Le lac aux oies sauvages

Au cinéma le 25 décembre 2019

©Memento Films Distribution

Dans les bas-fonds d’une ville chinoise, la rivalité entre deux factions de la pègre locale dégénère en règlement de comptes. Zhou Zenong, à la tête de l’une de celles-ci, se trouve entraîné dans une spirale de violence ; pourchassé par ses rivaux et par les forces de l’ordre, il entraîne avec lui Liu Alai, une jeune prostituée. Pourtant, dans leur malheur, l’un et l’autre voient la possibilité d’une rédemption. Comme dans son film précédent, Black Coal, Diao Yinan revisite avec Le lac aux oies sauvages le genre du polar. Mais si dans le premier l’originalité du traitement n’empêchait pas le spectateur d’être tenu en haleine par l’enquête, la nouvelle tentative du réalisateur, en poussant encore plus loin le détachement avec lequel il aborde son sujet, prend le risque de perdre une partie de son audience.

Le lac aux oies sauvages est un film travaillé, minutieusement : on ne peut qu’admirer les jeux sur les ombres et les lumières, les nombreuses idées de mise en scène, ou encore les mouvements de caméra particulièrement étudiés. Mais dans cet effort de créativité, dans la construction de ce ton savamment distancié, de cette esthétique nocturne et hypnotique, les personnages se perdent. Les deux protagonistes souffrent d’un même étrange syndrome scénaristique : comment ressentir de l’empathie pour un personnage qui n’est qu’un pantin bringuebalé par les événements, dont le passé est à peine évoqué, et qui évolue à l’image comme une ombre désincarnée et inexpressive ? Certes, c’est tout le propos du film de parler de la façon dont ces êtres sont en souffrance, privés de libre-arbitre : mais ils s’en trouvent au passage vidés de leur substance, et il est difficile d’adhérer à un récit de presque deux heures sur la seule base de sa richesse visuelle. Et ce, d’autant plus que ce récit pourtant simple est souvent rendu confus par des interventions de personnages secondaires dispensables ou des pauses contemplatives déroutantes, qui viennent en faire perdre le fil.

Il serait cela dit injuste de réduire Le lac aux oies sauvages à un film esthétisant. Si son histoire nous abandonne un peu sur le bord du chemin, la trajectoire qu’emprunte les personnages demeure fascinante. De lieux de prostitution inattendus en ateliers de confection, d’assemblées nocturnes de la pègre en restaurants crasseux, Zhou et Liu traversent une Chine urbaine noctambule et souterraine, teintant le film d’une connotation politique. Quartiers partiellement abandonnés et zones de non-droit deviennent le lieu de la réaction surdimensionnée de l’État, qui déverse dans un espace qu’il semble pourtant délaisser des flots de policiers et de soldats pour attraper un homme qui s’est par accident attaqué à un représentant de l’ordre. Au final, Zhou est la victime d’un système où les êtres sont condamnés à la violence. Les petits voyous comme les jeunes flics, aussi inexpérimentés les uns que les autres, apprennent tous à se servir de leurs armes et à jouir de leur pouvoir de destruction. Et dans ce cercle vicieux infernal, ce sont les personnages de femmes qui souffrent le plus. Objectifiées par les hommes, déplacées comme des pions sur un échiquier, elles sont malgré elles au cœur des conflits sans avoir jamais la possibilité de s’affranchir d’une influence masculine, qu’elle soit d’un mari, d’un malfrat, ou de la police. Ce dénouement qui leur rend enfin une forme de liberté aurait été si émouvant si l’on avait mieux pu s’attacher à elles…

Le Lac aux oies sauvages / De Diao Yinan / Avec Hu Ge, Gwei Lun Mei, Liao Fan / Chine / 1h50 / Sortie le 25 décembre 2019.

La vie invisible d’Eurídice Gusmão

Au cinéma le 11 décembre 2019

2682246.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg
Carol Duarte, Julia Stockler ©ARP Distribution

Moins connu en Europe que ses compatriotes Walter Salles ou Kleber Mendonça Filho, le brésilien Karim Aïnouz livre pourtant son sixième film de fiction avec La vie invisible d’Eurídice Gusmão, prix Un Certain Regard à Cannes. Son puissant mélodrame féministe narre l’histoire de deux sœurs vouées à ne plus se voir à cause d’une société qui les empêche de réaliser leurs rêves, et se révèle être l’une des belles surprises de cette fin d’année.

Continuer à lire … « La vie invisible d’Eurídice Gusmão »

Les Envoûtés

Au cinéma le 11 décembre 2019

1132448.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg
Sara Giraudeau, Nicolas Duvauchelle ©SBS Distribution

Coline (Sara Giraudeau), journaliste discrète, travaille pour un magazine de psychologie. Elle se voit confiée la rédaction du « récit du mois », pour lequel elle doit faire le portrait de Simon (Nicolas Duvauchelle), peintre ermite au Pays Basque qui a vu le fantôme de sa mère au moment où celle-ci mourrait. D’abord peu passionnée par le sujet, Coline accepte de le rencontrer car sa voisine (Anabel Lopez) a vécu la même troublante hallucination.

