Hong Sang Soo retrouve, pour La Romanière, Le Film et le Heureux Hasard, le duo d’acteurs Lee Hye-young et Kwon Hae-hyo, poursuivant ses déclinaisons auto-réflexives autour de ce qui caractérise son cinéma.
Les vingt dernières années ont vu le cinéma chinois taraudé par une modernité destructrice conjointe à une crise des valeurs, que porte un capitalisme à l’expansion démesurée dont la défiguration des paysages, par les projets d’urbanisme effrénés, est un saisissant stigmate. Plusieurs cinéastes tels que Jia Zhangke ou Wang Bing se font les témoins de cette « époque de la ‘démolition’ » (Raphaël Szöllösy in Les Cinémas d’Asie), tant urbanistique que culturelle. Un regard que Li Ruijun continue de creuser avec Le Retour des hirondelles, sur un pôle plus lointain, aux confins de la Chine rurale, dans la région du Gansu.
Dans la mémoire du téléphone de Lola, sont gravées des vidéos d’épisodes d’un amour complice aux côtés du père de son futur enfant. Si les procédés photographiques et vidéographiques ont le pouvoir de garder la trace des êtres pourtant voués à disparaître, ils matérialisent l’immatériel : la mémoire. Quand meurt l’être aimé, ce sont à ces souvenirs que l’on s’accroche. C’est ainsi que Gaspard, ayant fait sien le mobile de Raphaël, son père, continue de vivre à travers son image. Est-ce par mimétisme ? Est-ce par pression sociale ou familiale ? Est-ce par besoin personnel ?
À mi-chemin entre le chant des cigales et le bouillonnement urbain, Tant que le soleil frappe dresse le portrait d’un paysagiste idéaliste qui aspire à suspendre ce temps érosif par la création d’un otium, un jardin sans frontière au cœur de la ville de Marseille.
Pour son deuxième long métrage, Thomas Salvador poursuit sa quête de renouvellement du cinéma fantastique français. La Montagne emprunte au conte, au film social, et au film d’alpinisme, fondant le tout dans une ode à la plénitude qu’offrent les hautes altitudes.
S’il n’ est pas question de cerisiers ni du déclin de l’aristocratie sous la Russie tsariste, difficile de ne pas entrevoir l’ombre de Tchekhov et de sa Cerisaie dans Nos Soleils de Carla Simón (Ours d’or 2022), nouveau récit familial, estival et de deuil après Été 93, pour lequel la cinéaste espagnole avait déjà remporté un prix – le meilleur premier film – à la Berlinale. Ici, la famille de Lioubov laisse place aux Solé et leurs champs de pêchers au village d’Alcarràs, en Catalogne, menacés par un projet plus rentable de panneaux solaires.
Par une séquence a priori banale, le nouveau-né de Damien Chazelle déploie sa note d’intention. Tel un “jumeau maléfique” de Chantons sous la pluie ayant troqué sa joyeuseté pour un portrait doux-amer, Babylon sera une œuvre folle, révélant les coulisses débauchées du vieil Hollywood.
C’est une déflagration d’objets, de verre, de pots de fleurs qui apparaissent sur fond blanc dans une esthétique qui rappelle l’abstraction. Puis des bouches qui hurlent sans que l’on en entende le cri : cri qui ne sort pas, ou qui ne peut pas sortir, tant la frontière entre amour et haine demeure subtile. C’est une valse de violence, capturée au ralenti, où les corps se cognent et s’entrechoquent, bientôt suspendus par le hurlement de Marion, la cadette de la famille.
Les professeurs de lettres répètent souvent qu’à la lecture d’un devoir, il est possible dès l’introduction de comprendre si le travail sera honorable. Nostalgia est la preuve qu’il ne faut pas appliquer ces principes préétablis par le corps enseignant au domaine artistique – ni même peut-être à une production écrite. Le film puise sa force dans sa maladresse et nous séduit par son enivrant second souffle. Une œuvre qui resplendit lorsqu’on la considère dans son intégralité.