Les enfants vivent, lorsqu’ils sont ensemble, dans un monde régi par leurs propres règles, celles qu’ils édictent. Et il y a une certaine forme de honte à ne pas les respecter. Si l’on commence à jouer, on ne peut plus les réfuter. Quel que soit ce qu’on attend de nous, il faut continuer. Alors, action ou vérité ?
La comédie de mœurs agit en quelque sorte comme un marqueur, une boussole des interrogations, des changements inhérents aux rapports amoureux. Décrire une histoire de la comédie de mœurs dans son ensemble (de la comédie romantique à la satire de couple potache, autrement dit de 27 robes à un éléphant ça trompe énormément), c’est aussi faire l’histoire de ces fragilités, de ces failles, de ces diktats qui nous accompagnent dans nos relations. Ce qui implique également une datation marquée, une sorte d’instantané de l’amour à une époque donnée. Le Syndrome des amours passées, n’y échappe pas, et s’en amuse même.
Le Tonnerre de Dieu est un film de dialogues, plus que de mise en scène, où Jean Gabin vieillissant, qui n’avait rien perdu de sa verve, interprète le rôle d’un vétérinaire à la retraire, alternant entre sa vie à la campagne dans un somptueux manoir, entouré de ses chiens et de sa femme, et les bars, où il rencontre une prostituée, Simone, qu’il décide de prendre sous son aile.
De Green Border on ne verra que la frontière mais pas la couleur. Agnieszka Holland nous amène dans une sorte de non lieu colorimétrique. Un champ de bataille actuel au sein duquel le noir et blanc rappelle les atrocités des guerres passées. Dans la forêt marécageuse qui abrite la frontière entre la Biélorrussie et la Pologne, le soleil a du mal a traverser l’épaisse couverture d’arbres. Récit sombre d’un endroit dangereux, de ceux qui y passent et de ceux qui y restent.
Prison de cristal est un film rare, embrassant l’histoire d’un ancien tortionnaire nazi, Klaus, obligé de rester enfermé dans une machine lui permettant de respirer, après s’être jeté du haut d’un toit, par remords, peut-être. Il a violenté et violé des enfants, dont l’un d’eux se présente chez lui bien des années plus tard, sous le rôle d’un infirmier.
Depuis Silence, le cinéma de Martin Scorsese n’a plus rien à prouver et entame un virage certain vers une forme crépusculaire, confirmée par The Irishman et le chant du cygne qu’il orchestrait autour de ses gangsters usés par le temps. En adaptant librement le roman de David Grann, sur le massacre du peuple Osage dans l’Oklahoma du XXe siècle, Killers of the Flower Moon dépose une nouvelle pierre à l’édifice de cette fin de carrière, marquée par la mort et les regrets.
« C’est l’histoire d’un personnage qui ne veut pas s’engager dans une relation amoureuse car il a peur, jusqu’au moment où il réalise que ce dont il a peur est l’amour en soi ». Une formule évidente qui résume pourtant bien la complexité de l’œuvre de Henry James. Une œuvre dont Bertrand Bonello parle manifestement mieux qu’il ne l’adapte, puisque dans sa Bête, on ne trouve, sous une apparente complexité, rien de flagrant.
Françoise croit aux prémonitions, ou elle n’y croit pas mais y trouve un certain confort. Les questionnements qui l’animent trouvent leurs réponses dans un pendule qu’elle ne quitte jamais. Comme toutes les adolescentes, la force de ses envies l’inquiète. Quoi de plus simple alors que de délaisser son libre arbitre au profit de ce pendentif magique. Mais lorsque Françoise rêve qu’elle va mourir, il lui faut donc acter sur tous ses désirs pendant sa dernière nuit ; à savoir : boire, danser, embrasser un garçon et passer la nuit avec lui.
Les meilleurs documentaires de Wim Wenders s’étaient jusque-là appliqués à admirer les artistes par leur absence (Tokyo-ga, dans lequel il partait sur les traces de Yasujirō Ozu ; Pina, hommage des danseurs à leur ancienne chorégraphe Pina Bausch) ou leur disparition prochaine (le sublime Nick’s Movie, filmant les derniers jours du réalisateur Nicholas Ray). Anselm prolonge en cela la rupture entamée avec Le sel de la Terre puisqu’en filmant son ami, l’artiste plasticien Anselm Kiefer, Wenders s’accompagne de nouveaux enjeux : comment retranscrire par images la vie et l’œuvre d’un créateur toujours en activité ?
Réalisé entre deux œuvres imposantes, Les Misérables et Germinale, Le Nabab d’Albert Capellani est un film social et intimiste, lui aussi adapté d’un roman d’Alphonse Daudet. Il dessine le parcours du forgeron Bernard Jeansoulet, frère aîné de Louis, qui trouve un emploi à Paris, et se laisser griser par l’atmosphère enivrante de la capitale. Bientôt, il est accusé à tord par une femme qu’il convoite de lui avoir dérobé, à tord, un sac contenant ses bijoux, et se voit écoper de cinq ans de prison. Bernard, pour ne pas inquiéter sa mère, n’en souffle mot, et part lui aussi, à la conquête des villes, et surtout d’argent. Il s’enrichit, mais la concupiscence le rattrape.