Le Roman de Mildred Pierce

Rétrospective Michael Curtiz

Un soir d’hiver, Mildred Beragon attire chez elle l’entreprenant Wally Faye. Celui-ci y tombe sur le cadavre de Bert Beragon, le mari de Mildred. Mais quand un peu plus tard cette dernière est convoquée au commissariat, elle y apprend que ni Wally, qu’elle semble avoir voulu faire accuser, ni elle, dont le comportement est après tout bien mystérieux, ne sont inculpés : c’est son ancien mari, Bert Pierce, qui s’accuse du crime. Mildred s’insurge, et décide de passer aux aveux – des aveux qui la ramènent loin en arrière.

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Trafic en haute mer

Rétrospective Michael Curtiz

Harry Morgan (John Garfield), propriétaire d’un bateau de pêche, a des problèmes d’argent, et les moyens légaux lui permettent difficilement de faire vivre sa femme et ses deux filles. Quand, après une expédition de pêche, un client se fait la malle sans le payer, Harry en est réduit à accepter une offre illégale, et de transporter un chargement inhabituel.

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Les Anges aux figures sales

Rétrospective Michael Curtiz

Rocky (James Cagney), un gangster réputé dans le milieu, sort de prison. Il retrouve un ancien associé, le trouble et réticent Jim Frazier (Humphrey Bogart), pour lui réclamer sa part dans le coup qui l’a fait plonger. En attendant que celui-ci rassemble la somme, Rocky retourne dans le quartier de son enfance, où il retrouve son vieil ami Jerry ; de son côté, celui-ci est devenu prêtre, et s’occupe des jeunes du quartier. En parallèle de la lutte entre malfrats, s’engage une lutte d’influence entre Rocky et Jerry auprès de la bande de gamins.

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True Detective

Disponible sur OCS

Un meurtre rituel en Louisiane, un règlement de comptes politique en Californie, un enlèvement d’enfants dans les monts Ozark. Trois enquêtes, trois régions des États-Unis, trois équipes d’enquêteurs ; les différentes saisons de True Detective n’ont aucun lien narratif direct entre elles. La première a été acclamée comme un chef-d’œuvre ; la seconde, décriée malgré une qualité honorable mais sans doute trop en-dessous de sa prédécesseure ; la troisième, accueillie avec soulagement grâce à sa capacité à renouer avec la première tout en trouvant un souffle propre. Pourtant, True Detective est une anthologie formant un tout cohérent, dans lequel chaque saison dialogue avec les autres, et qui mérite donc d’être visionnée dans son ordre de parution. Mais puisque la mode est au classement qualitatif, et qu’il convient toujours mieux de garder le meilleur pour la fin, il peut être plus à propos d’aborder les saisons dans leur ordre inverse d’intérêt.

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Kafka

Rétrospective Jeremy Irons

©D.R.

En 1991, Steven Soderbergh se lance dans la réalisation d’un second long-métrage. Le premier, Sexe, mensonges et vidéo, vient de faire de lui le second plus jeune réalisateur jamais récompensé par la Palme d’or au festival de Cannes de 1989. Son Kafka sera malheureusement le premier d’une série de plusieurs échecs au box-office, et inaugure donc une période difficile pour un auteur pourtant prometteur.

Kafka est un film méconnu d’un réalisateur aujourd’hui célèbre, dont la réputation est celle d’un artiste éclectique aimant alterner entre des projets tout public à gros budget (Ocean’s Eleven) et d’autres plus personnels. Kafka fait indéniablement partie de la seconde catégorie. Un scénario surprenant adapté d’un des plus grands auteurs du XXème siècle, tourné en noir et blanc (avec quelques touches de couleur), mêlant intrigue policière, propos philosophique, enjeu politique et style quasi-horrifique…

Le résultat est une œuvre passionnante, dont l’idée est déjà en soi particulièrement originale et pertinente : mettre en scène l’écrivain dans son propre univers, et préférer à la biographie réelle une aventure fantasmée. Kafka a donc pour héros l’auteur lui-même, confronté à une aventure mêlant des éléments de ses œuvres réelles, Le procès et Le château notamment. Choix d’autant plus judicieux que les œuvres de l’écrivain ne sont pas autre chose que l’expression de ses propres angoisses – le héros du Procès ne s’appelle pas « K » pour rien.