Continuer à lire … « Les Envoûtés »

Rencontre avec : Valerie Pachner

Bilingual interview

76_3_actor-1573811852.jpg
Valerie Pachner ©Mathias Bothor/photoselection

Retenez bien son nom : Valerie Pachner est la révélation d’Une vie cachée, le nouveau film de Terrence Malick, au cinéma dès aujourd’hui. Elle revient avec nous sur son expérience de tournage, qui fut une véritable expérience de vie, et le regard qu’elle porte sur cette grande œuvre dont elle est la bouleversante interprète.

D’où vient votre désir de devenir actrice ?

Je n’ai jamais vraiment eu l’idée de devenir actrice, mais j’ai grandi dans la campagne où il n’y avait pas beaucoup d’activités. Ma seule préoccupation était alors de rencontrer des gens. Je ne sais pas comment, mais j’ai pensé qu’un cours de théâtre me permettrait de vivre de nouvelles choses avec des nouvelles personnes, alors j’y suis allée ! J’avais 16 ans, c’était la première fois que je me sentais totalement à ma place. Ce n’était pas pour le jeu en soi, mais je ne voulais pour rien au monde être ailleurs ni faire autre chose. Je me sentais en harmonie avec le moment. Ensuite, après avoir fini mes études, j’ai voyagé et cela a pris un certain temps avant que j’entre dans une école d’art dramatique… Mais c’est arrivé, et c’est ainsi que les chose ont commencé.

Comment avez-vous rejoint la distribution d’Une vie cachée de Terrence Malick?

Un an avant le début du tournage, un directeur de casting m’a proposé d’auditionner. Je savais qu’il s’agissait d’un film de Terrence Malick, mais je n’avais rien à préparer. Pendant le casting, j’ai lu une des lettres de Franz, traduite en anglais. Je devais improviser quelque chose à partir de cette lettre. Trois semaines plus tard, j’ai reçu un coup de téléphone pour me dire que j’étais prise ! C’était merveilleux, ça s’est fait très rapidement.

Vous jouez le rôle de Franziska Jägerstätter, dont le mari a été condamné à mort par les nazis pour avoir refusé de prêter serment au régime. Quelles questions vous êtes vous posées avant d’incarner cette femme qui a réellement existé ?

L’approche d’un personnage change beaucoup lorsque celui-ci est réel et non totalement fictionnel. C’est un processus assez délicat, surtout en ce qui concerne Franziska car son histoire s’inscrit dans une époque malgré tout assez récente. J’ai ressenti en moi la nécessité de demander une sorte de permission pour l’incarner, et au fur et à mesure, une connexion très intense s’est établie avec elle. Je me suis demandé comment est-ce qu’elle aurait aimé être représentée, ce qu’elle aurait aimé qu’on lui fasse dire. Son histoire est si forte que je sentais que j’avais la responsabilité d’être la plus juste possible.

Par quelles étapes de préparation êtes-vous passée ?

Continuer à lire … « Rencontre avec : Valerie Pachner »

Marriage Story

Sur Netflix le 6 décembre 2019

0475315.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg
Scarlett Johansson, Adam Driver ©Netflix France

Au tout début du film, Charlie (Adam Driver), metteur en scène de l’avant-garde new-yorkaise, et Nicole (Scarlett Johansson), comédienne, se présentent mutuellement dans une succession de saynètes commentées en voix off. Des portraits qui tiennent de l’anodin, et nous font immédiatement entrer dans l’intimité de leur couple. C’est de façon assez brutale que leur séparation est actée : on ne les verra pas heureux ensemble avec leur fils de 8 ans, hormis dans cette ouverture qui racontait le bonheur du quotidien. Une ellipse et les voici dans le bureau d’un conseiller conjugal. Lorsqu’ils rentrent chez eux, après une représentation théâtrale, on comprend que quelque chose s’est arrêté. Leur rupture se passe d’explication. Tout se lit sur les visages, les regards, le mouvement des corps au milieu de cet appartement qui n’est plus celui d’une famille unie.

Continuer à lire … « Marriage Story »

Little Joe

Au cinéma le 13 novembre 2019

1816513.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg
Alice et ses fleurs… Emily Beecham dans Little Joe ©The Coproduction Office

Alice est une phytogénéticienne, spécialiste du développement des végétaux, passionnée par son travail auquel elle dédie tout son temps. Ses dernières recherches ont été consacrées à la création d’une fleur aux vertus thérapeutiques : elle est censée rendre heureux son propriétaire. Alice décide d’en ramener une chez elle pour l’offrir à Joe, son jeune fils, avec qui les relations sont assez glaciales. Pas sûr que l’étrange fleur arrange vraiment les choses…

Continuer à lire … « Little Joe »

Noura rêve

Au cinéma le 13 novembre 2019

5096640.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg
©Paname Distribution

Les lois du mariage sont fréquemment au cœur des cinémas du monde arabe et du Moyen-Orient, interrogeant par des portraits intimes la façon dont la législation restreint les libertés individuelles, ainsi que le conflit qui naît entre tradition et aspiration moderne. Au début des années 2010, Une séparation (2011) de l’iranien Asghar Farhadi devenait figure de proue en la matière, et l’année dernière, Sofia de la marocaine Meryem Benm’Barek racontait l’histoire d’une femme qui accouchait hors mariage. Dans cette lignée, la cinéaste Hinde Boujemaa, responsable d’un documentaire sur la révolution tunisienne en 2012, pense la situation des femmes tunisiennes à travers Noura rêve, un film solide et engagé. Elle rappelle, en la prenant pour point de départ, qu’une loi nationale punit l’adultère par une amende et cinq ans de prison pour les deux amants.

