Lors de sa distribution initiale en 2022, Au cœur des volcans : Requiem pour Katia et Maurice Krafft fut discrètement éclipsé par la sortie d’un autre film s’emparant de la même matière première. Dans Fire of Love, la cinéaste américaine Sara Dosa plongeait elle aussi dans les archives du couple de volcanologues français pour en tirer le récit d’une vie passionnelle et passionnée, entièrement dédiée à la traque des éruptions, et qui s’acheva par leur tragique disparition au pied du mont Uzen au Japon en 1991. Généreusement produit, linéaire, chronologique, ce long-métrage diffère en tous points de celui d’Herzog.
À travers ses grands buffets festifs, riches en rires et en effervescence, sur fond de tubes hivernaux, les premières vignettes de Noël à Miller’s Point se rattachent à un certain imaginaire publicitaire, déjà présent dans Ham on Rye, teen-movie sous modèle Linklater passé à la moulinette de l’étrangeté lynchienne.
Après La fièvre de Petrov et La Femme de Tchaïkovski, le cinéaste russe fait son retour avec la sulfureuse figure d’Édouard Limonov qui sied parfaitement à son cinéma. Fidèle à son style, Serebrennikov transcende les conventions du biopic pour offrir un portrait éclaté, en perpétuelle métamorphose du poète russe. Nous avons rencontré Kirill Serebrennikov pour revenir plus en détail sur son dernier film.
Pourquoi avoir choisi de porter à l’écran la vie d’Edouard Limonov ? Qu’est-ce qui fait de lui un personnage éminemment romanesque ?
C’est une proposition que j’ai reçue de mes producteurs italiens au début des années 2020, celle d’adapter le roman Limonov d’Emmanuel Carrère. Ce projet a maturé longtemps avant de pouvoir véritablement prendre forme. Nous avons démarré le tournage à Moscou avant que la guerre n’éclate et vienne suspendre le tournage pendant près de six mois. Finalement, le projet a dû être relancé en Europe, après l’exil de chacun. Le parcours du film, marqué par ces retards et ses longs déplacements, se révèle aussi complexe et tumultueux que celui de Limonov lui-même.
Il s’agit donc d’une adaptation du roman d’Emmanuel Carrère mais vous avez toutefois fait le choix d’éclipser la représentation du tournant crypto-fasciste qu’il amorce à la sortie de ses deux ans de prison au mitan des années 2000.Qu’est-ce qui a motivé cette décision d’éluder cet aspect controversé de son existence ?
Je tiens à souligner que mon film ne se veut pas un biopic, mais une adaptation du roman d’Emmanuel Carrère, publié en 2011, à une époque où Limonov n’avait pas encore amorcé son rapprochement avec Vladimir Poutine, notamment sur les questions de politique étrangère et de nationalisme, dans le contexte de l’Ukraine et de la Crimée. Bien que la dernière partie du film aborde le virage nationaliste de Limonov, il est essentiel de préciser que le Parti national-bolchévique qu’il a fondé a été interdit, et que la mention même de ce parti est prohibée en Russie. À cet égard, il convient de noter que la scène finale dans le bunker, a été tournée à Moscou, dans un contexte où l’on ne nous permettait pas de montrer l’emblème authentique du PNB, sous peine de représailles. Nous étions pleinement conscients que si nous avions enfreint cette interdiction, nous aurions risqué l’arrestation sur le lieu même du tournage. La partie liée à l’émigration et aux années d’exil m’intéressait davantage. Par conséquent, le film se concentre sur l’épopée new-yorkaise et la rupture avec Elena Shchapova, sa deuxième femme.
Le personnage est remarquablement incarné par Ben Wishaw. Qu’est-ce qui a motivé le choix d’engager cet acteur pour incarner ce sulfureux personnage ?
Cette année, le Arras Film Festival propose une compétition de films européens éclectiques formellement bien que reliés par certains aspects thématiques. À l’Est de l’Europe où la menace russe grandit, les œuvres raconte la résistance. Les cinéastes filment le passé en espérant éclairer le futur.
Mémoires d’un corps brûlant prend le parti audacieux de raconter au pluriel l’histoire de chairs courbées sous le poids des tabous liés à la sexualité, en passant paradoxalement par le singulier.
« Ici, c’est le premier qui prend l’enfant qui a la garde. » L’avocate Michiko résume ainsi la législation japonaise à Jessica (Judith Chemla), une expatriée qui se retrouve brutalement séparée de son fils par son ex-conjoint, diplomate japonais. L’une des premières scènes d’Une part manquante expose une situation tristement banale dans un pays qui se mêle peu des affaires familiales et qui est hermétique aux concepts de droit de visite et de garde alternée. Jérôme (Romain Duris) connaît la même situation que Jessica, seulement, lui, cela fait neuf ans qu’il n’a pas vu sa fille Lily. À force de remuer Tokyo et de sillonner le pays pour la retrouver, il a abandonné son métier de chef cuisinier pour devenir taxi de nuit, et il poursuit sans relâche ses recherches le jour. Neuf ans qu’il fait chou blanc, jusqu’au jour où, alors qu’il effectue une course exceptionnelle pour un collègue, il reconnaît sa fille dans les traits de la collégienne qui s’assoit sur la banquette arrière de son taxi.
Pourquoi ? C’est à peu près la réaction d’un bon nombre de spectateurs à l’annonce, en 2018, d’une suite à Gladiator. Qu’ajouter de plus à ce néo-péplum, désormais culte, qui se suffisait d’une trajectoire unique et n’appelait à aucune suite ? Six ans plus tard et le film sous nos yeux, le constat reste le même. Pourquoi Gladiator II ?
L’amour, selon Emmanuel Mouret, est une question de conjugaison : certains le vivent au présent et à l’impératif, d’autres au passé et au conditionnel, … Trois Amies reprend là où Chronique d’une liaison passagère s’était terminée, avec l’annonce de lieux déserts bientôt investis par les personnages. Cependant, le récit ne se déploie plus au présent, comme celui des amants Charlotte et Simon, mais se tourne désormais vers le passé.
Que ce soit à travers ses motels violets, ses fast-foods jaunâtres, ses mères secrètement prostituées ou ses ex-acteurs pornographiques pleins de verve, l’apparat domine l’Amérique dépeinte récemment par Sean Baker, marquée par la misère mais désireuse de la camoufler. Entamée avec The Florida Project puis Red Rocket, cette trilogie officieuse trouve en Anora sa logique continuation.
Clint Eastwood est un classique. Il est presque gnomique – classique ? – de l’écrire. Il l’est sur le plan narratif, dont le régime est celui de l’action, ce mouvement dynamique traditionnellement tendu vers deux issues possibles, autant que sur le plan esthétique : la mise en scène, discrète chez Eastwood, s’assujettit à l’action susdite. Ce qui ne l’empêche pas de la subordonner à la durée des situations, à de la mise en scène, pour mieux fouiller les émotions, l’intériorité de ses personnages (voir Sur la route de Madison, drame au régime plus duratif). Un trait qui l’érige sans conteste au rang des grands cinéastes.