Dans The Sweet East, Sean Price Williams nous promène dans une Amérique découpée en différentes idéologies : de punks à islamistes, en passant par néo-nazis et avant-gardistes. Lillian, jeune adolescente désœuvrée, est notre guide à travers ces groupuscules qu’elle intègre, toujours avec un détachement adolescent aussi touchant que frustrant.
Après un prix du meilleur premier film il y a une dizaine d’années à la Berlinale et trois longs-métrages depuis, Emin Alper revient avec Burning Days. À travers une intrigue faite de sous-entendus et une esthétique tout en contrastes, l’excellent thriller fait état de la corruption politique en Turquie. Le réalisateur nous en dit un peu plus sur l’origine du film, sur sa structure qui flirte avec les codes du polar, sur ces personnages si ambivalents et sur ce qu’il cherche à dénoncer.
Yaniklar est un village fictif, quels étaient les différents éléments qui devaient constituer ce lieu pour que l’histoire puisse y prendre place ?
Il n’y avait pas tant de choses à inclure. Le plus important pour moi était la sécheresse donc j’ai cherché un lieu particulièrement aride. Ensuite, il a fallu trouver le village. Beaucoup des villages en Anatolie se sont modernisés d’une façon assez laide donc je voulais un endroit qui ait gardé son apparence traditionnelle. Celui que nous avons trouvé était proche de Kayseri dans la Cappadoce. En revanche, les gouffres n’existent que dans la région de Konya donc tous ces plans là ont du être tournés autre part.
Aviez-vous dès le départ l’envie d’alterner enjeux politiques et codes du thriller ? De brouiller la frontière entre vérité et mensonges, d’éliminer les repères moraux pour les personnages mais aussi pour les spectateurs ?
En fait, l’idée initiale était de raconter une histoire sur la sécheresse en Turquie. Mon inspiration était la pièce d’Ibsen L’ennemi public. Je voulais mettre en scène un homme dont l’unique intérêt est de servir le peuple mais qui est déclaré l’ennemi du peuple par les politiciens manipulateurs. Après cette intrigue de base, les différentes lignes narratives me sont venues assez naturellement. Mais brouiller les pistes était effectivement une de mes volontés. Dans tous mes films, j’aime créer des lignes de transitions entre rêve et réalité, entre vérité et mensonges. Je veux créer des personnages inquiétants, dont les valeurs morales sont difficile à comprendre.
Beaucoup de vos personnages sont en effet très ambigus, très secrets entre eux mais aussi envers le spectateur. Quand vous écrivez les personnages avez-vous besoin de leur inventer une histoire plus complète ou êtes–vous capable de les mettre en scène sans vous-même savoir grand chose d’eux ?
Etant donné que le film est un thriller et un néo-noir, je voulais que les spectateurs soient constamment sollicités, qu’ils ne puissent pas faire confiance facilement à mes personnages. C’est aussi une façon d’exprimer les insécurités, les suspicions et la solitude du personnage d’Emre. Je pense mieux connaître les personnages que les spectateurs mais il y a des détails que je ne clarifie pas, même pour moi lors de l’écriture. Tout simplement car parfois les comportements ne peuvent pas être définis, le personnage pourrait faire ci ou ça, c’est impossible à prévoir. C’est un peu comme dans la vie finalement : même pour vos meilleurs amis ou pour vous, dans certaines circonstances on ne peut pas savoir comment on réagira. Donc je ne suis pas déterministe quand j’écris mes personnages, j’aime laisser béantes certaines failles dans leurs âmes, des failles que personne ne sait comment remplir.
On retrouve de nombreuses scènes de diners dans vos films et, dans Burning Days, c’est une séquence majeure de l’intrigue : que révélez-vous de vos personnages en les filmant manger et boire ?
Emre arrive dans le petit village de Yaniklar avec une vision de la justice bien différente de celle des locaux. Quand ces derniers lui font des avances en espérant pouvoir le manipuler, Emre défend ardemment son intégrité. Pourtant, une nuit chaude et moite, lors d’un repas bien arrosé, elle sera irrévocablement remise en question.
Dans l’arrière-boutique, Halim travaille le tissu. L’étoffe bleue coule entre les doigts de l’homme, fraîche et légère, et la caméra s’attarde sur la douceur avec laquelle elle est touchée, caressée, sur la bobine de fil d’or posée par-dessus. Maryam Touzani déplie son film de la même manière : lente et délicate, elle laisse le temps aux personnages de nous révéler des profondeurs et une humanité insoupçonnés.
