Il est éminemment cocasse que Compétition officielle ait concouru l’année dernière pour le Lion d’or au festival de Venise. Familiers des récompenses et des festivals internationaux, les cinéastes Mariano Cohn et Gastón Duprat ont dû se féliciter, en se tenant les côtes, d’une sélection qui hisse leur film vers un troisième degré jouissif et inopiné, alors que la seule place qu’il accorde aux Lions d’or et aux Goyas, aux Palmes et aux médailles, est dans un broyeur. C’est à travers cette séquence forte, la plus mémorable, que le nerf de la satire féroce du duo argentin se découvre.
S’il est bien sûr reconnu comme l’éminent cinéaste du corps et de ce qui y grouille à l’intérieur, s’il est l’initiateur de ce que les commentateurs ont nommé le « body horror », ce sous genre de l’horreur qui se saisit du corps comme principal objet filmique, soumis à des transformations et de multiples transgressions, Cronenberg s’est toujours et tout autant penché sur les qualités de l’esprit, de la psyché et de l’impalpable. En témoigne l’empreinte de la psychanalyse sur ses récits, au point d’apparaître au grand jour comme jamais auparavant dans A Dangerous Method (2011), qui relate les balbutiements de cette science au début du XXème siècle. Ses films bâtissent également des univers mentaux gouvernés par une logique du fantasme, comme dans Le Festin nu (1991) où, fidèle à l’imaginaire chaotique et foisonnant de Burroughs, la réalité de Bill Lee se dissout dans un flux d’hallucinations provoqué par l’inoculation d’une poudre anti cafards. Un schéma narratif similaire se retrouve dans Vidéodrome (1983)et eXistenZ (1999), bien que l’objet causal de l’égarement psychique et perceptif des personnages y soit d’une toute autre nature.
Avec The Northman, Robert Eggers confirme son projet initié depuis son premier long métrage The Witch : aller au origines des récits qu’il adapte. Il ne s’agit pas ici de tenter une énième adaptation du Hamlet de Shakespeare mais bien d’aller au plus près de la source du mythe. Le film se rapproche ainsi plus d’une sorte de transposition d’une Edda Poétique que d’une adaptation de la tragédie shakespearienne.
Une fois par mois, « Le cinéma de… » propose à une personnalité qui n’est pas issue du monde du cinéma de se confier sur ses goûts à travers un questionnaire. Journaliste pour Le Monde, Pierre Barthélémy est notre invité ce mois-ci.
Luc est un chanteur lyrique qui traverse un moment de crise. Alors qu’il a interrompu sa carrière, il accepte d’animer un atelier de chant dans un centre de détention pour femmes. Six détenues sont au rendez-vous : Marzena, une émigrée polonaise qui compte parfaire son français en apprenant à chanter ; Carole, qui entend devenir célèbre en postant des chansons sur YouTube ; Jeannine, qui aimerait chanter du Herbert Léonard ; Noor, qui veut interpréter Bang Bang ; Jess, qui profite de l’atelier pour sortir de sa cellule ; et Catherine, dont les motivations sont difficiles à sonder. Au gré de leurs rencontres, elles découvrent un exutoire dans le chant et apprennent à s’accorder.
Troisième film du réalisateur Hideo Nakata, Ring n’est ni son premier ni son dernier film d’horreur. Suivant la trajectoire lancée par Curse, Death and Spirit (1992) et Le spectre de l’actrice (1996), qui influença grandement les choix créatifs du réalisateur pour Ring, son premier grand film d’horreur ressort aujourd’hui, faisant découvrir à une nouvelle génération l’immense talent d’Hideo Nakata.
Second long métrage du réalisateur franco-québécois Éric Gravel, À plein temps est une de ces perles dissimulées qui se révèlent peu à peu à l’œil du spectateur.
Le cinéma d’Alain Guiraudie est souvent associé aux territoires qu’il filme : une enquête qui remue les milieux gays naturistes du cap d’Agde, une histoire d’amour périurbaine aux alentours d’Albi ou encore une forme de mysticisme de la solitude dans la Lozère. Ce film ne fait pas exception. Voici la comédie noire dans la ville grise.
Le Batman de Matt Reeves s’annonçait prometteur : plus sombre, plus moderne, plus dense esthétiquement. La première séquence est à l’image de ces promesses. Ce que Batman inspire c’est avant tout de la peur. Il n’est pas justice, il est vengeance. C’est dans cet état d’esprit que nous apparait le Batman de Robert Pattinson. Encore faut-il l’entrevoir, tapi dans l’ombre. Figure imposante et terrifiante. Gotham perpétue une incassable chaine de paranoïa et de violence : les honnêtes gens ont peur des criminels, les criminels ont peur de la chauve-souris. Mais qui aura le plus peur ?
« Le cinéma de… » propose à une personnalité qui n’est pas issue du monde du cinéma de se confier sur ses goûts à travers un questionnaire. Pascal Ory, historien et membre de l’Académie Française, est notre invité ce mois-ci. Son dernier ouvrage, l’essai historique De la haine du juif, est paru l’année dernière.