Avec Little Girl Blue, Mona Achache signe un film intimiste et puissant, relevant de l’autofiction. Un genre qui lui permet de traiter d’un sujet documentaire avéré, tout en y insérant la complexité de ses émotions ; soit une forme de cache, une distorsion propre à son regard. Car ce qu’elle cherche à scinder relève de la vie tourmentée de sa mère, Carole Achache.
Retour au bercail marseillais après un Twist à Bamako pour Guédiguian, notre Ken Loach provençal, tendance hugolienne plus que zolienne, défenseur fervent des travailleurs, au romantisme obstiné. Retour aussi de sa famille de cinéma presque au complet (Ascaride, Meylan, Darroussin ou encore Robinson Stévenin) pour chercher ensemble, dans la nuit désabusée du marasme politique, les lueurs du possible.
Sur la plage abandonnée, coquillages et crustacés. Sur la plage abandonnée, guitares et macchabées. Sous l’œil rond de la pleine lune inquisitrice et au rythme des solos de Jimi Hendrix, Dédé et Simon errent d’erreur en erreur.
Les bonnes intentions ne font pas les bons films. Ce cruel constat, plutôt simpliste il faut l’avouer, s’applique malheureusement bien au cas de Gueules Noires, nouveau long-métrage de Mathieu Turi. Adepte du cinéma de genre depuis ses débuts, le cinéaste français profite cette fois-ci de son budget le plus élevé pour retourner en terre et en langue françaises. Avec son casting de seconds couteaux et son pitch prometteur, Gueules Noires laissait enfin espérer la série B régressive et qualitative dont Turi semblait rêver, sans jamais y parvenir jusque-là.
Afin de célébrer la fin du lycée, trois meilleures amies partent pour la Crète avec pour mission d’essayer le plus de boissons et de partenaires possibles. En particulier pour Tara (Mia McKenna Bruce), la plus bruyante et la plus vulnérable, prête à tout pour perdre sa virginité et dont ces vacances fantasmées prendront des allures de baptême de feu et enfin de cauchemar, notamment à travers le charmant mais maladroit Badger (Shaun Thomas), son voisin de palier. Titre ironique pour ce film lauréat du prix Un Certain Regard à Cannes : How to have sex montre les pires façons de vivre sa première fois.
Figure centrale de la nouvelle vague sud-coréenne, Kim Jee-woon fait office d’oublié, plus enclin à ravir le public que la critique. Auteur touche-à-tout, à l’aise dans le thriller sanglant (J’ai rencontré le diable, 2011) comme le fantastique (Deux sœurs, 2003), il revient à ses origines avec la comédie dramatique à la violence bon enfant et aux loosers magnifiques. Il piège Song Kang-ho (star de Parasite) en réalisateur au centre du tournage chaotique d’un mélo insignifiant, Dans la Toile, dans la Corée des années 70. Gangréné par le manque de moyen, les magouilles administratives et la censure d’une dictature quasi-mafieuse, le protagoniste semble être le seul à croire en son projet, selon lui chef-d’œuvre progressif et féministe qui prouvera à tous son talent.
Dans le film de Dominique Abel et Fiona Gordon, les plans sont animés d’un mouvement intérieur, intrinsèquement cinématographique car souvent invraisemblable. En s’appropriant la thématique du double, elle même ayant profondément inspiré de nombreux films, le couple d’auteurs en livre une version au dynamisme renouvelé et à la poésie retrouvée.
Les repas sont sans doute les moments de notre quotidien régis par plus de règles. D’ailleurs, l’un des premiers commandements de bienséance en société que l’on apprend n’est-il pas « tu ne joueras point avec la nourriture » ? Vera Chytilova offre à ses personnages un moment de rébellion régressif, pour mettre à mal la notion de décence et révéler son interprétation parfois, justement, enfantine. Car lorsque certains traitent mieux leur nourriture que leurs congèneres, l’humanisme se perd au service des conventions. Quoi de pire que des jeunes femmes qui se tiennent mal à table ?
Frédéric Tellier est ce que l’on pourrait qualifier de tenant actuel du “cinéma des grandes affaires sociales à la Gavras”. Ce sont ces héros, ces justes des temps modernes que Tellier prend en sujet. Alors qui de mieux que le Saint moderne par excellence ? Mais n’eût-il pas mieux valu laisser l’Abbé Pierre dormir en paix ?
Il y a le sexe, l’amour et tout ce qu’il y a entre les deux. Slow débute et termine par le sexe, entre les deux : l’amour. Elena est danseuse contemporaine et vit une sexualité décomplexée et fréquente. Dovydas est interprète en langue des signes et asexuel. Marija Kavtaradze filme l’éclosion du sentiment, la cohabitation des désirs et la construction de la relation. L’asexualité n’est jamais obstacle à surmonter ou défaut à gommer. C’est un état de fait avec lequel Elena compose son couple et à partir duquel Marija Kavtaradze choisit de construire son intrigue.