Il est artiste, elle est serveuse. Il est en pleine lumière, elle est dans l’ombre. C’est un jeu de chat et de souris, une folle – voire complètement dérangée et déjantée – course poursuite vers la reconnaissance, teintée de cynisme.
On le croyait perdu notre poète des paysages, sauvages ou urbains, errant comme ses personnages, égrenant ça et là quelques documentaires oubliables et fictions peu inspirées, pour ne pas dire ratées. On le retrouve au Japon, notre cinéaste itinérant, admirateur d’Ozu dont il avait suivi les traces en 1985, dans son documentaire Tokyo Ga. Avec un art similaire de l’épure, du cadrage et de la durée, Wenders arpente de nouveau la capitale sous un visage inattendu : celui de ses toilettes publiques.
Deux hommes cheminent sous le soleil implacable du désert. Habillés de costards, l’un tout en noir, l’autre tout en blanc, ils discutent avec nonchalance d’un jeune homme mort après une chute de huit étages (sans compter une balle dans l’estomac et une overdose), s’arrêtant à peine le temps d’échanger des sacs d’argent contre de la drogue. Il suffit d’une scène à Elias Belkeddar pour planter ses personnages et son décor, dans un style teinté d’une ironie noire où la violence et la mort sont des occurrences quotidiennes sans réelle gravité.
Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, près de vingt millions d’Ukrainiens ont été contraints de tout quitter pour se réfugier en zone sûre, en Pologne ou dans les régions sécurisées de l’Ouest. Maciek Amela, producteur et réalisateur polonais, a sillonné le pays pour rapatrier à la frontière de son pays les Ukrainiens qui le sollicitaient, parcourant plus de 100 000 km. Son minivan de sept places est devenu un lieu de confidences, un lieu sûr, transitoire, témoin d’un exil forcé. Accompagné d’une caméra, le réalisateur a enregistré les conversations échangées avec ses passagers. Dans l’habitacle, on parle de la guerre, de ses drames, de l’exode, mais aussi des perspectives pour l’avenir : s’installer provisoirement en Pologne, revenir en Ukraine quand tout sera fini, ouvrir un café ou se baigner dans la mer.
La question de comment filmer l’horreur de l’Holocauste a souvent divisé le monde du cinéma. En prenant une approche radicalement opposée, Jonathan Glazer décide d’en révéler l’atrocité sans jamais la montrer, sans même que ses personnages se donnent la peine de la penser. Avec un formalisme à la beauté austère, il retrace la vie mondaine que mènent Rudolf et Hedwig Höss, le commandant du camp d’Auschwitz et sa femme.
C’est dans une petite ville bourgeoise, sur la côte Argentine, au milieu des souvenirs et des photos d’enfance, que la caméra capte les premiers moments de ce qui se révèlera être une ode à l’amitié et à l’amour.
Dans The Sweet East, Sean Price Williams nous promène dans une Amérique découpée en différentes idéologies : de punks à islamistes, en passant par néo-nazis et avant-gardistes. Lillian, jeune adolescente désœuvrée, est notre guide à travers ces groupuscules qu’elle intègre, toujours avec un détachement adolescent aussi touchant que frustrant.
Il est des images qui interpellent par leur charge fantastique, étrange, magique. Ainsi en est-il de la vision prenant place sur une large route goudronnée de Dakota du Sud, dans une réserve amérindienne où Bill, vingt-trois ans, la tête encore enfumée par la nuit agitée qu’il vient de vivre, se retrouve devant un bison, imposant, magistral, énigmatique. Des coups de feu retentissent, – léger sursaut du spectateur – coupent court à l’onirisme de la scène, pour la plonger immédiatement dans la réalité, celle de la violence sourde, ténébreuse et fugace : des bambins munis de pistolets traversent le champ. C’est la première rencontre, fugitive, furtive, entre Bill et Matho, douze ans, tous deux enfants du monde, livrés à la dure âpreté de la vie.
Alexandre Sokourov revient après plus de sept ans d’absence avec Fairytale. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que du haut de ses 71 ans, le cinéaste n’a jamais été aussi moderne.
Un matin, lorsque parut l’aurore aux doigts moroses en pays d’Amérique, parfois autrement appelé pays des déglingués, un jeune cinéaste songea : « et si je racontais l’Odyssée, telle qu’un Freud sous kéta, meth et subutex l’aurait imaginée, avec un Ulysse dépressif dopé aux cachetons, que son errance trop longue aurait frustré sexuellement au point d’enfler colossalement ses testicules, et dont le retour au foyer serait une corvée subconsciente, sa mère ayant remplacé Pénélope, une mère araignée, sadique et dévoreuse ? ». Alors, elle est pas belle l’idée ?