Par leur diversité, les douze courts métrages sélectionnés à l’occasion de l’édition 2023 du Champs-Elysées Film Festival témoignent de la vivacité et de l’inventivité du cinéma indépendant américain. En voici un aperçu, au travers des six films qui composaient le second programme :
Président du jury longs-métrages au Champs-Elysées Film Festival cette année, Bertrand Bonello a répondu à nos questions sur son rôle de juré, le cinéma indépendant, le contexte de production des films et l’évolution du festival.
Après le tendre Petit Samedi, premier long métrage documentaire, Paloma Sermon-Daï se lance dans la fiction, avec Il pleut dans la maison. À la croisée des chemins entre film de vacances, drame social et récit d’apprentissage, le film brosse le portrait d’un frère et d’une sœur, Makenzy et Purdey, qui, face à une mère instable, sont contraints de quitter précocement l’adolescence. La précarité économique et sociale des personnages s’inscrit dans le titre : aussi poétique soit-il, il est avant tout programmatique. Il ne s’agit pas d’une jolie tournure, mais d’un constat que fait Purdey à ses dépens ; le vasistas de sa chambre n’est plus étanche.
Dans le service de psychiatrie de l’hôpital Beaujon, il n’y a plus qu’un seul psychiatre. Le bateau coule, mais le Dr Jamal Abdel Kader ne quitte pas le navire. Malgré des conditions de travail qui se dégradent de jour en jour, il remplit sa mission avec une déontologie héroïque au vu du contexte critique. Il lutte contre la cadence impossible qu’on lui impose, s’efforçant de prendre le temps d’écouter pour mieux soigner.
Qu’est-ce qui pousse les êtres à partir au fin fond du monde ? Que vont-ils chercher ? N’est-ce pas un voyage psychologique, une plongée au cœur de l’intime, de soi, des questions existentielles qui forgent un individu, plutôt qu’une aventure purement physique, au sens d’une translation dans l’espace ?
Après Sur le chemin de la rédemption et The Card Counter, Paul Schrader signe avec Master Gardener le dernier volet de sa trilogie dite bressonnienne. Au risque de lasser les spectateurs, le cinéaste reprend les thèmes qui l’obsèdent – la violence, le pardon, la vengeance – autour d’une métaphore cette fois-ci végétale. Narvel Roth (Joel Edgerton), jardinier taiseux et méticuleux, s’occupe avec soin de Gracewood Gardens, le parc de la vénéneuse Mrs Haverhill (Sigourney Weaver). Lorsque celle-ci lui demande d’engager sa petite-nièce Maya (Quintessa Swindell) comme apprentie, il accepte bon gré mal gré. Mais côtoyer cette dernière fait ressurgir chez lui un passé sombre dont son corps porte encore les stigmates.
Être en couple, c’est tenter au présent de mêler deux passés pour bâtir un futur. Entreprise périlleuse, défi aux contingences du réel, vérité amère et puissante que Love Life dévoile délicatement au prisme du mélodrame. Un genre auquel Kôji Fukada donne un nouvel éclat, soudainement capable via ses artifices dramatiques de faire jaillir la complexité des êtres, d’en déployer les replis sans jamais trahir leurs mystères.
Dans un Nicaragua post-Covid et sous tension à l’approche de nouvelles élections, Trish, une journaliste américaine à qui l’on a confisqué le passeport et la carte de presse, erre, boit et se prostitue en attendant de pouvoir quitter le pays. Lorsqu’elle rencontre un riche et bel anglais au bar de l’hôtel InterContinental, elle croit tenir la personne qui la sortira de ses ennuis. Mais fréquenter le jeune homme finit par la mettre en danger…
Le « petit Samedi » du titre, c’est Damien Samedi, 43 ans, toxicomane. Il n’est plus vraiment petit, mais le surnom qu’on lui donnait à Sclayn, le village wallon dans lequel vit sa mère Ysma, est resté. Il faut dire qu’il n’a jamais quitté le nid : il revient régulièrement au bercail, auprès d’Ysma qui l’aide à combattre ses addictions et à reprendre sa vie en main.
Dans Fleur Pâle, Masahiro Shinoda met en scène le retour de Muraki après trois ans d’emprisonnement pour homicide. Le meurtre de quelqu’un d’autre devient ici l’ultime don de soi aux yakuzas. La vie de Muraki appartient au clan, elle appartient à Tokyo. Seul, il erre dans cette ville dont les lumières bleutés subliment son spleen.