Kirill Serebrennikov croit – à juste titre, sans doute – que pour réellement connaître quelqu’un, il faut l’observer à travers les yeux de ses proches. Or peu nombreux sont ces biopics indirects et indiscrets qui visent à dévoiler la vie des personnes méconnues, qui dévouèrent leur existence à ceux dans la lumière.
Le nouveau film de Claude Schmitz, trois ans après Braquer Poitiers, s’annonce comme un projet hybride et ambitieux. Véritable gloubi-boulga entre portrait d’une amie, réflexion sur le métier d’actrice, déambulation contemplative et comédie théâtrale méta, Lucie perd son cheval ne ressemble à rien d’autre, et c’est là sa force.
Les vingt dernières années ont vu le cinéma chinois taraudé par une modernité destructrice conjointe à une crise des valeurs, que porte un capitalisme à l’expansion démesurée dont la défiguration des paysages, par les projets d’urbanisme effrénés, est un saisissant stigmate. Plusieurs cinéastes tels que Jia Zhangke ou Wang Bing se font les témoins de cette « époque de la ‘démolition’ » (Raphaël Szöllösy in Les Cinémas d’Asie), tant urbanistique que culturelle. Un regard que Li Ruijun continue de creuser avec Le Retour des hirondelles, sur un pôle plus lointain, aux confins de la Chine rurale, dans la région du Gansu.
Lvovsky et magie riment pourtant bien, l’exemple en quelques longs : Camille Redouble, et son touchant retour vers le passé accroché à la voix de Yolande Moreau, ou encore Les Sentiments, où le hasard provoque conjointement enchantement et drame.
Astrakan, le premier long-métrage de David Depesseville est un conte surprenant sur l’enfance. Construite autour du jeune Samuel, le cinéaste nous livre une œuvre éthérée, délicate et violente. Il collabore pour la premier fois avec Bastien Bouillon. L’acteur nommé cette année aux César, interprète le père adoptif de Samuel.
Astrakan file la métaphore animale : de par son histoire qui s’inspire de différents contes et son titre. Qu’est-ce qui vous a plu dans cet imaginaire ?
David Depesseville : J’aimais l’idée du conte pour parler de cet enfant qui doit trouver sa place dans une famille étrangère. Le titre Astrakan évoquait déjà le mouton noir ou le canard boiteux. Jusqu’à cette séquence finale d’ailleurs, qui file effectivement cette métaphore avec l’apparition de l’agneau et Marie qui devient enfin une vraie nourrice en lui offrant sa poitrine.
Tout comme le conte enrobe de fantastique des histoires difficiles, la pellicule elle aussi adoucit les images. Pourquoi ce choix du 16mm ?
DD : C’est venu très tôt avec mon chef-opérateur : il nous est apparu que penser cette histoire en HD était bizarre. Il y avait quelque chose qui me gênait, j’avais peur que ce soit trop cru, trop défini. Cela pouvait virer plus facilement à l’obscène. Alors qu’en 16mm, avec son grain si particulier, ses contours un peu flous y’avait quelque chose de plus juste pour raconter les choses fortes que je voulais évoquer.
Bastien Bouillon : Cela servait aussi à soutenir une esthétique quasi-atemporelle, que ce soit dans les costumes ou dans les décors ; rien n’est prononcé, rien n’est ancré. De la même manière que pour l’argent à un moment on croirait voir une pièce de 5 francs puis c’est un billet de 5 euros. Ce flou dont tu parles avec le 16mm est quelque chose que tu étires tout au long du film.
DD : Il ne fallait pas assigner le film à une condition et l’y enfermer. Il y avait quelque chose de réduit si on l’ancrait dans telle époque ou tel lieu. Je voulais échapper au film « social » comme on l’entend, la pellicule participait à ça.
Le cadrage élude effectivement les repères et s’attarde souvent sur le visages des comédiens, en très gros plans. Qu’est-ce qui vous a séduit dans le visage de Bastien Bouillon ?
Dans la mémoire du téléphone de Lola, sont gravées des vidéos d’épisodes d’un amour complice aux côtés du père de son futur enfant. Si les procédés photographiques et vidéographiques ont le pouvoir de garder la trace des êtres pourtant voués à disparaître, ils matérialisent l’immatériel : la mémoire. Quand meurt l’être aimé, ce sont à ces souvenirs que l’on s’accroche. C’est ainsi que Gaspard, ayant fait sien le mobile de Raphaël, son père, continue de vivre à travers son image. Est-ce par mimétisme ? Est-ce par pression sociale ou familiale ? Est-ce par besoin personnel ?
Le premier film de David Depesseville dépeint un laps de vie et un fragment d’endroit. Samuel, jeune orphelin est étranger aux paysages du Morvan et à l’enfance – avons-nous véritablement le temps de s’y habituer ? – mais tente tous deux de les comprendre, de les remanier à sa façon, pour se les approprier.
Tandis que les ultimes mesures de lutte contre la COVID 19 sont enfin levées, Guillaume Nicloux propose un film de genre où les habitants d’un immeuble se retrouvent confinés chez eux, non pas menacés par une pandémie, mais pris au piège par une mystérieuse matière noire opaque, inquiétante et infranchissable.
À mi-chemin entre le chant des cigales et le bouillonnement urbain, Tant que le soleil frappe dresse le portrait d’un paysagiste idéaliste qui aspire à suspendre ce temps érosif par la création d’un otium, un jardin sans frontière au cœur de la ville de Marseille.
Sur le papier, voir un film Astérix avec un budget de 65 millions d’euros est alléchant ; de tels moyens paraissent justifiés pour adapter un tel monument de la bande dessinée française. C’était sans compter sur l’annonce du casting, qui préfigurait un véritable gloubi-boulga indigeste de cosplays, ainsi que la présence de Guillaume Canet en réalisateur et acteur principal, comme si être à la barre d’un tel navire n’était pas suffisamment ambitieux.