Deuxième jour du Ganache Festival et encore une multitude de courts-métrages réalisés par de jeunes cinéastes à découvrir. Une séance éclectique pour représenter la variété d’œuvres qui constituent la programmation du festival. Au programme :
Le premier film de Georgia Oakley s’ouvre sur une fracture. Devant son miroir, Jean observe un reflet dédoublé, brisé en son tiers, qui lui renvoie l’image de cheveux pris dans une teinture à peine posée. Blue Jean est le portrait d’un personnage entre deux mondes, déchiré entre deux vies irréconciliables qui menacent constamment de se détruire l’une l’autre.
Loup et Chien est le premier long-métrage de la réalisatrice portugaise Cláudia Varejão, film qui remporta le prix du Jury de la sélection Giornate degli Autori lors de la dernière édition de la Mostra de Venise. Un format carré et une mise en scène épurée font voguer et danser, au rythme des vagues se brisant à l’approche du rivage d’une île açorienne : une œuvre rare, pudique, et pleine de poésie. Des bribes d’histoires agitent le récit et se regroupent, doucement dans l’écume, par les habiles et amusants parallèles que compose le montage.
Un vendredi soir de printemps dans le quartier latin ; quoi de mieux pour découvrir la suite de la selection de courts-métrages du Ganache Festival ? Au programme :
Après l’échec critique du film de 2000, dans lequel Jeremy Irons jouait un mage avec un penchant plus que marqué pour le dramatique, on pouvait s’attendre au pire pour cette nouvelle adaptation signée John Francis Daley et Jonathan Goldstein. Mais le résultat est une déclaration d’amour au jeu d’origine, qui réussit à ne pas perdre ceux qui ne connaîtraient pas les mécanismes complexes des fiches personnage et des lancers de dés 20.
Salomé, neuf ans, scrute derrière la porte vitrée de la maison le rituel que sa grand-mère réalise pour accompagner le défunt qui gît à ses pieds. Déjà, les plans enserrent la fillette, dans une buée d’or, qui la fait devenir voyante, enchanteresse. Puis, c’est enroulée dans un rideau qu’elle est appelée par la vieille dame, qui allume avec elle des cigarettes afin d’apaiser le mort, et chante du bout des lèvres des prières. D’emblée s’amorce une cohabitation entre vivants et morts, réalisme et onirisme.
Attablé dans un bar, devant un match de football, un homme s’impatiente, s’agace, jusqu’à sortir de ses gonds face à l’exultation exhibée d’un autre spectateur qui a parié gros sur le leader de la rencontre. Une colère qui n’exprime rien d’autre que la détresse et la honte d’avoir perdu bêtement l’argent de sa femme, partie vivre à New-York pour payer les travaux de leur appartement. À l’aveu de cette faute, Kakhi, son frère, répond élégamment, sans reproche, sans jugement, incarnant le sens moral, mais jamais moraliste, que porte Brighton 4th.
La dernière fois qu’on avait vu l’œuvre de Pina Bausch au cinéma, c’était dans Les Rêves dansants (2010) et Pina (2011), deux films distribués peu après la mort prématurée de la chorégraphe en 2009. Depuis, son travail a continué de rayonner grâce aux anciens danseurs de sa compagnie qui assurent la survie de ses pièces en les enseignant à diverses compagnies professionnelles dans le monde. Dancing Pina suit le travail de transmission récemment entrepris pour Iphigénie en Tauride et Le Sacre du Printemps, deux des premières pièces de Pina Bausch.
Coup de génie promotionnel pour Rebecca Frecknall qui offre le rôle de Stanley Kowalski à Paul Mescal, quelques semaines avant que celui-ci soit nommé aux Oscars. La pièce débute à guichets fermés et se termine par une file de spectateurs devant l’entrée des artistes, désireux d’échanger quelques mots avec l’acteur d’Aftersun. La foule est au rendez-vous, le buzz est assuré et la pièce obtient facilement ses prolongations dans le West End Londonien.
Les toute premières secondes des Trois Mousquetaires version 2023 annoncent, si l’on veut, la couleur : le film sera sombre, ou ne sera pas ! Fi des casaques bleu roi, du romantisme enthousiaste et des héros irréprochables. Dans une France fracturée, putride, où complots et pulsions belliqueuses font loi, le jeune D’Artagnan (François Civil) n’entre plus à Meung en plein jour, mais sous une nuit lugubre, une pluie corruptrice, où il croise sans la voir la fatale Milady (Eva Green) et son plan diabolique initié par le seul et vrai maître du royaume, le perfide cardinal de Richelieu (Eric Ruf). Début de l’intrigue, et déjà de l’ennui.