Sans jamais nous connaître

Actuellement au cinéma

© The Walt Disney Company

En début d’année dernière, Charlotte Wells avait déjà, par le médium du cinéma, brisé toute logique temporelle en se mettant en scène avec le personnage de son père, au même âge, le temps d’une soirée. En ce début d’année 2024, un autre britannique, Andrew Haigh, nous propose de pousser le curseur plus loin en racontant l’histoire d’Adam, un jeune scénariste solitaire qui, parfois, va rendre visite à ses parents, décédés depuis longtemps. 

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Maestro

Disponible sur Netflix

© Netflix

La figure de Leonard Bernstein était faite pour le cinéma. D’abord, car il est l’un des seuls chefs d’orchestre américains reconnus à l’international, il était donc évident que les studios de production finiraient par s’en saisir. Ensuite, parce qu’il dirige de façon particulièrement cinégénique ; il existe d’ailleurs pléthore de matériaux visuels (interviews, leçons ou concerts) permettant de l’imiter ou, rendons à Cooper ce qui est à Cooper, de recréer l’image de Bernstein, à la perfection. Le fait que son œuvre de compositeur soit toujours exploitée – un récent remake de West Side Story par Steven Spielberg – et que son histoire personnelle soit dans l’air du temps – il affichait une sexualité décomplexée – achevaient de faire de ce 20 décembre 2023 le moment propice à la sortie, très attendue, de Maestro.

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Past Lives – nos vies d’avant

Actuellement au cinéma

© ARP Selection

Nora et Hae Sung sont de très bons amis d’enfance, ils n’envisagent pas la vie l’un sans l’autre. Mais lorsque la famille de Nora émigre aux États-Unis, leur relation s’arrête abruptement. Et ce jusqu’à ce que Hae Sung parvienne à retrouver Nora grâce aux réseaux sociaux et à reprendre contact avec elle. Des deux enfants jouant à grimper sur les statues d’un jardin en Corée, on retrouve le regard enjoué lorsque les deux adultes se rencontrent des années après, dans un parc américain.

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Les Petites Marguerites

Arras Film Festival 2023

© Malavida

Les repas sont sans doute les moments de notre quotidien régis par plus de règles. D’ailleurs, l’un des premiers commandements de bienséance en société que l’on apprend n’est-il pas « tu ne joueras point avec la nourriture » ? Vera Chytilova offre à ses personnages un moment de rébellion régressif, pour mettre à mal la notion de décence et révéler son interprétation parfois, justement, enfantine. Car lorsque certains traitent mieux leur nourriture que leurs congèneres, l’humanisme se perd au service des conventions. Quoi de pire que des jeunes femmes qui se tiennent mal à table ?

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La Bête

Actuellement au cinéma

© Carol Bethuel

« C’est l’histoire d’un personnage qui ne veut pas s’engager dans une relation amoureuse car il a peur, jusqu’au moment où il réalise que ce dont il a peur est l’amour en soi ». Une formule évidente qui résume pourtant bien la complexité de l’œuvre de Henry James. Une œuvre dont Bertrand Bonello parle manifestement mieux qu’il ne l’adapte, puisque dans sa Bête, on ne trouve, sous une apparente complexité, rien de flagrant.

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Le Procès Goldman

Au cinéma le 27 septembre 2023

© Ad Vitam

​Le film de procès constitue un genre à part entière, et ce de façon contre-intuitive, car sa scénographie codifiée serait plutôt de nature à lui offrir une parenté avec la dramaturgie du théâtre. Hitchcock, Cayatte, Preminger, Clouzot, Lumet ou beaucoup plus récemment Justine Triet se sont ainsi brillamment illustrés dans ce que Paul Ricœur qualifiait de « controverse organisée, modèle de discussion où les passions qui ont nourri le conflit sont transférées dans l’arène du langage. » Cette arène, Le Procès Goldman ne la quitte pas pendant 1 h 52 sur les 1 h 56 du film, sans que jamais ne pointe le moindre ennui, tant l’espace des débats cristallise et polarise les antagonismes d’une société qui, en 1976, n’avait pas totalement purgé la mémoire de la guerre, de l’antisémitisme, de la décolonisation ou des passions révolutionnaires. 

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Causerie : Jussi Vatanen & Alma Pöysti

Jussi Vatanen et Alma Pöysti incarnent les deux amoureux transis des Feuilles Mortes, le nouveau film d’Aki Kaurismäki, récompensé par le Prix du Jury au Festival de Cannes 2023.