Tout commençait pourtant si bien. L’un après l’autre, des jeunes s’expriment le cœur ouvert, face à la caméra, dans un décor immaculé prouvant leur sincérité, avec des discours témoignant toute la difficulté ubuesque de toujours être un « vrai mec ». Ouvrant son œuvre comme un documentaire, le réalisateur Fabian Hernandèz choisit la simplicité pour aborder un sujet complexe : le sort de délinquants de Bogotá baignant dans la masculinité toxique, traitement placebo contre leur extrême pauvreté tant matérielle que psychologique. En quelques minutes, les fondations sont posées, remarquablement solides.
Dans les montagnes costariciennes, Domingo vit en ermite depuis la mort de sa femme. Mais le terrain sur lequel est bâtie sa maison est convoité par des entrepreneurs pour la construction d’une autoroute. Face à la pression croissante des promoteurs, l’homme endeuillé entre en résistance. La maison est le dernier lien avec sa femme, qu’il reconnaît dans une brume épaisse qui tombe chaque nuit.
Kirill Serebrennikov croit – à juste titre, sans doute – que pour réellement connaître quelqu’un, il faut l’observer à travers les yeux de ses proches. Or peu nombreux sont ces biopics indirects et indiscrets qui visent à dévoiler la vie des personnes méconnues, qui dévouèrent leur existence à ceux dans la lumière.
Astrakan, le premier long-métrage de David Depesseville est un conte surprenant sur l’enfance. Construite autour du jeune Samuel, le cinéaste nous livre une œuvre éthérée, délicate et violente. Il collabore pour la premier fois avec Bastien Bouillon. L’acteur nommé cette année aux César, interprète le père adoptif de Samuel.
Astrakan file la métaphore animale : de par son histoire qui s’inspire de différents contes et son titre. Qu’est-ce qui vous a plu dans cet imaginaire ?
David Depesseville : J’aimais l’idée du conte pour parler de cet enfant qui doit trouver sa place dans une famille étrangère. Le titre Astrakan évoquait déjà le mouton noir ou le canard boiteux. Jusqu’à cette séquence finale d’ailleurs, qui file effectivement cette métaphore avec l’apparition de l’agneau et Marie qui devient enfin une vraie nourrice en lui offrant sa poitrine.
Tout comme le conte enrobe de fantastique des histoires difficiles, la pellicule elle aussi adoucit les images. Pourquoi ce choix du 16mm ?
DD : C’est venu très tôt avec mon chef-opérateur : il nous est apparu que penser cette histoire en HD était bizarre. Il y avait quelque chose qui me gênait, j’avais peur que ce soit trop cru, trop défini. Cela pouvait virer plus facilement à l’obscène. Alors qu’en 16mm, avec son grain si particulier, ses contours un peu flous y’avait quelque chose de plus juste pour raconter les choses fortes que je voulais évoquer.
Bastien Bouillon : Cela servait aussi à soutenir une esthétique quasi-atemporelle, que ce soit dans les costumes ou dans les décors ; rien n’est prononcé, rien n’est ancré. De la même manière que pour l’argent à un moment on croirait voir une pièce de 5 francs puis c’est un billet de 5 euros. Ce flou dont tu parles avec le 16mm est quelque chose que tu étires tout au long du film.
DD : Il ne fallait pas assigner le film à une condition et l’y enfermer. Il y avait quelque chose de réduit si on l’ancrait dans telle époque ou tel lieu. Je voulais échapper au film « social » comme on l’entend, la pellicule participait à ça.
Le cadrage élude effectivement les repères et s’attarde souvent sur le visages des comédiens, en très gros plans. Qu’est-ce qui vous a séduit dans le visage de Bastien Bouillon ?
Après le pétillant Jeune femme (Caméra d’or à Cannes en 2017), Léonor Serraille signe une chronique poignante sur une famille monoparentale immigrée en France. Inspirée par l’histoire de son compagnon, la réalisatrice explore la fragilité des liens familiaux dans une fresque qui relève à la fois de l’intime et du politique. Paris, 1989 : Rose a quitté la Côte d’Ivoire avec ses fils Jean et Ernest pour construire une meilleure vie dans la capitale française.
On empêche Freddie (Park Ji-min), étudiante française de 22 ans, de se servir de l’alcool.En Corée, cet acte est considéré comme une insulte car prouvant que proches et amis ne prennent pas soin de vous. Freddie répond alors par un rictus et remplit son verre avec nonchalance. Quelques jours plus tard, elle rencontre sa famille biologique coréenne.