : certains le vivent au présent et à l’impératif, d’autres au passé et au conditionnel, … Trois Amies reprend là où Chronique d’une liaison passagère s’était terminée, avec l’annonce de lieux déserts bientôt investis par les personnages. Cependant, le récit ne se déploie plus au présent, comme celui des amants Charlotte et Simon, mais se tourne désormais vers le passé.
Tardes de soledad s’ouvre avec une séquence de nuit : des taureaux, dans un champ, fixent la caméra. Leurs pupilles brillent, leurs cornes blanches se détachent du fond noir et leur souffle solide rassure autant qu’il inquiète. Albert Serra redonne au taureau une dimension mythologique : l’animal et la nuit ne font qu’un. Et la corrida est un rituel de sacrifice. Or le principe du sacrifice n’est autre que de verser le sang pur pour laver les péchés de ceux qui tuent.
En 2013, Rodrigo Sorogoyen présente Stockholm en compétition à Cinemed. Onze ans et cinq longs métrages plus tard, le festival lui consacre une rétrospective.
Dans son troisième long-métrage, Coup de foudre, Diane Kurys déploie dans une veine autobiographique (que l’on retrouvait déjà dans Diabolo Menthe) le vécu de sa propre mère, d’origine juive, internée au camp de Perpignan en 1942.
Parmi les rôles complexes, obscurs et tortueux interprétés par Isabelle Huppert, on compte celui d’Erika Kohut dans La pianiste de Michael Haneke : un film dérangeant, portant un trio de personnages ambigus et déroutants, dont les relations interrogent les rapports entre hommes et femmes.