La bataille De Gaulle : J’écris ton nom

© Pathé Films

Deux appendices. Dans la nuit du 5 au 6 juin, du 19 au 25 août 1944, sur les plages normandes et à Paris, le débarquement, la libération (quelques secondes dans la temporalité du film) ; deux perforations dans le temps et dans le régime des images. Aux reconstitutions grandiloquentes qui jonchent le film (la guerre du Désert, la création du CNR, les déclamations de De Gaulle, …), Baudry se retire pour l’archive. Aux visages d’acteurs et d’actrices célèbres se substituent l’anonymat d’une foule, d’un regard pris dans l’Histoire. Au passé recomposé, le présent reprend ses droits. Pourquoi cette soudaine modestie de la part du réalisateur ? Lui qui semblait jusqu’ici tant croire en ses images, s’est-il pris de remords moral face à la puissance de l’archive, à l’impossibilité de remettre en scène l’horreur de la guerre ? Troublantes comme toutes archives, elles n’interrogent que très peu de temps nos yeux alors habitués à la rigidité des cadres de Baudry, à la droiture du corps d’Abkarian. Elles s’évaporent subitement dans le montage, se diluent dans les images et perdent de leur superbe – exemplairement, dans un montage alterné, Anamaria Vartolomei courra comme couraient ces Parisiens, pris dans l’instantané d’une joie qui ne pouvait s’exprimer que dans un balancement des jambes effréné.

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La bataille de Gaulle : L’Âge de fer

Actuellement au cinéma

© Pathé Films

De conférences de presse en sorties de salles, du Point à France Culture, une question agite les spectateurs critiques depuis plusieurs mois : pourquoi tant de films sur la Seconde Guerre Mondiale ? Effet de mode, hasard ou retour en force des années 40 ? Les cinéastes, eux, se défendent de tout parallèle avec le présent. Xavier Giannoli s’y était tout de même essayé avec une douteuse comparaison entre Jacques Doriot (collaborationniste enthousiaste) et Jean-Luc Mélenchon avant de rétropédaler, peut-être moins par conviction que par peur du politique. László Nemes et Gilles Lellouche, en fétichisant Jean Moulin, ont refusé, sans cacher leur agacement, de tracer un lien entre les idéaux du résistant et nos temps présents. Plus récemment, c’est une interview de Niels Schneider qui a fait polémique après que son agent ait voulu censurer une journaliste ayant le malheur d’évoquer la tribune Zapper Bolloré. Se niche ici le cœur de ces trois films (Les Rayons et les ombres, Moulin et La bataille de Gaulle) : une peur complète de la politique, de tout ce qui pourrait faire scission. Logique du marché, face au budget monumental répété dans chaque interview (entre 85 et 100 millions pour De Gaulle ! plus de 30 millions pour Les rayons et les ombres), il faut remplir les salles. Nulle question de faire de la politique alors. Celle-ci divise, soustrait des spectateurs. Mais, peut-être malgré eux, ces films sont bien porteurs d’une idée du monde, d’un regard sur la France qu’ils dépeignent, et l’adoration d’une partie de la presse (Le Point, pour ne citer que ce journal, où, en 2026, on peut encore lire que Lacombe Lucien est un chef-d’œuvre) dénote bien qu’un clivage s’est creusé entre ces films et le reste du paysage.

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