La Vénus électrique

Festival de Cannes 2026 – Actuellement au cinéma

© Les Films Pelléas

Sur fond d’affiches de cirque s’ouvre le générique de La Vénus électrique, dont on comprend d’emblée le choix de sa sélection pour amorcer le Festival de Cannes, 79e du nom. Un film qui affiche sa théâtralité, qui débute sur tréteaux et qui s’y terminera, où l’artifice, le trucage et les formes narratives agissent dramatiquement. Et agissent le réel. Fonction ennoblie du mensonge qu’affectionne Pierre Salvadori, très au courant – ce qui n’est pas pour déplaire – des ressorts de la comédie, mais surtout du théâtre comique, peuplé d’imposteurs, de Molière à Marivaux. C’est à ce dernier qu’on pense ici infailliblement, qui concevait le théâtre comme une machine à révéler les êtres. Presque du Marivaux donc, au milieu d’autres références plus ou moins digérées, entre Shakespeare (Roméo et Juliette) et la scène du drap-rempart érotiquement chargé de New York-Miami (Franck Capra, 1934). Marivaux moins la finesse, fluctuante au gré du film. Moins surtout la profondeur morale.

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Anja Breien – rétrospective en six films

Actuellement au cinéma / Ressortie

© Malavida

Peu de sentiments égalent celui qui accompagne la découverte d’un·e cinéaste majeur·e oublié·e de l’histoire. Par un hasard de calendrier dont l’ironie n’aurait certainement pas manqué de plaire à l’intéressée, Anja Breien est décédée la veille du jour où j’écris ces lignes, le 10 mai, à l’âge de 85 ans à Oslo. Quelques jours seulement après que Malavida a eu la bonne idée d’offrir à six de ses long-métrages une première sortie française, plusieurs décennies après leur réalisation. Il aura donc fallu que la réalisatrice pionnière de la nouvelle vague norvégienne s’éteigne pour qu’enfin la lumière se fasse sur son œuvre, et que l’on puisse ainsi apprécier la richesse, la force artistique et la radicalité politique de son travail.

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Dao

Actuellement au cinéma

© LES FILMS DU WORSO – SRAB FILMS – YENNENGA PRODUCTION – NAFI FILMS – TELECINE BISSAU PRODUÇAÕES – CANAL+ AFRIQUE

C’est par une succession de visages que s’ouvre Dao. Défilant sous nos yeux, l’un commence une phrase que l’autre conclut, chacun complétant ce que le précédent esquissait. Murs blancs, corps assis face caméra ; nul doute, c’est un casting. On y discute de ses origines, de son rapport à soi et aux autres, mais le projet est encore flou. Un visage finit par s’installer plus durablement que les autres, celui de Gloria (Katy Correa). L’homme derrière la caméra prend la parole. Il sera question de jeu, d’interprétation et, dit-il, d’aller vers la fiction. Dao : un film en construction donc.

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Affection Affection

Actuellement au cinéma

© UFO Distribution

Un hasard, heureux ou non, fait coïncider la sortie d’Affection Affection de quelques semaines avec les élections municipales. Sur les écrans, les petits, il aura été question, entre autres, de problèmes locaux à échelles moindres que celles d’une nation. Dans un délire sécuritaire, les caméras de surveillance auront agité de nombreux débats. Faut-il les doubler, les tripler, les implanter à chaque coin de rue ? Affection Affection nous rappelle qu’avant de nous surveiller, les caméras nous captaient – acte parfois autoritaire, certes, mais potentiellement poétique. Dans un petit village du Var, Géraldine (Agathe Bonitzer) – G pour ses proches – travaille à la mairie. Une fille disparaît (la fille du maire, le compagnon de G) et une femme refait surface avant de s’évaporer (la mère de G). Alors que les caméras ont posé leurs yeux sur tout le village, aucun signe rationnel ne vient expliquer ces événements. Il reste à G de fouiller dans sa sensibilité.

