Rencontre avec Arnaud Desplechin

Jusqu’alors adepte de l’autobiographie romanesque, Arnaud Desplechin se lance avec Spectateurs ! dans un genre inédit, mêlant documentaire et fiction, pour offrir un discours introspectif sur sa propre pratique de spectateur et de cinéaste. Nous avons eu l’opportunité de le rencontrer lors d’un café, un moment privilégié pour interroger plus en profondeur sa cinéphilie érudite.

Quelle est votre pratique de spectateur aujourd’hui ? 

C’est une activité précieuse. Ma pratique de spectateur en salles est plus irrégulière que lorsque j’étais plus jeune. Elle passe désormais davantage à travers les écrans de télévision. J’aime regarder les films chez moi sur des chaines de télévision et l’idée que le déroulement du film soit indépendant de ma volonté comme au cinéma.

Comment votre activité de réalisateur influence t-elle cette pratique ?  

Mon rapport au cinéma reste compulsif, mais ma façon d’aborder les films a évolué. Je m’efforce désormais de me laisser influencer plus consciemment par les films que je regarde, en cherchant à comprendre la mécanique de leur fabrication. Je m’interroge, par exemple, sur la construction d’un plan ou sur les choix qui sous-tendent une mise en scène. 

Comment votre cinéphilie s’est-elle forgée ? 

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La Chambre d’à côté

Actuellement au cinéma

© Pathé films

L’année 95 avait son duo de stars de la décennie, Pacino et de Niro, enfin réunis dans Heat (Michael Mann, 1995). 2025 a le sien, d’une teinte un brin différente. Un côte-à-côte au lieu d’un face-à-face, de deux des plus grandes actrices du siècle : Julianne Moore et Tilda Swinton. Duo magnifié dans un récit d’une mort annoncée, funèbre mais sans lugubre, tragique mais (quasi) dénué de larmes, enneigé, in fine, mais de flocons rosés. Fidèle à ses accents sirkiens, la mort chez Almodovar se pare des atours les plus chaleureux, informés par l’éthique qui sous-tend le film. Une éthique au fondement d’une esthétique, l’une étant réciproquement l’affaire de l’autre. Sauf dans les mauvais films.

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Les Feux sauvages

Actuellement au cinéma

© Ad Vitam

Voyage à travers l’Histoire chinoise et les formes cinématographiques, Les Éternels, dernier opus de Jiǎ Zhāng-Kē, apparaissait comme un chant du cygne pour le cinéaste. L’ultime plan – une caméra de surveillance (dans le film) capturée par la caméra numérique (hors-film) –, réflexion du numérique sur lui-même, amenait à une interrogation légitime quant à l’avenir de son auteur : que reste-t-il à filmer lorsque l’image a parcouru l’Histoire et finit par se contempler elle-même ? De prime abord, en retournant vingt ans en arrière, Les Feux sauvages évite la question pour réitérer un même programme rétrospectif. Pourtant, le voyage opéré diffère cette fois-ci par l’origine des images déployées, à la fois documentaires, d’archives ou de scènes (coupées ou non) des précédents longs-métrages de l’auteur, mais aussi nouvellement tournées durant le COVID.

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Bird

Actuellement au cinéma

© Ad Vitam

Pour sa quatrième fois en compétition au Festival de Cannes, Andrea Arnold revient avec un film qui, de prime abord, semble dûment poursuivre l’esthétique et les thématiques qui la caractérisent. Comme à son habitude, la réalisatrice déploie un cinéma instinctif en filmant au plus près de son sujet, ici Bailey, avec une caméra à l’épaule visant, en sus de capter les tumultes de l’adolescence et la gravité du monde, à incarcérer son personnage dans un squat maculé de graffitis au nord du Kent où elle vit avec son père et son grand frère. Cette enfant de 12 ans, au seuil de l’adolescence, et déjà chargée de responsabilités injustifiées à cause de parents trop jeunes pour savoir s’en occuper, nourrit une fascination pour les volatiles. Loin d’être de mauvais augures, les oiseaux jouent un rôle salutaire pour le personnage. Comme eux, elle voudrait s’envoler pour échapper à sa condition précaire mais elle est vite rattrapée par la réalité, séquence d’introduction à l’appui. Bailey, qui capture sur son téléphone des oiseaux dans un geste contemplatif, est brusquement interrompue par Bug (“insecte” qui poursuit la riche onomastique animalière du film), qui débarque tous azimut sur sa trottinette électrique et la reconduit dans le squat.  

