Fanny, une jeune femme solaire, est mariée avec Jean, un moins jeune homme arrogant et au mode de vie bourgeois. Un jour, non loin des Champs-Élysées, elle croise par hasard Alain, son ancien camarade de classe au visage angélique et au mode de vie bohème. Prémices d’un vaudeville classique dans la ville de l’amour, que Woody Allen n’arrive jamais à faire sortir de ses gonds.
Le film de procès constitue un genre à part entière, et ce de façon contre-intuitive, car sa scénographie codifiée serait plutôt de nature à lui offrir une parenté avec la dramaturgie du théâtre. Hitchcock, Cayatte, Preminger, Clouzot, Lumet ou beaucoup plus récemment Justine Triet se sont ainsi brillamment illustrés dans ce que Paul Ricœur qualifiait de « controverse organisée, modèle de discussion où les passions qui ont nourri le conflit sont transférées dans l’arène du langage. » Cette arène, Le Procès Goldman ne la quitte pas pendant 1 h 52 sur les 1 h 56 du film, sans que jamais ne pointe le moindre ennui, tant l’espace des débats cristallise et polarise les antagonismes d’une société qui, en 1976, n’avait pas totalement purgé la mémoire de la guerre, de l’antisémitisme, de la décolonisation ou des passions révolutionnaires.
Les pièces de Sylvain Creuzevault sont comme le monstre de Frankenstein. Elles forment un assemblage textuel et visuel qui, en dépit de ses aspérités, parvient parfois à devenir un tout organique, cohérent et, plus encore, vivant. S’il y avait pléthore de ces moments de vie miraculeux dans sa production des Frères Karamazov, ils se font dans Edelweiss (France Facisme), plus rares.
Souvent freiné par une volonté de trop en faire, l’exercice du premier film est toujours difficile et n’incarne la plupart du temps que les prémisses d’un regard en construction. Mais parfois, pour de rares cinéastes, le miracle se produit instantanément à travers un geste d’une étonnante maturité. L’arbre aux papillons d’or fait précisément partie de ce groupe insolite. Vendu comme une longue errance de trois heures à la croisée du style de Tarkovski et Weerasethakul, le premier film de Pham Thien An – remarqué au festival de Cannes 2019 pour son court-métrage Stay Awake, Be Ready – pouvait laisser craindre le cas typique d’un premier film, cherchant désespérément à prouver sa légitimité en citant d’ores et déjà les plus grands.
Inspiré d’une histoire vraie, Comme une louve raconte le parcours chaotique d’une jeune mère de vingt-six ans, Lily , qui élève seule ses trois enfants. Elle est animale, organique, vis dans le peau à peau, la fusion et elle aime sa progéniture, la couve, la couvre – peut-être un peu trop. Habitant dans la précarité d’un foyer, elle se voit un jour confrontée à la rigidité impitoyable et la rationalité des services sociaux, qui l’accusent à tort de mauvais traitements, et lui retirent la garde de ses protégés.
En 2021, La Nuée marquait l’entrée remarquée de Just Philippot dans la sphère restreinte du cinéma de genre français et faisait naître l’espoir d’une riche carrière. Ancrage malin de l’horreur organiquedans notre paysage de “France profonde”, le long-métrage parvenait, certes fragilement, à faire vivre ses pans horrifiques et dramatiques, sans que l’un ne vienne prendre le pas sur l’autre. Deux ans plus tard, reprenez les mêmes ingrédients (la sphère familiale brisée, la menace comme extension du protagoniste), troquez les éléments les plus voyants (l’agricultrice en difficulté est remplacée par un ouvrier ex-gilet jaune, les sauterelles par une pluie toxique), gonflez le budget et nous voici avec Acide, adaptation de son efficace court-métrage du même nom paru en 2018. Le nouveau-né de Philippot avait donc toutes les cartes en main pour accoucher d’une bonne série B horrifique ou pour sombrer dans les écueils inhérents au second film. Triste est de constater que le film vient très vite se situer dans la seconde catégorie.
Jussi Vatanen et Alma Pöysti incarnent les deux amoureux transis des Feuilles Mortes, le nouveau film d’Aki Kaurismäki, récompensé par le Prix du Jury au Festival de Cannes 2023.
Louis, Lena, Martha et Pieter constituent les quatre roues d’un chariot tiré par un père passionné. Ils transportent leurs spectateurs vers un monde de poésie. Mais quand le créateur trépasse, alors qu’aucune force humaine ne s’exerce désormais plus sur ceux qui faisaient tourner la machine, les roues se détachent et le chariot vacille. Les jeunes gens, déséquilibrés, comme des pantins, désarticulés, cherchent leur voie, alors que le maître marionnettiste n’est plus là pour qu’ils se meuvent.
Sous la pression des multiples mouvements féministes, le viol est devenu un sujet de société incontournable. Comme tout champ artistique, le cinéma n’y échappe pas ; de par les nombreux réalisateurs accusés d’agression sexuelle, parmi lesquels certains se pavanaient à Venise il y a seulement quelques semaines, mais également comme un sujet à part entière de l’analyse cinématographique. Iris Brey y consacrait un chapitre entier dans son essai sur regard féminin, où le nom d’Ida Lupino était abondamment cité. Sorti en 1950 puis tombé dans l’oubli avant d’être redécouvert, Outrage abordait frontalement ce sujet tabou dans un film à la forme tout à fait classique, qui préférait néanmoins suivre la reconstruction de son héroïne plutôt que de se perdre dans des élans romanesques.
Un enfant de 10 ans reçoit un adulte et lui demande son carnet de correspondance ; une fille appelle son frère « la chose » et regrette sa naissance, sous l’œil amusé de sa mère ; un groupe d’adolescents débat de leur avenir jusqu’à ce que l’un révèle ses envies suicidaires… entrecoupé des aventures d’un étrange petit personnage fait de deux morceaux de crayon. La réalisatrice Clara Bouffartigue a posé sa caméra au centre médico-psycho-pédagogique (CMPP) et y a suivi durant plusieurs années les rendez-vous de plusieurs enfants chez des pédopsychiatres au gré des réussites comme des échecs.