L’adaptation des Damnés de Visconti en 2016 marquait la première collaboration d’Ivo Van Hove avec la troupe de la Comédie-Française. Le metteur en scène Belge réinvestit cette année Richelieu avec Électre / Oreste, transformant la plus belle salle de la maison en un coin boueux et condamné du village d’Argos, en Grèce.
« Fefe » c’est le surnom qu’adopte la troupe de la Comédie-Française pour se référer à Federico Fellini dans l’adaptation théâtrale du Voyage de G. Mastorna. Scénario écrit par le cinéaste en 1965 qui ne verra jamais le jour et dont il ne reste que quelques essais, images et synopsis.
« One may as well begin with Helen’s letters to her sister », un jeune homme relit en boucle la première phrase d’Howard’s End, son roman préféré. Ils sont dix et ils essayent d’en écrire un à leur tour, assis autour d’un rectangle surélevé – une scène dans la scène – sur laquelle ils hésitent à monter. Son auteur E.M Forster vient alors leur rendre visite afin de les aider à se lancer. Enfin, ils s’y aventurent : « One may as well begin with Toby’s voicemails to his boyfriend ». L’intrigue débute, qui est Toby ? Que disent ces messages ? Pendant sept heures (réparties en deux parties), les jeunes hommes incarnent ces personnages, improvisant leurs vies : le sujet de leur roman.
Jacques (Bernard Campan) aime tellement le vin qu’il est devenu caviste – son médecin, fidèle client, lui recommande souvent de calmer sa passion. Ce célibataire solitaire, un peu renfrogné, fait la rencontre d’Hortense (Isabelle Carré), venue acheter une bouteille pour l’offrir à des sans-abris. Au point de départ de cette romance entre deux timides se mêle l’apparition impromptue d’un jeune cambrioleur en liberté conditionnelle, Steve (Mounir Amamra, vu l’année dernière dans Le Monde est à toi de Romain Gavras), qui se réfugie dans la cave à vin.
« C’est l’histoire la plus étrange que j’ai écrite à ce jour », notait Henry Miller à propos du Sourire au pied de l’échelle, au moment de sa publication en 1948. À l’origine, ce texte est une commande du peintre Fernand Léger, destinée à illustrer ses dessins de clown. À la croisée du roman, de la poésie et de l’essai philosophique, l’œuvre du romancier américain donne actuellement lieu, pour la première fois au théâtre en France, à un seul en scène prodigieux dans lequel Denis Lavant incarne le clown Auguste.
Après Les Damnées en 2016 puis La Règle du Jeu en 2017, La Nuit des Rois ou Tout ce que vous voulez est la pièce coup de poing de la Comédie-Française cette année. La maison semble habituée à cette production qui, tous les ans, reçoit éloges ou blâmes pour son détournement des conventions. On s’attend donc à tout en allant voir l’adaptation de la pièce de Shakespeare par Thomas Ostermeier. Le metteur en scène Allemand qui avait déjà fait un éclat avec ses mises en scène de Hamlet ou Richard III revient avec cette nouvelle production phare.
Comédiens ! c’est trois comédiens qui répètent un vaudeville au théâtre de la Huchette en 1948 : situation récurrente dans les comédies musicales des années 30, communément appelées des « backstage musicals ». Côté protagonistes, c’est aussi le trio traditionnel que nous retrouvons : le couple et l’ami clownesque. Pourtant, ce qui s’annonçait comme une comédie musicale classique et joyeuse semble se diriger doucement et dangereusement vers la tragédie shakespearienne.
Grâce au programme de captation NTLive, dont le National Theatre est à l’origine, de nombreuses pièces jouées à Londres sont filmées et rediffusées dans des cinémas partout dans le monde. Cette production d’Hamlet, jouée au Barbican en 2015, a tout pour plaire. Une pièce populaire avec Benedict Cumberbatch en tête d’affiche : en à peine quelques heures toutes les représentations sont déjà complètes.
Si elle n’a pas été beaucoup joué en France, la pièce de Frank Wedekind avait pourtant connu un succès immense en tant que comédie musicale Spring Awakening à Broadway. Une pièce sur l’éveil sexuel d’adolescents ne semble pas être le genre de la Comédie-Française, mais c’est une bonne initiative que la maison poursuit en mettant en scène des oeuvres moins connues et qui peuvent parler aux plus jeunes générations. C’est Clément Hervieu-Leger qui semble chargé de cette tâche, après avoir remonté Le Petit Maître Corrigé, une oeuvre oubliée de Marivaux, il met en scène ce groupe d’adolescents qui se cherchent et se découvrent dans un contexte austère.
La pièce écrite par Nina Raine en 2017 avait connu un grand succès lors de sa première production au National Theatre la même année. Elle est ce mois-ci reprise au théâtre Harold Pinter pour dix semaines seulement. L’auteur britannique met en scène deux couples mariés Jake et Rachel d’un coté, Edward et Kitty de l’autre. Au quatuor d’amis s’ajoutent Zara et Tim. La plupart travaille ensemble dans le monde de la justice et vont être confrontés à Gayle, une jeune femme victime de viol. Cette affaire va être le point de départ de plusieurs débats mouvementés au sein du groupe. Leurs vies personnelles commencent alors à tomber en morceaux sous les répercussions de leurs problèmes professionnels. Les personnages voient leur certitudes se détruire et sont mis au défi d’avoir assez de courage pour se remettre en question.