Interview avec Roberto Minervini

© Arnaud Combe

Vous êtes principalement reconnu pour votre travail documentaire sur des communautés marginalisées des États-Unis. Qu’est-ce qui vous a incité à opérer ce saut temporel et à vous orienter vers une reconstitution de la guerre de Sécession ? 

Les Damnés a germé peu après l’assaut du Capitole du 6 janvier 2021, un événement qui révélait l’image troublante d’une démocratie vacillante sous l’impulsion d’une frange masculiniste de la population. Mon intention était de remonter le cours de l’Histoire et d’établir une analogie entre la situation actuelle et cette guerre où les hommes luttaient physiquement pour l’avenir de l’Amérique. Si cette période est souvent perçue comme un moment d’unité, elle marque en réalité le point de départ de nos divisions. 

La cohésion n’est jamais réellement au cœur du film. Les Damnés repose sur l’idée que la guerre est avant tout une expérience de l’attente foncièrement individuelle. 

J’ai souhaité m’éloigner d’une vision de la guerre comme une entité massive et impersonnelle, une force qui dépasserait l’individu. Ce qui a motivé ma démarche, c’est la volonté de saisir une essence plus intime de ce phénomène et de mettre en lumière certains aspects personnels du parcours des combattants. Je voulais que le film rende compte de l’expérience de ceux qui se sont retrouvés dans un entre-deux, pris dans les limbes d’un conflit, en transition entre un système de valeurs conservateur et une société en mutation—des hommes qui, parfois, ignoraient même pourquoi ils se battaient. À cette époque, l’armée américaine comptait de nombreux soldats sans véritable compréhension de la cause qu’ils étaient censés défendre. 

Cet isolation transparaît également à travers le choix d’un cadrage serré et d’une focale spécifique, permettant de générer une profondeur de champ réduite et de recentrer l’attention sur les personnages. 

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Maria

Actuellement au cinéma

©ARP-FilmNation

Pour un acteur ou une actrice, jouer dans un biopic est devenu un passage obligé dans le processus de starification. C’est l’occasion de construire son propre mythe tout en renforçant celui d’une autre figure d’envergure, dont le patronyme ou le nom de baptême sert bien souvent de titre au film. Pablo Larraín a offert cette occasion à Natalie Portman dans Jackie (2016) puis à Kristen Stewart dans Spencer (2022). C’est maintenant au tour d’Angelina Jolie de prêter son image à une icône du XXe siècle, la cantatrice Maria Callas, dans (le bien nommé) Maria.

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The Brutalist

Actuellement au cinéma

© Universal Pictures

Une Statue de la Liberté renversée. La tête en bas. C’est ainsi que nous accueille la terre promise d’Amérique dans The Brutalist, à l’issue d’un plan séquence turbulent et fuligineux qui suit le rescapé hongrois László Toth s’extirpant tant bien que mal des tréfonds d’un navire peuplé d’ombres : celles d’une Europe en ruines qui restera dans l’obscurité – jusqu’à une échappée transalpine dans la seconde partie. Si l’on exulte arrivés à destination, le paysage visuel et sonore détonne. Les percussions dissonantes du compositeur Daniel Blumberg, débouchant sur des cuivres tonitruants, annoncent une promesse vaine. L’horizon, qu’on attendrait de voir s’ouvrir, de voir enfin respirer, étouffe, bouché par un ciel embrumé dont ressort seule la statue flottante, comme abstraite, augurant après la nuit une condition fantomatique.

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Les Damnés

Actuellement au cinéma

© Les Films Losange

Il aura fallu attendre un film de guerre pour voir Roberto Minervini changer son fusil d’épaule. Pour la première fois, le cinéaste italien s’éloigne d’une facture proprement documentaire pour nous plonger dans une fiction, au cœur du grand Ouest américain durant la guerre de Sécession. 

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Presence

Actuellement au cinéma

© Dulac Distribution

Si son titre fait état d’une singularité, Presence est pourtant l’objet de paradoxes pluriels. Quoi de mieux qu’une telle œuvre pour un cinéaste comme Steven Soderbergh, qui multiplie les projets insolites depuis sa fausse “retraite” en 2013 ?

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Julie se tait

Actuellement au cinéma

© Nicolas Karakatsanis

Julie s’est faite agresser, mais elle se tait. Même lorsque son entraîneur est suspendu, qu’elle est assurée de ne plus le revoir, elle préfère garder son histoire pour elle. Alors elle s’enferme, avant de peu à peu s’ouvrir aux autres. Julie se tait est le récit de cette lente progression vers la lumière, d’un combat intérieur qui nous sera accessible par bribes.

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Un parfait inconnu

Actuellement au cinéma

© Disney

Un parfait inconnu est certainement à la hauteur de son titre. À l’instar de Todd Haynes, qui signait I’m Not There il y a dix-sept ans, James Mangold n’ambitionne pas de percer le mystère qu’est Bob Dylan. Le cinéaste, déjà aguerri dans l’art du biopic, choisit avec Un parfait inconnu d’explorer la transformation de Robert Zimmerman en Bob Dylan en s’inscrivant dans les rouages classiques du genre qui visent à venir cueillir le succès d’une légende naissante.

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Je suis toujours là

Actuellement au cinéma

© StudioCanal

« Sodade, sodade… » Dans Je suis toujours là, le nouveau film du brésilien Walter Salles, la voix de la chanteuse Cesaria Evora déplore le tiraillement causé par l’absence et la séparation. La chanson résonne avec la douleur qu’éprouve Eunice Paiva (Fernanda Torres, bouleversante) suite à l’arrestation et à la disparition inexpliquée de son mari, Rubens Paiva. Le sentiment intraduisible de la « sodade », tout à la fois mélancolie, nostalgie et espoir de retrouver ce qui a été perdu, innerve le film jusqu’à son titre qui exprime une résistance face à la disparition.

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Sept promenades avec Mark Brown

Actuellement au cinéma

© JHR FILMS

“Les gens ne vont pas croire les images de ce film”. La remarque que lance le paléobotaniste Mark Brown a de quoi sonner hyperbolique et, pourtant, au fil de ses pérégrinations, le constat est sans appel : Sept promenades avec Mark Brown est effectivement d’une beauté incandescente. La splendeur d’un tel objet ne saurait être résumée par quelque “cinematography” ou autre notion creuse, cherchant à englober les nuances de l’image sous une seule tutelle. Au contraire, si le documentaire de Pierre Creton et Vincent Barré émerveille autant, c’est qu’il découle précisément de regards pluriels et irréguliers.

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Babygirl

Actuellement au cinéma

© SND

En 1999, Eyes Wide Shut (Stanley Kubrick) s’ouvrait sur la préparation d’un couple bourgeois new-yorkais interprété par Nicole Kidman et Tom Cruise, en retard pour une réception. Dans la salle de bain, Alice Hartford, robe de gala et mise en pli impeccable, s’enquérait de son apparence auprès de son mari Bill, qui lui répondait d’un laconique « parfaite ». Lui reprochant de ne même pas l’avoir regardée avant de répliquer, la jeune femme se voyait finalement objecter un définitif : « tu as toujours l’air belle ».

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