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Oppenheimer

Au cinéma le 19 juillet 2023

© Universal Pictures

Oppenheimer est sur le savant, plus que sur sa création ; sur le processus plus que sur le résultat ; sur le monde d’avant, celui dans lequel on entrevoit déjà l’après. Sur le tournant que provoque la bombe A.

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Limbo

Au cinéma le 12 juillet 2023

© Kinovista

Limbo est de ces œuvres qui sortent déjà auréolées d’une réputation admirable. Primé dans de nombreux festivals (Grand Prix au Reims Polar 2023), le film a été couronné aux Hong Kong Film Awards par le prix de la meilleure actrice, du meilleur scénario et de la meilleure cinématographie. Son réalisateur Soi Cheang —dont il s’agit du douzième long-métrage— dirige un casting de stars dont le reconnu Ka Tung Lam, déjà à l’œuvre dans les polars de Johnnie To. Dans ces conditions, la qualité n’est plus garantie, mais obligatoire. Que s’est-il passé ?

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Rencontre avec : Patric Chiha

Projeté à la Berlinale dans la catégorie Panorama, La Bête dans la jungle est le cinquième long-métrage de Patric Chiha. À l’occasion de la sélection du film au Champs-Elysées Film Festival et de sa sortie en salle, le réalisateur a répondu à nos questions sur ce dernier film, d’une ambition folle.

Quand avez-vous découvert le roman d’Henry James ? Qu’est-ce qui vous a donné envie d’adapter La Bête dans la jungle ?

Platon a une très belle idée là dessus, il dit que les idées volent en l’air et nous tombent dessus. Elles tombent sur une personne, pas toujours celle qu’on pense. C’est un concept que je déforme peut-être car je ne connais pas assez bien Platon mais que je trouve très beau, je l’utilise beaucoup en tournage. La Bête dans la jungle m’est tombée dessus, il y a dix ans environ. Au delà de la beauté du roman, il me parlait très fortement, dans son thème, dans ses tensions entre le réel et le rêve, entre le fantasme et la réalité, entre ce que nous attendons et ce que nous faisons. Il me semble que le roman évoque cette tension presque comme un mythe, à la fois très simplement et très mystérieusement. C’est un livre qui m’échappe toujours. Et c’est justement parce qu’il m’échappe que j’ai eu envie d’en faire un film. C’est en grand roman donc j’ai été très respectueux envers la forme, le langage et le style. Et un jour, en rentrant chez moi, dans ce virage qui monte, j’ai compris qu’il fallait le faire en boîte de nuit. Alors qu’au départ, je ne savais pas ce que j’allais faire de ce roman. Je savais seulement que je n’allais pas l’adapter comme ça, qu’il fallait me l’approprier. Et c’est cette boîte de nuit qui était la clef, qui m’a autorisé à me lancer. Très vite, ça m’a semblé être l’idée juste : la boîte de nuit comme espace où documentaire et fiction se mêlent. Un espace où nous attendons quelque chose.

Comment avez-vous choisi cette boîte de nuit, qui, au cour du film devient paradoxalement familière en restant assez labyrinthique ?

Avant ça, il y a eu une longue période d’écriture parce que c’est un roman très difficile : ce sont deux personnes qui attendent quelque chose 25 ans mais c’est aussi une romance, un mélodrame et l’histoire de cette boîte, fictionnelle. Je me suis longtemps demandé s’il fallait que je m’appuie sur une boite réelle, pour raconter son histoire. Ça aurait pu être le Palace à Paris, le Trésor à Berlin, ou le Heaven à Londres. Pourtant, je sentais bien que ça ne devait pas être l’histoire d’une boîte mais de toutes nos boîtes, de toutes nos fêtes. Trouver le lieu était assez difficile, notamment pour des raisons de co-production. Nous avons tourné en Belgique, car j’ai étudié là bas et y suis beaucoup sorti aussi. Il fallait une boîte qui ressemble à un théâtre : un endroit où nous pouvons être acteurs ou spectateurs. Il y avait vraiment cette question du balcon et de la place du spectateur dans le film. Parce que quand nous allons en boîte, nous sommes à la fois ceux qui dansons et ceux qui regardons danser. Ce sont deux activités qui se mêlent et qui sont toutes les deux excitantes. Et le lieu qu’on a trouvé est réellement une boîte, construite dans un ancien cinéma des années 50. Tout l’enjeu était alors de remplir la boîte, en plus en temps de COVID… 

Il y a quelque chose de très répétitif dans l’histoire mais aussi visuellement étant donné qu’il s’agit d’un huis-clos, comment éviter que le film devienne redondant ?

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