Dans Universal Theory («La théorie du tout»), Timm Kröger parvient à réaliser un film sur ce qu’il y a d’universel dans le cinéma : ces petits riens et ces grands tout qui ont fait ses beaux jours et qui garantissent ses succès à venir. Il y a effectivement en Universal Theory, un film noir exemplaire, qui rend hommage autant qu’il innove.
Priscilla Presley fut toujours institutionnalisée : sous la tutelle de ses parents, puis celle de l’école, puis celle du père d’Elvis et enfin celle d’Elvis. Elle est enfant, élève et femme mariée. Sofia Coppola utilise le médium filmique, et son propre statut par rapport à son actrice, pour retranscrire la vie de Priscilla : elle l’habille, la maquille, la coiffe, chorégraphie ses mouvements, scripte ses paroles et observe ses actes.
La figure de Leonard Bernstein était faite pour le cinéma. D’abord, car il est l’un des seuls chefs d’orchestre américains reconnus à l’international, il était donc évident que les studios de production finiraient par s’en saisir. Ensuite, parce qu’il dirige de façon particulièrement cinégénique ; il existe d’ailleurs pléthore de matériaux visuels (interviews, leçons ou concerts) permettant de l’imiter ou, rendons à Cooper ce qui est à Cooper, de recréer l’image de Bernstein, à la perfection. Le fait que son œuvre de compositeur soit toujours exploitée – un récent remake de West Side Story par Steven Spielberg – et que son histoire personnelle soit dans l’air du temps – il affichait une sexualité décomplexée – achevaient de faire de ce 20 décembre 2023 le moment propice à la sortie, très attendue, de Maestro.
« Lorsqu’elle vous a quitté, Valérie a fait de vous un personnage de tragédie » affirme Youssef à Étienne. La rencontre entre Valérie et Etienne, leur idylle et la naissance de Rosa nous sont montrés succinctement, sans dialogue. Les événements s’enchainent, jusqu’au jour où Valérie laisse Etienne, avec Rosa dans les bras. À ce moment là, il devient non seulement un personnage de tragédie mais aussi, et surtout, un personnage de cinéma.
Nora et Hae Sung sont de très bons amis d’enfance, ils n’envisagent pas la vie l’un sans l’autre. Mais lorsque la famille de Nora émigre aux États-Unis, leur relation s’arrête abruptement. Et ce jusqu’à ce que Hae Sung parvienne à retrouver Nora grâce aux réseaux sociaux et à reprendre contact avec elle. Des deux enfants jouant à grimper sur les statues d’un jardin en Corée, on retrouve le regard enjoué lorsque les deux adultes se rencontrent des années après, dans un parc américain.
Sur les murs blancs ou beiges des affiches de films, photos ou cartes postales dénotent de par leurs couleurs. Fabian Stumm met en scène ses personnages par rapport à l’arrière plan de façon à ce que ces motifs carrés rappellent les bulles de pensée que l’on trouvent dans les bandes dessinées. Jonathan écrit une histoire d’amour qui se termine et derrière lui, au dessus de sa tête, sont affichées des photos de lui et de Boris enfants, comme le rappel d’une intimité partagée qui traverse en ce moment même l’esprit de l’écrivain.
Dans le film de Dominique Abel et Fiona Gordon, les plans sont animés d’un mouvement intérieur, intrinsèquement cinématographique car souvent invraisemblable. En s’appropriant la thématique du double, elle même ayant profondément inspiré de nombreux films, le couple d’auteurs en livre une version au dynamisme renouvelé et à la poésie retrouvée.
Il y a le sexe, l’amour et tout ce qu’il y a entre les deux. Slow débute et termine par le sexe, entre les deux : l’amour. Elena est danseuse contemporaine et vit une sexualité décomplexée et fréquente. Dovydas est interprète en langue des signes et asexuel. Marija Kavtaradze filme l’éclosion du sentiment, la cohabitation des désirs et la construction de la relation. L’asexualité n’est jamais obstacle à surmonter ou défaut à gommer. C’est un état de fait avec lequel Elena compose son couple et à partir duquel Marija Kavtaradze choisit de construire son intrigue.
Les enfants vivent, lorsqu’ils sont ensemble, dans un monde régi par leurs propres règles, celles qu’ils édictent. Et il y a une certaine forme de honte à ne pas les respecter. Si l’on commence à jouer, on ne peut plus les réfuter. Quel que soit ce qu’on attend de nous, il faut continuer. Alors, action ou vérité ?
De Green Border on ne verra que la frontière mais pas la couleur. Agnieszka Holland nous amène dans une sorte de non lieu colorimétrique. Un champ de bataille actuel au sein duquel le noir et blanc rappelle les atrocités des guerres passées. Dans la forêt marécageuse qui abrite la frontière entre la Biélorrussie et la Pologne, le soleil a du mal a traverser l’épaisse couverture d’arbres. Récit sombre d’un endroit dangereux, de ceux qui y passent et de ceux qui y restent.