Au cinéma ce mois-ci, quand les films d’auteurs français fantasment dans un Paris des années 30 une accusation de meurtre où les femmes sont acquittées et glorifiées pour légitime défense, le cinéma sur une société iranienne actuelle affiche tristement le contraire. En Iran la légitime défense ne vaut rien.
The Lost King nous embarque avec lui dans une enquête ludique des plus réjouissantes, prétexte à un petit conte moral sur les faux-semblants. Si le film ne propose rien d’original en soi, chaque plan se voit savamment étudié pour devenir maillon rodé d’une mécanique jouissive de film policier mariée à la légèreté que la comédie sociale britannique sait imposer.
« Si on a des problèmes, c’est pas en partant qu’on va les résoudre. Dans le cas de figure où ça se passe bien, on va revenir, on n’aura pas résolu les problèmes. » Dans un bus qui traverse mollement la capitale, un couple en crise réfléchit à partir en voyage pour raviver la flamme. Jean-Phi ne voit pas l’intérêt, mais Sophie finit par le convaincre. Reste à trouver une destination… Après maints pourparlers, un compromis est trouvé : ce sera la Sicile.
C’est sur une terrasse baignée d’une lumière chaude et ocre, qui inondera de ses couleurs ardentes l’ensemble du film, qu’Houria, jeune danseuse algérienne, répète les pas tourmentés du cygne noir, casque sur les oreilles, souffle court. La caméra capture ses pointes abimées par les cours donnés par sa propre mère, qui s’entrechoquent, volent dans les airs- autant de plans qui annoncent ce dont la jeune femme talentueuse sera privée.
« On savait à peine lire et écrire, mais ce jour-là, on a appris à voter. » explique une voix off à l’orée de Women Talking. Adaptation du roman de Miriam Toews, le film se déploie sur une journée, au cours de laquelle les femmes d’une communauté mennonite décident de mettre un terme aux agressions récurrentes que les hommes leur font subir. Ne rien faire, rester et se battre ou partir, il faut choisir.
Aux récentes œuvres cinématographiques iraniennes, s’associe une caractéristique commune dans la manière dont elle est représentée à l’écran : celle de la déambulation, du transport. À chaque fois, le moyen de locomotion permettant ce mouvement s’extirpe de sa simple qualité pratique pour se hisser au rang de révélateur narratif, comme un personnage à part entière de l’histoire, mettant en lumière toute sa teneur significative.
Léon et Félix se rendent en vacances dans une maison sur la côte. Du moins, c’est ce que tout le monde pense mais Léon, lui, n’est pas en vacances, il doit terminer d’écrire le manuscrit de son livre et il a rendez-vous avec un éditeur dans quelques jours. Or ses studieuses ambitions vont se heurter non seulement à la présence d’une troisième invitée dans la maison mais aussi aux incendies qui sévissent dans les forêts alentours, se rapprochant dangereusement.
C’est un vacillement de lumières vertes qui se déploient sur la silhouette d’Elina, aux cheveux courts de la même couleur. En Finlande, dans les quartiers aux immeubles hauts qui tracent des lignes de fuite, elle vagabonde, casque sur les oreilles, mots de rap au bout des lèvres. Elle marche, triomphante, dans ce milieu urbain qu’elle connaît par cœur, qu’elle a apprivoisé, qui lui façonne une seconde identité. Mais elle se voit obligée de déménager sous l’impulsion de sa mère, pour aller vivre chez son beau-père, dans une Provence bucolique.
Gu Wentong est un critique culinaire que nous n’avons pas le temps d’apprendre à connaître avant de plonger au cœur de son quotidien, de son intimité ; ni l’un, ni l’autre n’étant particulièrement mouvementé. Zhang Lu construit son film autour d’un protagoniste passif, qui attend, qui regarde ceux autour de lui qui viennent et vont. Tant que ce flux humain ne cesse pas et que le point rougeoyant au bout de sa cigarette ne s’éteint pas, Gu est heureux à Beijing.
Astrakan, le premier long-métrage de David Depesseville est un conte surprenant sur l’enfance. Construite autour du jeune Samuel, le cinéaste nous livre une œuvre éthérée, délicate et violente. Il collabore pour la premier fois avec Bastien Bouillon. L’acteur nommé cette année aux César, interprète le père adoptif de Samuel.
Astrakan file la métaphore animale : de par son histoire qui s’inspire de différents contes et son titre. Qu’est-ce qui vous a plu dans cet imaginaire ?
David Depesseville : J’aimais l’idée du conte pour parler de cet enfant qui doit trouver sa place dans une famille étrangère. Le titre Astrakan évoquait déjà le mouton noir ou le canard boiteux. Jusqu’à cette séquence finale d’ailleurs, qui file effectivement cette métaphore avec l’apparition de l’agneau et Marie qui devient enfin une vraie nourrice en lui offrant sa poitrine.
Tout comme le conte enrobe de fantastique des histoires difficiles, la pellicule elle aussi adoucit les images. Pourquoi ce choix du 16mm ?
DD : C’est venu très tôt avec mon chef-opérateur : il nous est apparu que penser cette histoire en HD était bizarre. Il y avait quelque chose qui me gênait, j’avais peur que ce soit trop cru, trop défini. Cela pouvait virer plus facilement à l’obscène. Alors qu’en 16mm, avec son grain si particulier, ses contours un peu flous y’avait quelque chose de plus juste pour raconter les choses fortes que je voulais évoquer.
Bastien Bouillon : Cela servait aussi à soutenir une esthétique quasi-atemporelle, que ce soit dans les costumes ou dans les décors ; rien n’est prononcé, rien n’est ancré. De la même manière que pour l’argent à un moment on croirait voir une pièce de 5 francs puis c’est un billet de 5 euros. Ce flou dont tu parles avec le 16mm est quelque chose que tu étires tout au long du film.
DD : Il ne fallait pas assigner le film à une condition et l’y enfermer. Il y avait quelque chose de réduit si on l’ancrait dans telle époque ou tel lieu. Je voulais échapper au film « social » comme on l’entend, la pellicule participait à ça.
Le cadrage élude effectivement les repères et s’attarde souvent sur le visages des comédiens, en très gros plans. Qu’est-ce qui vous a séduit dans le visage de Bastien Bouillon ?