L’Agent secret

Actuellement au cinéma

© CinemaScópio – MK Production – One Two Films – Lemming

Mais que diable Les Dents de la mer (Steven Spielberg, 1975) allait-il faire dans cette galère ? Alors qu’on a tout juste croisé la route de Marcelo (Wagner Moura) au détour d’une station essence pour le moins sinistre, nous voilà jetés dans l’institut océanographique de Recife aux côtés d’un trio de flics mené par le docteur Euclides (Robério Diógenes), tiré de la débauche carnavalesque que signale la persistance de fard et de quelques confettis sur son visage. Sur une table chirurgicale, un requin attend aussi impatiemment que les trois policiers inquiets qu’on lui ouvre les entrailles pour en extraire une jambe bien embarrassante, puisque nullement là où elle devrait être. Une jambe qui aurait tout de celle de ce pauvre quidam dans sa barque, troisième casse-croûte du squale enragé de Spielberg, figurant synecdochiquement son état de chair à poissons. Plusieurs minutes plus tard, on verra le jeune fils du mystérieux Marcelo dessiner l’affiche du film, confirmant son statut d’hypotexte crucial de L’Agent secret.

Continuer à lire … « L’Agent secret »

Magellan

Actuellement au cinéma

© Nour Films

Si 2h45 est généralement une durée plus que raisonnable pour le biopic moyen, elle paraît presque dérisoire pour Lav Diaz, habitué aux récits-fleuves, et pour son sujet, Fernand de Magellan, figure emblématique du colonialisme qui appellerait aisément à une exhaustivité biographique.

Continuer à lire … « Magellan »

Alpha

Festival de Cannes 2025

© Diaphana Distribution

Dans les années SIDA, Alpha est une jeune adolescente en pleine crise, fille d’une infirmière gentille mais parfois trop protectrice et nièce d’un oncle addict mais parfois rigolo. Voilà à peu près le nouveau film de Julia Ducournau résumé et l’évolution des personnages synthétisée. Une tâche, on l’avouera, peu complexe étant donné qu’Alpha ne fait que du sur-place.

Continuer à lire … « Alpha »

Miroirs No. 3

Festival de Cannes 2025

© Les Films du Losange

À l’évolution standard du cinéaste installé — affirmant son style par effet de complexification ou de densification — Christian Petzold fait figure d’exception, tant sa filmographie semble viser progressivement son propre évidement. Nouvelle variation autour de Vertigo après Phoenix, sorti en 2014, Miroirs No. 3 permet précisément de constater l’horizon esthétique de l’auteur.

Continuer à lire … « Miroirs No. 3 »

Sirât

Festival de Cannes 2025

© Pyramide Distribution

Au milieu du désert, on installe des enceintes. La puissance du son qu’elles produisent est telle qu’on dirait qu’elle a érodé les falaises qui entourent la plaine. Les fissures qui parcourent la pierre rouge ressemblent à un électrocardiogramme de la musique. Parmi les teufeurs, des cœurs qui battent à des rythmes différents : chacun vivant une expérience profondément introspective dans la sureté qu’offre le groupe. Au sein de ces personnages unis par les liens de la drogue, Luis cherche celle qui l’est par le sang : sa fille. Et bientôt, les deux liens finiront par n’en devenir qu’un. 

Continuer à lire … « Sirât »

Dossier 137

Actuellement au cinéma

© Haut et Court

“Maman, pourquoi tout le monde déteste la police ?” Vaste question posée par Rémy à sa mère, Stéphanie, enquêtrice de l’IGPN chargée d’enquêter sur une bavure lors d’une manifestation de Gilets Jaunes. Vastes réponses que se promet de livrer Dossier 137, nouveau long-métrage de Dominik Moll.