Continuer à lire … « Noura rêve »

J’accuse

Au cinéma le 13 novembre 2019

4699332.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx-e1573293427189.jpg
Jean Dujardin, sobre et juste dans le rôle du colonel qui contribua à faire innocenter Alfred Dreyfus ©Guy Ferrandis / Gaumont

Humilié devant ses confrères de l’armée, le capitaine Alfred Dreyfus, tremblant de déshonneur, est dégradé. C’est la première séquence du film, plongée dans un Paris grisâtre, où l’austérité la plus sèche de l’univers militaire règne sur tous les visages stricts. Cette destitution n’est pas la conclusion mais le coup d’envoi de l’affaire Dreyfus, dont les multiples rebondissements forment un matériau historique et romanesque inouï : pendant douze ans (1894-1906), la France s’est déchirée autour de cette injustice derrière laquelle se cache un antisémitisme généralisé.

Continuer à lire … « J’accuse »

Et puis nous danserons

Au cinéma le 6 novembre 2019

5661875.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg

Et puis nous danserons n’est pas le premier film à mettre la danse en scène dans l’idée de traiter un sujet « de société », et il ne sera pas le dernier. Mais si on peut jouer à trouver un certain nombre d’exemples, de Billy Eliott à Girl, ils sont probablement moins nombreux à traiter de la danse géorgienne, qu’on pourrait grossièrement présenter aux néophytes comme une danse traditionnelle exécutée avec la rigueur et l’exigence de la danse classique. Et c’est avec beaucoup d’intelligence que Levan Akin en fait l’élément central de son histoire, un pivot dramatique, qui cristallise toutes ses tensions : là où Merab cherche désespérément un moyen de s’exprimer, il se trouve confronté à une tradition ancestrale, à un élément constitutif d’une identité nationale, devant incarner ses codes et ses valeurs. Cette danse devient le lieu de l’opposition entre le désir de Merab de se révéler, et les forces qui l’en empêchent.

Si nos héros sont jeunes et ambitieux, s’ils espèrent faire de cette danse leur métier et rivalisent pour intégrer les ballets les plus prestigieux, le véritable défi qui leur est posé n’est pas celui de la compétition ou de la performance. En dansant, ils se heurtent surtout à une certaine idée de la masculinité, celle qui veut qu’on danse raide car on est un homme, ou que dans les vestiaires on multiplie les blagues graveleuses. Inutile de préciser que l’homosexualité est loin d’être acceptée dans le pays, et encore moins au cœur d’une de ses institutions les plus emblématiques. Quand l’équipe du film a contacté un ensemble national dans l’idée d’obtenir de l’aide pour la préparation du tournage, celle-ci leur a été refusée au prétexte que l’homosexualité n’existait pas dans la danse géorgienne…

Lutter contre cette négation, c’est alors s’exposer. Et à mesure qu’on suit l’histoire de Merab, nous parviennent par les conversations des personnages les tristes échos des mésaventures d’un certain Zaza, danseur de ballet surpris avec un homme, auquel le traitement qu’on réserve révèle toute la violence à laquelle sont exposés les homosexuels géorgiens lorsqu’ils sont découverts.

Tout en évoquant cette violence, Levan Akin se refuse pourtant à la montrer. L’histoire qu’il choisit de nous raconter n’est pas celle d’une persécution ; mais, des appartements pauvres dont on coupe l’électricité aux quartiers underground où se réfugie une culture queer inattendue, de la rigueur de la salle de danse à la liberté d’une brève histoire d’amour, Et puis nous danserons est le récit, émouvant et plein d’espoir, d’une possible libération.

Et puis nous danserons / De Levan Akin / Avec Levan Gelbakhiani, Bachi Valishvili, Ana Javakishvili / Suède, Géorgie / 1h50 / Sortie le 6 novembre 2019.

Le Mans 66

Au cinéma le 13 novembre 2019

5443859.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg
Christian Bale et Matt Damon, prêts à se confronter aux 24 heures du Mans ©2019 Twentieth Century Fox

À la suite d’un pacte financier manqué avec Ferrari, le constructeur automobile Ford décide d’imaginer une voiture de sport qui lui permettra de prendre la tête de la prochaine édition des 24 heures du Mans. Ce projet sera porté par deux hommes passionnés et déterminés, faisant de l’année 1966 un tournant dans l’histoire de la course automobile.

Continuer à lire … « Le Mans 66 »