Tender Loving Care

San Sebastián International Film Festival 2026

© Joseph Lynn / Thin man films Ltd

En juillet dernier, le cinéaste britannique Mike Leigh déclarait au média Indiewire qu’en raison de sa myosite – une maladie auto-immune provoquant la destruction progressive des muscles –, Tender Loving Care serait très certainement son ultime film. Si, par malheur, tel devait être le cas, difficile d’imaginer plus belle lettre d’adieu.

Après l’éprouvant Deux sœurs (2024), secoué par la colère inarrêtable d’une femme nourrissant un immense et inconsolable chagrin, Leigh semble à première vue signer un film miroir et mineur. Miroir, parce que Tender Loving Care se présente lui aussi comme un récit d’intérieur, contenu dans la chaleur ou la douleur du foyer, resserré sur une cellule familiale ou presque. Mineur, parce que ce nouveau long-métrage apparaît plus nu encore que son prédécesseur – il n’est pas question ici de résoudre une intrigue ni de percer le mystère d’un personnage, mais simplement d’observer l’apparente banalité d’un quotidien. En réalité, si, au crépuscule de sa vie, le réalisateur débarrasse ainsi son œuvre du superflu, c’est pour laisser s’exprimer pleinement une profonde humanité.

Après avoir été quittée par son compagnon, Amy retourne vivre chez sa meilleure amie Rosie. Toutes deux travailleuses sociales – la première avec les mineurs, la seconde avec les adultes – elles peuvent compter sur leur indéfectible amitié pour surmonter la difficulté d’un métier qui les expose en permanence à la violence du monde. En parallèle, Amy rend régulièrement visite à ses parents vieillissants, parfois accompagnée de sa colocataire qui, par la force de l’habitude, a trouvé une place dans cette famille. Ce que film Mike Leigh, ça n’est rien d’autre que ça : les instants partagés, autour d’une tasse de thé ou d’un verre de vin blanc, qui solidifient les liens entre les êtres.

Un programme que d’aucun pourrait taxer de nunuche, n’eut été le contrepoint terrible sur lequel le film, par pudeur ou par peur d’abîmer ses personnages comme ses spectateur·ices, se contente d’entrouvrir des fenêtres. À l’image de Rosie, tentant vaillamment de venir en aide à une femme recluse dans sa maison qui, dans l’entrebaillement de sa porte, lui hurle sa fatigue d’avoir à ramasser la merde des autres. Toutes les personnes visitées par les deux assistantes sociales partagent le point commun d’avoir été abandonnées à un moment donné, par une mère, par une famille ou par l’État, et leur douleur ravive l’importance de la connexion à l’autre.

Liées par ce travail de care qui coûte – en témoignent les verres de vin engloutis chaque soir, l’air de rien, pour tenir –, Amy et Rosie peuvent d’autant plus compter l’une sur l’autre que toutes deux subissent la médiocrité des hommes. De la difficulté de construire une relation à la dating fatigue, le constat sur l’état des relations hétérosexuelles est sans appel. Transpirant par tous les pores de leur peau, le poids du réel s’exprime avant tout sur le mode de la confidence : privilégiant des gros plans en champs/contrechamps, le cinéaste britannique inscrit le discours et l’écoute au centre de sa mise en scène. Un cadeau pour ses actrices – Kate O’Flynn, Alice Bailey Johnson et Marion Bailey –, déjà toutes les trois à l’affiche de Mr Turner (2014), dont la complicité et le plaisir d’être ensemble transparaissent avec un naturel confondant. 

Si, dans son dernier acte, un élément vient plonger le groupe dans la tourmente, il ne provoque aucun fracas. Tout juste la mise en scène s’en fait l’écho, lors d’une scène magnifique où, glissant pour la première fois sur les rails d’un travelling, la caméra recule avec douceur, pour laisser la famille vivre ce moment d’émotion accrue dans l’intimité d’une chambre. Mike Leigh referme la porte sur cette tranche de vie, astucieusement encapsulée entre deux plans rimant l’un avec l’autre, en ouverture et en fermeture du film, qui exposent dans sa nudité la détresse muette qui éprend celles et ceux pour qui le lien du soin a été rompu. Un contraste sobre mais limpide, vecteur d’une émotion souterraine puissante, qui souligne la valeur inestimable de la connexion à l’autre.

Tender Loving Care / de Mike Leigh / Kate O’Flynn, Alice Bailey Johnson, Marion Bailey, Paul Jesson / Angleterre / 1h47 / San Sebastián International Film Festival 2026 – Sélection officielle.

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