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Les meilleurs films de 2024

Miséricorde, d’Alain Guiraudie, film de tous les tops © Xavier Lambours – Les Films du Losange

« S’il est une tentation à laquelle aucun cinéphile ne résiste jamais, c’est bien celle de la liste. La liste est le nom de sa maladie ». Qui d’autre mieux que Serge Daney pour justifier cette manie de la liste, du top annuel, qui nous atteint au même degré que nos confrères ? Alors qu’une nouvelle année commence, qu’on espère riche en grands films (quart de siècle oblige), nos rédacteurs se sont attelés au classement de leurs coups de cœur de 2024, du plus au moins chéri. Comme il n’est pas aisé de se distinguer, beaucoup de films cités l’ont été par la plupart des rédactions spécialisées, tels Miséricorde, Le Mal n’existe pas, May December et bien sûr La Zone d’intérêt, dont les innombrables occurrences confirment son statut d’événement. Quelques œuvres moins commentées se sont toutefois frayées un chemin, on en sait gré à nos auteurs, comme Knit’s Island, Universal Theory, The Sweet East ou les amples et impressionnants Jeunesse ou Eurêka. Et au milieu de tout ça, la présence des clivants Mégalopolis et The Substance, signes d’une année que beaucoup ont jugée au mieux bigarrée, mais non moins audacieuse. Aventureuse. De bon augure, qui sait, pour le cinéma, alors qu’on se réjouit quoiqu’il en soit de voir la fréquentation des salles reprendre quelques couleurs.

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Les meilleurs films de vampires

© FOCUS FEATURES LLC. ALL RIGHTS RESERVED

Un peu de sang et de sexe. Ou comment nous réchauffer par temps glacé au sortir de ces fêtes de Noël, aux sapins lumineux ornés avec un goût douteux, aux réunions de familles gloutonnes et interminables. Finis le père noël et ses lutins mignons, place aux vampires et à leurs crocs avides, alors que Nosferatu version Robert Eggers est en salles depuis mercredi.

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Une langue universelle

Actuellement au cinéma

© Rapid Eye Movies

Loufoque : il n’y a sans doute pas de meilleur terme pour qualifier Une langue universelle. Dans son deuxième long métrage, Matthew Rankin réinvente Winnipeg, sa ville natale, pour en faire le théâtre d’une fable autobiographique aussi drôle que déroutante.

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Nosferatu

Actuellement au cinéma

© Universal Pictures France

Sortie officieusement des lignes du Dracula écrit par Bram Stoker, la silhouette de Nosferatu hérite de ses origines bâtardes. Face aux statures “officielles”, stoïques et droites de Bela Lugosi, Christopher Lee ou encore Gary Oldman, les comtes Orlok portés par Max Schreck et Klaus Kinski se voient dotés d’un physique plus ingrat, rachitique et faiblard. Le choix de Bill Skarsgård comme nouvelle figure vampirique a tôt fait de mettre la puce à l’oreille.

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Au cœur des volcans : Requiem pour Katia et Maurice Krafft

Actuellement au cinéma

© POTEMKINE FILMS

Lors de sa distribution initiale en 2022, Au cœur des volcans : Requiem pour Katia et Maurice Krafft fut discrètement éclipsé par la sortie d’un autre film s’emparant de la même matière première. Dans Fire of Love, la cinéaste américaine Sara Dosa plongeait elle aussi dans les archives du couple de volcanologues français pour en tirer le récit d’une vie passionnelle et passionnée, entièrement dédiée à la traque des éruptions, et qui s’acheva par leur tragique disparition au pied du mont Uzen au Japon en 1991. Généreusement produit, linéaire, chronologique, ce long-métrage diffère en tous points de celui d’Herzog.

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Vingt dieux

Actuellement au cinéma

© Pyramide films

Vingt dieux. Juron qui promet tout un paysage, dans la campagne du Jura, et qui pouvait sentir de loin les relents coutumiers du pittoresque. Un faux pas que la cinéaste Louise Courvoisier, qui a grandi en Franche-Comté, s’épargne au profit d’un réalisme romanesque à la fraîcheur et l’authenticité revigorantes pour notre œil de spectateur, usé depuis quelques années en France par des moissons de drames ruraux plus ou moins pertinents, souvent cantonnés au champ du discours social (voir notamment Au nom de la terre, parmi les exemples éminents).

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