
Les admirateurs de Christopher Nolan étonnés de cet écart supposé du cinéaste dans l’univers épique et merveilleux de l’épopée ne l’avaient pas bien miré. Interstellar (2014) était déjà une odyssée, le récit d’un retour, un nostos. Cooper partait pour revenir et retrouver une fille vieillie, faisant l’expérience, entre autres choses, du temps irréversible. Nolan est aussi un auteur épique, c’est ce qu’il fait le mieux. Quand il adaptait Batman, quand il filmait une explosion atomique dans Oppenheimer (2023), ou, dans Interstellar, un voyage spatial pour sauver l’humanité. Nolan est enfin un cinéaste de l’introspection, du temps et de la mémoire. Ce qu’il filme le moins bien : Tenet (2020) tendait à explorer un temps pur sous un ordre narratif, un régime d’image-action toujours linéaire. Belle contradiction esthétique. Peinant souvent à faire sentir dans ses plans l’épaisseur du temps comme sa fugacité, c’est par ailleurs via des objets symboliques que se cristallisent des nappes de passé dans son cinéma. La toupie d’Inception (2010), la montre d’Interstellar, et ici dans L’Odyssée, une broche à l’effigie d’Athéna ou le bâton d’un tirage au sort. Chez Nolan, la velléité introspective et métaphysique butent contre l’épique et le scénario. On pouvait s’y attendre, L’Odyssée ne fait pas exception.
Continuer à lire … « L’Odyssée »