Les élucubrations d’un homme soudain frappé par la grâce

Théâtre Antoine

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Édouard Baer déboule au milieu du public : il joue une pièce dans le théâtre d’à côté mais à cause du regard mal placé d’un spectateur il a été pris de panique. Il s’est alors empressé, nous raconte t-il, de quitter le théâtre et s’est réfugié ici, avec nous. Il s’excuse élégamment de cette interruption et nous demande de lui accorder ce lieu de refuge le temps d’une soirée. Subtilement, il se fraye alors un chemin dans le public et se hisse sur la scène. 

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Le lac aux oies sauvages

Au cinéma le 25 décembre 2019

©Memento Films Distribution

Dans les bas-fonds d’une ville chinoise, la rivalité entre deux factions de la pègre locale dégénère en règlement de comptes. Zhou Zenong, à la tête de l’une de celles-ci, se trouve entraîné dans une spirale de violence ; pourchassé par ses rivaux et par les forces de l’ordre, il entraîne avec lui Liu Alai, une jeune prostituée. Pourtant, dans leur malheur, l’un et l’autre voient la possibilité d’une rédemption. Comme dans son film précédent, Black Coal, Diao Yinan revisite avec Le lac aux oies sauvages le genre du polar. Mais si dans le premier l’originalité du traitement n’empêchait pas le spectateur d’être tenu en haleine par l’enquête, la nouvelle tentative du réalisateur, en poussant encore plus loin le détachement avec lequel il aborde son sujet, prend le risque de perdre une partie de son audience.

Le lac aux oies sauvages est un film travaillé, minutieusement : on ne peut qu’admirer les jeux sur les ombres et les lumières, les nombreuses idées de mise en scène, ou encore les mouvements de caméra particulièrement étudiés. Mais dans cet effort de créativité, dans la construction de ce ton savamment distancié, de cette esthétique nocturne et hypnotique, les personnages se perdent. Les deux protagonistes souffrent d’un même étrange syndrome scénaristique : comment ressentir de l’empathie pour un personnage qui n’est qu’un pantin bringuebalé par les événements, dont le passé est à peine évoqué, et qui évolue à l’image comme une ombre désincarnée et inexpressive ? Certes, c’est tout le propos du film de parler de la façon dont ces êtres sont en souffrance, privés de libre-arbitre : mais ils s’en trouvent au passage vidés de leur substance, et il est difficile d’adhérer à un récit de presque deux heures sur la seule base de sa richesse visuelle. Et ce, d’autant plus que ce récit pourtant simple est souvent rendu confus par des interventions de personnages secondaires dispensables ou des pauses contemplatives déroutantes, qui viennent en faire perdre le fil.

Il serait cela dit injuste de réduire Le lac aux oies sauvages à un film esthétisant. Si son histoire nous abandonne un peu sur le bord du chemin, la trajectoire qu’emprunte les personnages demeure fascinante. De lieux de prostitution inattendus en ateliers de confection, d’assemblées nocturnes de la pègre en restaurants crasseux, Zhou et Liu traversent une Chine urbaine noctambule et souterraine, teintant le film d’une connotation politique. Quartiers partiellement abandonnés et zones de non-droit deviennent le lieu de la réaction surdimensionnée de l’État, qui déverse dans un espace qu’il semble pourtant délaisser des flots de policiers et de soldats pour attraper un homme qui s’est par accident attaqué à un représentant de l’ordre. Au final, Zhou est la victime d’un système où les êtres sont condamnés à la violence. Les petits voyous comme les jeunes flics, aussi inexpérimentés les uns que les autres, apprennent tous à se servir de leurs armes et à jouir de leur pouvoir de destruction. Et dans ce cercle vicieux infernal, ce sont les personnages de femmes qui souffrent le plus. Objectifiées par les hommes, déplacées comme des pions sur un échiquier, elles sont malgré elles au cœur des conflits sans avoir jamais la possibilité de s’affranchir d’une influence masculine, qu’elle soit d’un mari, d’un malfrat, ou de la police. Ce dénouement qui leur rend enfin une forme de liberté aurait été si émouvant si l’on avait mieux pu s’attacher à elles…

Le Lac aux oies sauvages / De Diao Yinan / Avec Hu Ge, Gwei Lun Mei, Liao Fan / Chine / 1h50 / Sortie le 25 décembre 2019.

War horse

La Seine Musicale

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© National Theatre

War horse est un roman britannique écrit par Michael Morpurgo en 1982. Il raconte l’histoire du jeune Albert qui se retrouve en possession d’un poulain qu’il nomme Joey. Rapidement, un lien très fort s’installe entre le jeune homme et l’animal. Lorsque la première guerre mondiale éclate, Joey est vendu à la cavalerie. Albert décide alors de s’engager dans l’armée dans l’espoir de retrouver son compagnon.

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Une semaine… pas plus !

Le Splendid

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Arnaud Pfeiffer (Paul), Benoît Cauden (Martin) et Louise Danel (Sophie) © Sophie Spillemaecker

Paul est trop lâche pour avouer à Sophie qu’il veut la quitter. Il fait alors appel à son meilleur ami Martin, le suppliant de venir s’installer chez eux afin de rendre la cohabition impossible et que Sophie lui lance l’ultimatum tant attendu : c’est lui ou moi. 

