Serions-nous au début du premier épisode de Twin Peaks ? Un corps inerte est étendu sur la plage. Est-ce le cadavre de Laura Palmer ? En aucun cas : c’est un type enroulé dans son sac de couchage, en train de dormir sur le sable. Il s’appelle Manu et son pote Jean-Gab vient le chercher pour une mission. Une vraie mission de mafieux : il faut remettre une valise remplie de billets à un homme mystérieux.
« Si t’avais été acteur dans les années soixante, t’aurais pas arrêté d’enchainer les films ». Jérémie est comédien mais sa carrière ne décolle pas. Il est en couple mais la jalousie le prive de tout bonheur. Une certaine lassitude commence à se faire sentir, sans pour autant être accompagnée d’une quelconque résignation. Révélé au grand public dans la série Dix pour cent, l’acteur Nicolas Maury se transforme en auteur-réalisateur. Son premier film Garçon Chiffon est un roman d’apprentissage filmé, doux et mélancolique.
Une femme (Mélanie Laurent) se réveille dans une unité cryogénique sans aucune possibilité d’en sortir. Est-elle malade, victime d’une expérience scientifique, prisonnière de son plein gré ? Elle l’ignore et se trouve d’autant plus isolée qu’elle a oublié son identité. Deux objectifs conduisent alors en même temps le suspense: déceler les raisons de son enfermement à travers la reconstitution du puzzle de son vécu, et trouver une solution pour s’en sortir alors que la réserve d’oxygène décroît à grande vitesse…
On avait fini par l’oublier. Celui qui avait signé RoboCopet Total Recalln’était pas américain mais néerlandais. Cela nous est revenu quand l’éternel franc-tireur, plus vraiment en odeur de sainteté à Hollywood qui avait pourtant fait sa gloire, a décidé de revenir dans son pays natal. Un retour plus ou moins forcé mais qui témoigne aussi de sa volonté farouche de rester libre, envers et contre tous. La preuve, en ironie : pour fêter ses retrouvailles avec les Pays-Bas, il signe en 2006 ce film qui raconte une page très sombre et honteuse de l’histoire du pays, à savoir les années d’Occupation. Gonflé, le type. Paul Verhoeven n’a décidément pas froid aux yeux. Il ne s’arrête pas devant l’obstacle, il peut foncer et changer de vie, pourvu que la nouvelle en vaille la peine. C’est un peu la morale de Rachel Stein (Carice van Houten), formidable héroïne, à la fois Mata Hari, justicière et femme fatale.
Mal connu et peu commenté, La Chair et le Sang est un pivot dans l’œuvre de Paul Verhoeven. Les Pays-Bas, où il a réalisé ses premiers films, ne lui permettaient plus de satisfaire ses ambitions de metteur en scène, contrairement aux Etats-Unis qui s’apprêtaient à l’accueillir. Ce film malade du milieu des années 1980 est une transition entre ces deux moments : il vise l’ampleur d’une grande fresque historique située en Europe, issu d’une production américaine, réalisé avec une équipe technique internationale et tourné en Espagne, tandis que sa distribution fait le pont entre les deux continents (Jennifer Jason Leigh et Rutger Hauer sont les protagonistes).
Après RoboCop et Totall Recall, Paul Verhoeven continue sa tournée américaine. Mettant en suspend pendant quelques années les intrigues de science-fiction, il s’attaque au thriller érotique. Et le cinéaste touche juste car, malgré les vives réactions qu’il suscita pour ses scènes sulfureuses, Basic Instinct fut un succès critique et commercial absolument fulgurant.
Troisième et dernière œuvre de science-fiction de Paul Verhoeven, Starship Troopers (1997) clôt dans la carrière du réalisateur un mouvement entamé avec Robocop (1987) puis Total Recall (1990). Si continuer à explorer le genre au-delà l’aurait sans doute condamné à se répéter, Verhoeven parvient dans cette ultime tentative à un aboutissement conceptuel parfaitement logique. Trouvant fasciste le roman que lui présente son scénariste Edward Neumeier (Étoiles, garde à vous ! de Robert A. Heinlein), et plutôt que de vider le récit des éléments qui le dérange, Verhoeven prend la très intelligente décision d’au contraire les exacerber pour en faire le propos même de son film.
Si Die Hard, sorti en 1988, est à voir comme les funérailles du héros reaganien, RoboCop, sorti un an avant, fut rétroactivement l’un des premiers clous de son cercueil. Le deuxième film américain de Paul Verhoeven porte déjà la marque d’un regard puissant et aiguisé, celui d’un auteur qui parvient à mêler divertissement hollywoodien et critique de la société capitaliste.
En 1863, la jeune Martha Jane Cannary s’engage avec son père sur la piste de l’Oregon au sein d’une caravane de pionniers. Volontaire et indépendante, elle s’attire régulièrement les foudres du chef du convoi, jusqu’à l’outrage de trop qui la force à s’enfuir.
Sorti en 1990, Total Recall est la deuxième adaptation cinématographique de Philip K. Dick à voir le jour – après Blade Runner en 1982. Mais le scénario, signé Ronald Shusett, Dan O’Bannon et Gary Goldman, s’éloigne de la nouvelle Souvenirs à vendre sur laquelle il se base pour fournir à Paul Verhoeven un matériau particulièrement adapté à ses propres préoccupations. Avec RoboCop en 1987, le néerlandais a pu faire ses preuves aux commandes d’un film de science-fiction hollywoodien à gros budget, ce qui lui permet d’être choisi par Arnold Schwarzenegger pour réaliser le film. Total Recall formera dans son œuvre le deuxième moment d’une trilogie clôturée par Starship Troopers en 1997. Trois histoires tout à fait distinctes mais aux nombreuses thématiques communes, véritables pamphlets dans lesquels les mondes futuristes dépeints sont autant de reflets déformés de notre propre réalité.