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La Corde au cou

Actuellement au cinéma

© ARP

Après le Mastermind de Kelly Reichardt et son loser attendrissant, puni d’avoir voulu jouer le jeu du modèle américain ; après le Marty Mauser de Josh Safdie (Marty Supreme, 2026), autre perdant plus flamboyant qui apprend à ses dépens que sous le vernis méritocratique de son pays, le talent ne fonde pas la réussite ; voici que Gus Van Sant dégaine à son tour son loser à lui : Tony Kiritsis (Bill Skarsgård). Troisième loser de l’année, année rétro, pour les auteurs américains hantés par le Nouvel Hollywood. Symptôme conjoint d’un épuisement et d’un désir de retourner peut-être à ce qui fut un nouvel âge d’or du cinéma US, ou signe d’un sentiment d’anomie au pays de l’Oncle Sam, rappelant les heures inquiètes et désenchantées des Seventies, que revisite La Corde au cou.

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Romería

Actuellement au cinéma

© Quim Vives/Elastica Films

L’été 93 passé, ses soleils avec, c’est une décennie plus tard que nous retrouvons Frieda, désormais nommée Marina, double de la cinéaste Carla Simón. Nous l’avions laissée en Catalogne, l’été brutal de la mort de ses parents, décédés du Sida. Elle y avait rejoint son oncle, sa tante, ainsi que sa petite cousine de trois ans. Elle n’avait que six ans et, tout en saisissant l’ampleur de la tragédie qui l’avait frappée, essayait de se frayer un chemin dans sa nouvelle famille, d’y trouver sa place pour se construire. Dix ans plus tard, Marina arrive à Vigo en bateau, ville portuaire à la frontière entre l’Espagne et le Portugal. Elle vient pour ses études, veut faire cinéaste. Heureux hasard, il s’agit de la ville de son père. Elle y rencontre alors toute une partie de sa famille jusqu’alors inconnue et, dans l’espoir d’obtenir une bourse, cherche à prouver administrativement sa filiation avec son père biologique.

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Silent Friend

Actuellement au cinéma

© Pandora Films

Dans le cinéma de Ildikó Enyedi, la nature ne se contente jamais d’être un simple décor. Eelle respire, observe et parfois même elle rêve. Son nouveau film, Silent Friend, prolonge cette intuition poétique selon laquelle la réalité est traversée de correspondances secrètes où les frontières entre les règnes du vivant se troublent. Après les cerfs nocturnes de Corps et âmes qui réunissaient deux âmes humaines dans un rêve partagé, ce n’est plus l’animal mais l’arbre qui devient médiateur. L’ami silencieux est un ginkgo biloba séculaire planté au cœur d’un jardin botanique allemand autour duquel se déploient trois récits situés à différentes époques.

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Le Fleuve de la mort

Ressortie / Actuellement au cinéma

© Les Films du Camélia

« Pas de dimanche sans macchabée. » Prononcée par un pistolero, la phrase porte le poids de la tragédie qui voit deux familles rivales s’entretuer de génération en génération dans le village côtier de Santa Bibiana, au Mexique. Tout est parti d’une querelle de fermiers : parce qu’un Anguiano peste contre le bétail qui empiète sur ses terres, un Menchaca décide de le refroidir et déclenche ainsi un cycle de violence meurtrière sans fin.

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Aller – retour

Festival / Cinéma du réel

© Damien Cattinari, AVRIL FILMS

Aller au cinéma, c’est retourner en enfance, a pu dire, ici ou là, Serge Daney. Ou plus précisément, c’est constater ce qui persiste en nous, le reste qui s’est évaporé ; retrouver le sentiment de découverte et d’apprentissage. Un perpétuel aller-retour donc, un échange entre son passé et son présent. D’aller et de retour, il fut beaucoup question dans cette 48ème édition du Cinéma du réel.

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Derrière les drapeaux, le soleil

Actuellement au cinéma

VraiVrai Films

Entre toutes les locutions figées que la presse affectionne, trône bien placée la mention « film important ». Ou pire : « nécessaire ». Justifiant l’éloge critique d’un film aux qualités formelles souvent négligeables, autant que ses intentions politiques peuvent sembler salutaires. Décrédibilisant toute objection critique, attentive à ce que les images montrent ou manquent, à ce qu’elles font, plutôt qu’aux discours qu’elles charrient. Cette fois-ci, on peut le dire : Derrière les drapeaux, le soleil est un film important. Pour ce qu’il accomplit politiquement dans sa forme : la recomposition d’une mémoire décomposée. Un travail historiographique par les moyens stricts du cinéma.

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