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La vie invisible d’Eurídice Gusmão

Au cinéma le 11 décembre 2019

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Carol Duarte, Julia Stockler ©ARP Distribution

Moins connu en Europe que ses compatriotes Walter Salles ou Kleber Mendonça Filho, le brésilien Karim Aïnouz livre pourtant son sixième film de fiction avec La vie invisible d’Eurídice Gusmão, prix Un Certain Regard à Cannes. Son puissant mélodrame féministe narre l’histoire de deux sœurs vouées à ne plus se voir à cause d’une société qui les empêche de réaliser leurs rêves, et se révèle être l’une des belles surprises de cette fin d’année.

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Les Envoûtés

Au cinéma le 11 décembre 2019

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Sara Giraudeau, Nicolas Duvauchelle ©SBS Distribution

Coline (Sara Giraudeau), journaliste discrète, travaille pour un magazine de psychologie. Elle se voit confiée la rédaction du « récit du mois », pour lequel elle doit faire le portrait de Simon (Nicolas Duvauchelle), peintre ermite au Pays Basque qui a vu le fantôme de sa mère au moment où celle-ci mourrait. D’abord peu passionnée par le sujet, Coline accepte de le rencontrer car sa voisine (Anabel Lopez) a vécu la même troublante hallucination.

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Une vie cachée

Au cinéma le 11 décembre 2019

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August Diehl, Valerie Pachner ©UGC Distribution

Des images d’archives, en noir et blanc. Un avion plane au-dessus des nuages. Nous sommes au milieu des années 1930, Hitler survole l’Europe qui n’est pas encore entrée en guerre. Cette vision extraite du film de propagande nazie de Leni Riefensthal Le triomphe de la volonté (1934) ancre le film dans un réel historique duquel les séquences suivantes s’éloigneront : elles nous plongent dans le quotidien d’un petit village perché dans les montagnes autrichiennes, au-dessus des nuages lui aussi, où vivent Franz et Fani Jägerstätter. Ce couple de fermiers, dont Une vie cachée raconte l’histoire vraie, mène une vie simple qui se voit bouleversée par le début de la Seconde Guerre mondiale. Appelé à rejoindre l’armée, convoqué comme tous les hommes de sa génération, Franz refuse pourtant de prêter serment au régime. Mué par l’indéfectible force de sa conscience morale, il entame une résistance passive qui entrainera sa condamnation à mort. Sa trajectoire de martyr a conduit le pape Benoit XVI à le béatifier en 2007, et inspire à Terrence Malick un nouveau chef-d’œuvre.

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Marriage Story

Sur Netflix le 6 décembre 2019

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Scarlett Johansson, Adam Driver ©Netflix France

Au tout début du film, Charlie (Adam Driver), metteur en scène de l’avant-garde new-yorkaise, et Nicole (Scarlett Johansson), comédienne, se présentent mutuellement dans une succession de saynètes commentées en voix off. Des portraits qui tiennent de l’anodin, et nous font immédiatement entrer dans l’intimité de leur couple. C’est de façon assez brutale que leur séparation est actée : on ne les verra pas heureux ensemble avec leur fils de 8 ans, hormis dans cette ouverture qui racontait le bonheur du quotidien. Une ellipse et les voici dans le bureau d’un conseiller conjugal. Lorsqu’ils rentrent chez eux, après une représentation théâtrale, on comprend que quelque chose s’est arrêté. Leur rupture se passe d’explication. Tout se lit sur les visages, les regards, le mouvement des corps au milieu de cet appartement qui n’est plus celui d’une famille unie.

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It must be heaven

Au cinéma le 4 décembre 2019

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Le cinéaste joue son propre rôle ©Le Pacte

Le quatrième long-métrage du palestinien Elia Suleiman, récompensé au dernier Festival de Cannes par une indigne « Mention Spéciale », fait partie de ces rares films capables de renouveler notre regard sur le monde. Dans son propre rôle, le réalisateur organise un voyage qui commence et se termine à Nazareth, sa ville natale, passant par Paris puis New York. Là-bas, il traverse de multiples saynètes, toutes plus poétiques et comiques les unes que les autres, dans lesquelles il met en scène sa difficulté à trouver une place en même temps que l’obsession généralisée des états pour l’hyper-sécurité.

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Brooklyn Affairs

Au cinéma le 4 décembre 2019

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Gugu Mbatha- Raw (Laura Rose) et Edward Norton (Lionel Essrog) © Warner

Les personnages atteints de troubles mentaux correspondent à la majeure partie de la filmographie d’Edward Norton (Peur primale, Fight Club, American History X, L’incroyable Hulk, etc…). Il n’est donc pas étonnant de le voir endosser avec une facilité flagrante le rôle de Lionel Essrog, le protagoniste du roman Motherless Brooklyn de Jonathan Lethem. Personnage at dans le film, Edward Norton semble aussi l’être sur le plateau, endossant les rôles d’acteur, scénariste, réalisateur et producteur pour s’attaquer au genre très prisé du film noir.

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