Kafka, donc, petit comptable d’une entreprise à l’activité obscure, écrit sur son temps libre d’étranges histoires que peu de monde semble apprécier. Quand on lui demande de quoi parle son prochain livre, il répond distraitement : d’un homme qui se transforme en insecte – rires de l’assemblée. Un jour, l’un de ses collègue disparaît ; il décide d’essayer de le retrouver, et se trouve mêlé à une intrigue mystérieuse opposant un groupe révolutionnaire à un pouvoir tyrannique.

Dans cet univers sombre, un Jeremy Irons tout en élégance et phrasé détaché incarne avec un calme las et stoïque le seul homme véritablement normal de cette société. Sa marginalité est justement ce qui le distingue de cet univers bureaucratique et cauchemardesque, où presque personne ne semble vraiment le comprendre, et où ceux qui l’entourent se différencient essentiellement les uns des autres par le degré de bizarrerie et d’inquiétude qu’ils suscitent. Un monde fixe, froid et obscur, dans lequel le visage de l’acteur, un des seuls à être presque toujours entièrement éclairé, est sculpté par un noir et blanc plus sombre que lumineux dans lequel les visages émergent à peine de l’ombre. Jeremy Irons est, littéralement, la seule lueur qui guide le spectateur, le seul personnage auquel on parvient à s’identifier. Une certaine pureté demeure en celui qui à sa manière résiste au système qui cherche à le soumettre, et qui revendique : « Je n’écris que pour moi », « Je ne pense qu’à moi » – et qui pourtant nous demeure profondément sympathique. Sans la sincérité et la détermination que l’interprète insuffle à son personnage, la perception du film aurait été bien différente. Soderbergh a d’ailleurs déclaré en interview qu’il n’aurait pas fait le film si Irons n’avait pas accepté le projet.

Si l’on sent de nombreuses influences, comme le Procès d’Orson Welles, ou les films noirs de façon générale, le film se place avant tout sous le signe de l’expressionnisme allemand, mouvement né dans les années 1920 caractérisé par son symbolisme et sa vision déformée et fantasmée du réel. On retrouve dans Kafka des contrastes forts ; des décors gothiques tout en voûtes, ruelles, et bâtisses surplombantes ; ou encore des cadres obliques, des plongées ou contre-plongées déformantes. Les trois plus grands réalisateurs du mouvement sont même plus ou moins directement cités : sur un mur, des affiches évoquent la police des intertitres du Cabinet du Docteur Caligari de Robert Wiene. Un peu plus loin, l’image d’un homme les bras en croix rappelle le Metropolis de Fritz Lang. Un des personnages s’appelle même Murnau. Autant de références qui ont en commun le thème de l’aliénation de l’homme, que ce soit par l’hypnose (le tueur de Kafka n’est pas sans évoquer celui de Caligari) ou le travail. Dans le même temps, Soderbergh n’hésite pas à jouer avec des codes plus récents, des interprétations plus modernes des mêmes idées : Kafka lorgne parfois du côté du body horror à la Cronenberg, jouant à déformer les corps, à révéler leur monstruosité.

Pourtant, Kafka n’est pas qu’un exercice de style intellectuel et ultra référentiel par un auteur de niche. Son scénario suit une structure on ne peut plus classique, son ambiance mystérieuse relève du pur thriller, les péripéties guident le héros vers un climax épique, en une course poursuite ascendante dans la plus haute tour du château surplombant la ville…

C’est là la force d’un film parvenant à synthétiser de façon si harmonieuse et si juste des influences, des thèmes et des styles si divers. Injustement méconnu, méprisé par la critique lors de sa sortie, et quasiment introuvable aujourd’hui, Kafka mérite d’être redécouvert.

Kafka / De Steven Soderbergh / Avec Jeremy Irons, Theresa Russel, Joel Grey, Ian Holm, Alec Guinness / États-Unis, France / 1h38 / 1991.

Travail au noir

Rétrospective Jeremy Irons

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Nowak et trois autres ouvriers polonais sont envoyés en Angleterre pour rénover au noir la maison de leur patron. Seul à parler anglais parmi eux, Nowak est en charge du petit groupe, mais cette responsabilité lui pèse. Lorsqu’il apprend que l’armée a pris le pouvoir en Pologne, il décide de ne pas prévenir ses camarades.

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Watchmen

Disponible sur OCS

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Regine King incarne Angela Abar ©HBO

Tulsa, Oklahoma, 2019. Robert Redford est président des États-Unis, dont le Vietnam est devenu le 51e ; les armes ont été réquisitionnées, le Ku-Klux-Klan renaît sous la forme d’une secte inspirée par le justicier fasciste Rorschach ; et les forces de polices opèrent le visage masqué pour protéger leur identité. Angela Bar, ex-flic devenue héroïne masquée après avoir échappé à un attentat, décide d’enquêter sur le mystérieux groupe suprémaciste.

