On se souvient du générique de The Young Pope (2016), dans lequel le pape Pie XIII (Jude Law) marchait dans un long couloir tapissé de tableaux, entouré par sa cour, sur la reprise d’All along the watchtower de Jimi Hendrix par Devlin. Une alliance de culture populaire, de cérémonial religieux et de séduction qui annonçait ce qui ferait le sel de la série. Ceux de The New Pope réitèrent le même esprit : dans une chapelle, des sœurs dansent sur de la musique électro, sous une croix en néon ; traversant la plage, Jude Law arbore un caleçon blanc presque fluorescent au milieu de femmes en maillot de bain jouant au volley… Le goût de Paolo Sorrentino pour la provocation est bien intact. Mais si la continuité esthétique est assurée avec la première saison, le bouleversement concerne le devenir des personnages : Pie XIII se retrouve plongé dans le coma, il faut lui trouver un successeur.
Seul dans la forêt, le père Gabriel (Jeremy Irons) regarde aux alentours, inquiet. Il marche à tâtons dans cet univers impénétrable. Pour contrer les éventuels dangers, là où certains empoigneraient leur arme, il se saisit de son hautbois. Il entonne alors un air envoûtant, potentiellement conciliateur. À son écoute, les Indiens Guaranis, arcs à la main, le guettent et s’avancent, méfiants mais curieux. Ils encerclent bientôt le prêtre qui continue à jouer. On dit que la musique adoucit les mœurs…
À chaque fois qu’un film semble détonner dans la filmographie d’un réalisateur, nous avons à tendance à chercher une bonne raison à ce changement, influencés par la théorie des auteurs. C’est le cas de Dark Waters. Pourquoi proposer à Todd Haynes, habitué des mélodrames incandescents (Loin du paradis, Carol), la réalisation de ce pur film-dossier qui retrace l’histoire vraie de Robert Bilott, un avocat ayant dénoncé les pratiques de l’entreprise de produits chimiques DuPont ?
Et si les femmes comptaient à Hollywood ? La question que pose le titre de ce documentaire ne saurait mieux mettre le doigt sur la question brûlante qui remue actuellement le monde du cinéma. Le souci n’est pas nouveau, mais sa formulation sonne plus que jamais comme une revendication nécessaire. À l’origine de ce film se trouvent la conviction de son réalisateur et l’engagement de la comédienne Geena Davis, qui a fondé un institut de recherches porté sur la représentation des femmes dans les médias (le Geena Davis Institute on Gender in Media).
Depuis Arnaques, Crime et Botanique (1998), son premier film, on connaît le cocktail Guy Ritchie : histoire de gangsters chics, scènes de bagarre très soignées, héros virils et charismatiques, humour british, casting cinq étoiles… The Gentlemen confirme à nouveau la recette du cinéaste, souvent cuisinée avec réussite bien qu’elle ne résiste pas toujours à l’usure, et signale un retour aux sources après ses deux précédents films, Le Roi Arthur (2017) et Aladdin (2019).
Howard Ratner (Adam Sandler), bijoutier à Manhattan, détient une pierre précieuse très rare provenant d’une mine éthiopienne, qu’il souhaite vendre aux enchères pour un million de dollars. Cette somme lui permettrait de rembourser ses dettes et de mener une vie plus paisible, mettant fin aux embrouilles de son quotidien chaotique… Trois ans après nous avoir plongé dans les bas-fonds de New York au cours d’une inoubliable course sous adrénaline avec Good Time (2017), les frères Safdie signent un nouveau grand thriller malade, collant au plus près de leur héros pour questionner le culte de l’apparence.
En 2016, tel un signe annonciateur de l’affaire Weinstein et du mouvement #MeToo, le comportement du patron de la chaîne conservatrice et républicaine Fox News, Roger Ailes, était dévoilé au grand jour. Accusé de harcèlement sexuel par Gretchen Carlson, présentatrice de la chaîne, il se voyait alors obligé de démissionner. Elle n’était pas sa seule victime : plusieurs voix de femmes au sein de la rédaction se sont jointes à la sienne, dénonçant les agissements scandaleux de leur patron. En retraçant cette glaçante histoire vraie, Scandale est-il le film post-MeToo que l’on attendait venant d’Hollywood ?
Monsieur X est un homme âgé qui vit dans un appartement décrépi. Il se réveille du mauvais pied, s’apprête à répondre au cérémonial quotidien d’une journée solitaire. Rien d’énigmatique, à priori. Seulement, quelque chose détonne dès lors qu’il tente de se lever. L’univers balisé se met en branle, le lit devient un instrument de musique, et tous les objets, à sa suite, prendront vie. Quand Monsieur X est incarné par Pierre Richard, il ne peut pas être Monsieur Tout-le-monde.
Certains films annoncent dès leur sujet la singularité qui va les caractériser. Dans Swallow, Hunter attend un enfant de son mari, qui ne la voit guère que comme une femme au foyer. Elle se trouve bientôt atteinte d’un étrange syndrome, qui existe réellement : la maladie de pica, qui consiste à ingurgiter des objets non comestibles. Une vis, une bille, une épingle…
Préparer une rencontre avec Abel Ferrara est un exercice en soi. D’abord parce qu’il est connu pour être difficile à interviewer (« Publier une interview en bonne et due forme d’Abel Ferrara relève de l’impossible ou du prix Pulitzer » dixit Frédéric Bonnaud dans lesInrocks). Ensuite, parce que passer trente minutes avec un pilier du cinéma américain, ça n’arrive pas tous les jours. Le rendez-vous était pris dans un café du 9e arrondissement de Paris, en début d’après-midi, pour parler de son nouveau film Tommaso, long-métrage très autobiographique qui fait le portrait d’un artiste torturé incarné par Willem Dafoe. Entouré de Cristina Chiriac, son épouse qui joue l’autre rôle principal, et de leur fille de cinq ans Anna Ferrara, également dans le film, c’est un homme apaisé que nous avons rencontré, différent de la légende que l’on fabrique encore autour de sa personnalité.
[Alors que l’entretien commence, Abel Ferrara est sorti du bar, Cristina Chiriac prend place]
Avant la première projection du film à Cannes l’année dernière, vous aviez dit « n’ayez pas trop d’attentes » ! C’était une entrée en matière surprenante.
Cristina Chiriac : C’est vrai ! Je pense que ne pas avoir d’attentes avant de regarder un film est la meilleure façon de le découvrir.
Le personnage que vous incarnez dans Tommaso semble très proche de vous. L’avez-vous abordé en terme de composition ?
CC : Non, j’étais totalement moi-même. Il y a bien sûr des limites que l’on ne peut pas franchir, mais j’ai essayé d’être la plus vraie et naturelle possible. Abel dirige ses acteurs, mais chacun peut développer sa propre vision. Tout le monde a sa propre manière de percevoir l’art. Je n’ai pas pris le tournage comme un travail, mon rôle faisait partie de moi-même. C’est ce que j’ai appris en faisant Tommaso.
Christopher Walken a raconté que les tournages d’Abel Ferrara étaient chaotiques. Êtes-vous d’accord avec lui ?