Continuer à lire … « Dossier 137 »

La Forteresse noire

Actuellement au cinéma / Ressortie

© Associated Capital

Il était temps qu’un distributeur se décide à restaurer La Forteresse noire, second film de Michael Mann demeuré invisible dans des conditions décentes depuis sa sortie initiale en 1983. Rescapé des ténèbres par Carlotta, le long-métrage nous parvient comme un artefact maudit, un objet précédé par sa légende que l’on découvre avec un mélange d’excitation et de crainte. Et pour cause : sa longue absence du catalogue mannien n’a-t-elle pas été en réalité une aubaine pour les exégètes de l’œuvre du cinéaste, bien plus à l’aise dans leur office une fois dispensé·es de la tâche ardue d’y rattacher cette note dissonante ?

Continuer à lire … « La Forteresse noire »

Tu ne mentiras point

Actuellement au cinéma

© Condor distribution

C’est une église dans un pays de charbon. On la voit sous tous ses angles, toujours de l’extérieur. L’image est sombre, tachée comme les visages et les mains de ceux qui remplissent et transportent des sacs de houille toute la journée. Bill Furlong (Cillian Murphy) gère sa petite en19treprise. C’est lui qui livre le charbon. Il est généreux, taiseux, travaille dur. Un bon père de famille des années 1980, l’incarnation d’une virilité d’apparence tranquille. Ça pourrait être cliché, mais la mélancolie qu’il y a toujours au fond des yeux de Cillian Murphy confère au personnage une profondeur naturelle, une grande humanité dans l’immobilité et le silence les plus totaux. De tranquille, la virilité devient hantée. Le regard et le silence suffisent. Travelling après travelling, on s’accroche à Bill, à son ennui. La caméra divague sur la ville avant de rattraper le protagoniste, qui n’a pas changé. On n’avait pas besoin de plus. Un personnage anesthésié qui, soudain, serait confronté à l’horreur.

Continuer à lire … « Tu ne mentiras point »

Sinners

Actuellement au cinéma

Sortant d’une épaisse nuit environnant le club de blues des charmants jumeaux Stack et Smoke (interprétés par un Michael B. Jordan au carré), le vampire Rimmick (Jack O’Connel) et ses deux sbires tout fraîchement envoûtés se présentent à son seuil, gardé par le brave cerbère Corbread. Trois vampires. Trois blancs. Trois prétendus musiciens errants qui cherchent vilement à pénétrer ce qui constitue un refuge, une hétérotopie pour une communauté noire opprimée. Empêchée. Après un premier acte aussi poussif que poussiéreux, Sinners abat enfin son atout, rejouant contre toute attente, outre Une Nuit en enfer (Robert Rodriguez, 1996) dont la parenté saute aux yeux à défaut de la gorge, Naissance d’une nation (Griffith, 1915).

Continuer à lire … « Sinners »

Deux soeurs

Actuellement au cinéma

© Thin Man Films Ltd.

Deux sœurs est de ces films que l’on dirait mal aimables. À l’image du cinéma de Mike Leigh dans son ensemble, comparé plutôt arbitrairement à son compatriote Ken Loach pour, outre le fait qu’ils sont tous deux Anglais, la sécheresse de leur mise en scène, afférente à la tradition réaliste et sociale du cinéma britannique. Or par mal aimable, on entendra ici ce qui ne se donne pas facilement au spectateur, soit ce qui nécessite qu’il revoie toujours ses attentes, qu’il révise sans cesse ses jugements. Tout ce que n’exige pas le cinéma de Ken Loach, plus rassurant par ses schématismes, où oppresseurs et opprimés s’identifient d’emblée. Parce qu’il affirme sa défiance à l’égard de l’idéologie comme envers le discours, le cinéma de Mike Leigh apparaît moins aimable, moins commode. Tandis qu’on adhère immédiatement à Daniel Blake (Moi, Daniel Blake, 2016) parce qu’il subit la brutalité et l’injustice d’un système, on peine à vouloir suivre l’acariâtre Pansy, bourreau impitoyable de tous ceux qui, malheur à eux, croisent fortuitement son chemin.

Continuer à lire … « Deux soeurs »