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Adoration

Au cinéma le 22 janvier 2020

Le jeune Paul vit avec sa mère, dans une maison proche de la clinique psychiatrique où celle-ci travaille. Un jour, il surprend Gloria, une patiente de son âge, en train de tenter de s’enfuir. Fasciné par la jeune fille et bien qu’il lui soit interdit de la fréquenter, il décide pour la revoir de braver les interdits.

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Le lac aux oies sauvages

Au cinéma le 25 décembre 2019

©Memento Films Distribution

Dans les bas-fonds d’une ville chinoise, la rivalité entre deux factions de la pègre locale dégénère en règlement de comptes. Zhou Zenong, à la tête de l’une de celles-ci, se trouve entraîné dans une spirale de violence ; pourchassé par ses rivaux et par les forces de l’ordre, il entraîne avec lui Liu Alai, une jeune prostituée. Pourtant, dans leur malheur, l’un et l’autre voient la possibilité d’une rédemption. Comme dans son film précédent, Black Coal, Diao Yinan revisite avec Le lac aux oies sauvages le genre du polar. Mais si dans le premier l’originalité du traitement n’empêchait pas le spectateur d’être tenu en haleine par l’enquête, la nouvelle tentative du réalisateur, en poussant encore plus loin le détachement avec lequel il aborde son sujet, prend le risque de perdre une partie de son audience.

Le lac aux oies sauvages est un film travaillé, minutieusement : on ne peut qu’admirer les jeux sur les ombres et les lumières, les nombreuses idées de mise en scène, ou encore les mouvements de caméra particulièrement étudiés. Mais dans cet effort de créativité, dans la construction de ce ton savamment distancié, de cette esthétique nocturne et hypnotique, les personnages se perdent. Les deux protagonistes souffrent d’un même étrange syndrome scénaristique : comment ressentir de l’empathie pour un personnage qui n’est qu’un pantin bringuebalé par les événements, dont le passé est à peine évoqué, et qui évolue à l’image comme une ombre désincarnée et inexpressive ? Certes, c’est tout le propos du film de parler de la façon dont ces êtres sont en souffrance, privés de libre-arbitre : mais ils s’en trouvent au passage vidés de leur substance, et il est difficile d’adhérer à un récit de presque deux heures sur la seule base de sa richesse visuelle. Et ce, d’autant plus que ce récit pourtant simple est souvent rendu confus par des interventions de personnages secondaires dispensables ou des pauses contemplatives déroutantes, qui viennent en faire perdre le fil.

Il serait cela dit injuste de réduire Le lac aux oies sauvages à un film esthétisant. Si son histoire nous abandonne un peu sur le bord du chemin, la trajectoire qu’emprunte les personnages demeure fascinante. De lieux de prostitution inattendus en ateliers de confection, d’assemblées nocturnes de la pègre en restaurants crasseux, Zhou et Liu traversent une Chine urbaine noctambule et souterraine, teintant le film d’une connotation politique. Quartiers partiellement abandonnés et zones de non-droit deviennent le lieu de la réaction surdimensionnée de l’État, qui déverse dans un espace qu’il semble pourtant délaisser des flots de policiers et de soldats pour attraper un homme qui s’est par accident attaqué à un représentant de l’ordre. Au final, Zhou est la victime d’un système où les êtres sont condamnés à la violence. Les petits voyous comme les jeunes flics, aussi inexpérimentés les uns que les autres, apprennent tous à se servir de leurs armes et à jouir de leur pouvoir de destruction. Et dans ce cercle vicieux infernal, ce sont les personnages de femmes qui souffrent le plus. Objectifiées par les hommes, déplacées comme des pions sur un échiquier, elles sont malgré elles au cœur des conflits sans avoir jamais la possibilité de s’affranchir d’une influence masculine, qu’elle soit d’un mari, d’un malfrat, ou de la police. Ce dénouement qui leur rend enfin une forme de liberté aurait été si émouvant si l’on avait mieux pu s’attacher à elles…

Le Lac aux oies sauvages / De Diao Yinan / Avec Hu Ge, Gwei Lun Mei, Liao Fan / Chine / 1h50 / Sortie le 25 décembre 2019.